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Tempête du 18 août : La Collectivité de Corse veut se doter d’une stratégie de gestion des crises


Nicole Mari le Vendredi 25 Novembre 2022 à 19:09

Long débat à l’Assemblée de Corse, vendredi matin, sur le bilan de la tempête qui a dramatiquement touché l’île, le 18 août dernier, avec un bilan humain et matériel très lourd. Le président de l’Exécutif propose d’en tirer les leçons et de doter la Collectivité de Corse d’une stratégie de gestion de crise avec un renforcement des procédures d’alerte et des outils pour anticiper les risques liés au réchauffement climatique. Avec à la clé : la question du transfert de compétences et de moyens au niveau territorial. Une stratégie approuvée par les groupes nationalistes et rejetée par la droite.



La tempête du 18 août 2022 en Corse.
La tempête du 18 août 2022 en Corse.
« On a eu de la chance, beaucoup de chance, mais elle ne sera pas toujours au rendez-vous ». Ce constat de la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, a été formulé sur tous les bancs de l’hémicycle après la présentation par le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, du bilan de la violente tempête qui a frappé la Corse le 18 août dernier. Un jeudi noir qui a fait cinq morts, des dizaines de blessés, et causé des dégâts matériels lourds, tant au niveau des infrastructures publiques et privées que des bateaux échoués, mais tous sont conscients que ce bilan terrible aurait pu être bien pire. Il était 8h15 du matin quand des rafales de vent de plus de 220 km/h et de fortes pluies ont déferlé sur le littoral occidental de Galeria à Calvi et de Bunifaziu à Girolata. La phase aigüe de la tempête n’a duré que jusqu’à 10h30, mais ces deux heures un quart ont été d’une intensité inédite dans une île qui n’a pas l’habitude de ce genre d’évènement climatique et qui n’était, donc, pas préparée à y faire face, d’autant qu’aucune alerte météorologique n’avait été donnée en amont. La Corse avait, la veille, seulement été placée en « vigilance jaune intempéries » suite à des orages en Méditerranée. Ce n’est qu’à 8h43 que la Préfecture a déclenché l’alerte orange « orages inondations » alors que les rafales de vent atteignaient déjà 224 km/h à Marignana. « La Collectivité de Corse a été à la hauteur de cet événement dramatique. Dans la seule matinée du 18 août, 178 opérations de dégagement et de réouverture du réseau routier ont été menées à bien. Elles ont mobilisé 120 agents », déclare Gilles Simeoni. Si la mobilisation de tous a été immédiate et qualifiée d’exemplaire, notamment celle des SIS 2B et 2A, elle a été fortement impactée par la coupure des réseaux d’électricité et de communication qui a limité et même empêché les opérations de secours pendant plusieurs heures, comme ce fut le cas à Girolata ou Galeria.
 
Des carences à remédier
« Il faudra nous préparer au pire, puisque le pire peut arriver ». C’est le premier enseignement que le président de l’Exécutif corse entend tirer de cet épisode dramatique. Dès le 21 août, il a, « sans ouvrir quelque polémique que ce soit, ni faire de procès d’intention », posé un certain nombre de questions par courrier au ministre de l’Intérieur. Il demande que soient rendus publics rapidement les résultats de l’enquête administrative annoncée par le ministre. « À l’évidence, il y a un cumul de facteurs, dont certains fautifs, qui ont conduit à un déficit d’anticipation et à des dysfonctionnements ». Dans son viseur, les baisses des effectifs de Météo France : « Les moyens humains ont été diminués de façon très importante, y compris en Corse, divisés par 2 et trois. Un certain nombre d’analyses de données, qui étaient traitées en temps réel en Corse, sont désormais transmises et analysées sur le continent. Il est clair que le dispositif actuel de Météo France n’est pas adapté aux enjeux posés par le réchauffement climatique ». Face à cette problématique, il estime que la Corse doit mettre en place des procédures d’alerte et d’anticipation des évènements exceptionnels, notamment « un service public de météorologie dimensionné à l’échelle du territoire. C’est, à mon avis, une compétence que nous avons vocation à exercer. Il est totalement aberrant que la Collectivité de Corse ne soit pas partie prenante de l’organisme Météo-France ». Cette doléance est aussi exprimée par les régions de droit commun. « Cela fait partie des constats de carence. Nous n’avons aucun moyen juridique, opérationnel d’avoir accès à l’information météo en tant que collectivité, ce n’est pas normal ! Nous devons, y compris dans le cadre de la lutte anti-incendie, réfléchir à un système d’analyse météorologique à l’échelle inter-méditerranéenne avec nos voisins - Ligurie, Toscane, et Sardaigne – qui ont développé des instruments plus efficaces et plus réactifs ».

Le nerf de la guerre
La seconde leçon à tirer est la nécessité de renforcer les infrastructures et moyens de communication. « Il y a eu une désorganisation totale, alors que pouvoir communiquer, coordonner, savoir ce qui se passe sur le terrain, mobiliser les équipes, les redéployer, c’est vraiment le nerf de la guerre. Il n’y a pas eu de communication interservices, pas de communication entre l’État et la Collectivité de Corse, il faut absolument y remédier en mobilisant des moyens. Il faut sur les régions de montagne et les régions enclavées prédéfinir un point de concentration des secours, un QG opérationnel ». Gilles Simeoni martèle, exemples à l’appui, que : « la catastrophe a été avérée, mais elle aurait pu être bien pire. L’heure a été finalement une chance extraordinaire. Si la tempête était arrivée pendant la nuit, pour avoir vu ce qui s’est passé au camping de Sagone et au camping de Calvi où les arbres se sont abattus sur des tentes occupées, nous aurions eu des dizaines de morts. Et si la tempête était arrivée à 10h30, les bateaux, notamment ceux qui font la visite de Girolata auraient été en mer, nous aurions eu également des dizaines de morts ». Ce qui nécessite de réfléchir de façon structurelle aux réponses à apporter. « La collectivité de Corse ne peut pas tout, il y a une pluralité d’acteurs, nombre de décisions relèvent de compétences étatiques, mais nous devons agir parce que la crise risque de devenir, sinon la règle, en tout cas régulière et récurrente. Et nous ne sommes pas équipés, ni organisés pour répondre de façon adaptée à des événements aussi violents. Il nous faut donc repenser l’ensemble de notre processus de gestion de crise et tirer les leçons des carences ». Il annonce, donc, son intention de doter la Corse d’une « stratégie globale et opérationnelle pour la gestion des crises », déjà en cours d’élaboration, et d’intégrer les enjeux de prévention du réchauffement climatique dans toutes les politiques publiques.
 
Une sécurité civile corse
Cette stratégie est partagée par les groupes nationalistes. Le président de Core in Fronte, Paul-Félix Bénedetti, demande la mise en place « d’une sécurité civile corse pilotée par la Collectivité territoriale avec des moyens aériens et maritimes dédiés » et le « transfert de moyens territoriaux sur un système de SDIS avec un commandement partagé pour le moment, mais qui soit calibré pour la Corse, qu’on ait des moyens nautiques. La Corse ne peut pas se contenter du bénévolat de la SNSM ». Son collègue Paul Quastana va plus loin et pointe la problématique des flux touristiques et la totale inadaptation des infrastructures insulaires à ces flux. « Il n’y a rien, absolument rien, dans ce pays qui est dimensionné pour accueillir les centaines de milliers de touristes qui débarquent. Le réseau routier est inadapté, c’est un véritable cauchemar. Les réseaux d’eau et d’assainissement, pareil, à tel point qu’il va falloir choisir : ou on remplit sa piscine, ou on donne à boire aux vaches. Les services de sécurité également ! Les services d’urgence des hôpitaux de Bastia et d’Ajaccio ne sont pas faits pour recevoir autant de gens impactés par une catastrophe comme cela aurait pu se passer. Nous n’avons pas les moyens d’opérer ce dimensionnement, certainement pas avec les recettes fiscales liées aux retombées économiques du tourisme qui sont très faibles, pour ne pas dire inexistantes. On n’y arrivera pas ! ». L’élu indépendantiste prévient : « Pour éviter une catastrophe humaine de grande ampleur, il va falloir impérativement réguler le flot touristique. Il ne faut pas laisser penser qu’on va toujours aussi bien s’en tirer ».
 
Une main sur le climat
Même son de cloche du côté des autonomistes d’Avanzemu. « J’adhère sur la question de la souveraineté, d’une gouvernance qui soit plus adaptée aux phénomènes », approuve Saveriu Luciani. « La Méditerranée est la zone la plus impactée par le changement climatique. On est en train de changer de climat, ce qui était l’exception hier devient la normalité ». Il révèle que « la Corse n’a pas une couverture radar totale par Météo-France, elle ne couvre pas, par exemple, la région du Nebbiu ». Il propose de s’inspirer de l’exemple de la Sardaigne pour avoir « une main puissante sur la climatologie. Les Sardes ont, au sein de leur Agence régionale de protection de l’environnement, un département météo-climato qui permet notamment d’avoir une couverture qui dépasse le terrestre et qui va vers la mer. Je ne dis pas que ça va empêcher des tempêtes, mais ça va peut-être nous aider sur la prévention que la Collectivité de Corse ait son propre département dédiéIl est important que la Corse se prépare à anticiper un certain nombre de phénomènes, l’anticipation peut sauver beaucoup plus de vie que les moyens ».

Pas de conclusions hâtives !
Plus réservée sur les propositions de l’Exécutif, le groupe de droite, U Soffiu Novu, n’est pas favorable à un transfert de compétences : « Il est question d’avoir un lien institutionnel avec Météo-France. Il est demandé aux services d’élaborer une doctrine sur la préparation à la gestion de crise. Attention à ne pas trop en vouloir en termes de compétences dans un domaine de plus en plus incertain, vue l’évolution climatique, alors même que la question des moyens reste hypothétique ! La clé reste, pour nous, le partenariat », précise Didier Bicchieray, conseiller municipal de Calvi. « Il ne faut pas réclamer une gouvernance que, pour l’heure, nous n’aurions pas les moyens d’exercer. La question, c’est comment on mutualise de façon beaucoup plus réactive les moyens des uns et des autres. Ce n’est pas au bénéfice d’une faille qu’il faut tirer des conclusions hâtives », renchérit Jean-Martin Mondoloni.

Changer de format
Ce n’est pas l’avis des deux présidents des services de secours et d’incendie (SIS) du Pumonte et du Cismonte, tous deux élus de Fa Populu Inseme. « Le pic de phénomène météorologique n’a impacté que des secteurs circonscrits à la Balagne et à la Côte Ouest. Si une telle situation devait concerner, dans l’avenir, l’ensemble du territoire opérationnel, des difficultés opérationnelles sont prévisibles au regard du format personnels et matériels de nos services d’incendie et de secours », avertit Véronique Arrighi, présidente du SIS2A. « Il faut changer de format », comme elle l’explique dans un tweet : 
 

La formation des élus
« Chacun doit rester dans ce qu’il sait faire et ne surtout pas penser qu’on peut tout faire », enchaîne Hyacinthe Vanni, président du SIS 2B. « On ne peut pas tout prévoir, mais on peut se préparer à tout ce qui peut nous arriver en termes de tempêtes, d’inondations et d’incendies. On a eu beaucoup de chance, cette année, sur les feux grâce à une mobilisation sur le terrain ». Il insiste sur « la nécessité d’avoir des élus locaux qui connaissent le terrain, c’est un appui majeur considérable. En Balagne, on n’était pas proche du chaos, mais on n’en était pas loin. On a pu faire face parce qu’on était sur un dispositif de feux de forêts, si ça se passait aujourd’hui, ce ne serait pas la même chose ». Et annonce que « les élus vont pouvoir bénéficier d’une formation et être accompagnés », comme il l’explique dans son tweet : 
 

Une tempête sans nom
La présidente de l’Assemblée de Corse tient à remarquer que « cette tempête n’a toujours pas de nom. C’est quand même quelque chose d’assez effarant, c’est problématique et symptomatique ». Elle rappelle que « dans une crise, il y a trois temps : le temps de la gestion de la crise, le temps de l’anticipation, et le temps de l’adaptation ». Concernant la gestion de crise, « il y a eu des difficultés de coordination parce qu’il n’y avait plus moyen de communiquer, ni entre services de la collectivité, ni entre la collectivité et l’État, la gendarmerie elle-même n’arrivait pas à communiquer » précise-t-elle. « Quand plus rien ne fonctionne, il faut des systèmes radio un peu à l’ancienne qui se passent des réseaux Internet et filaires, les technologies les moins avancées sont parfois les plus efficaces dans la gestion des crises ». Concernant l’anticipation, elle annonce que des travaux seront menés dans le cadre de Pruspettiva 2050, comme c’est déjà le cas dans les autres îles. Concernant l’adaptation, « c’est-à-dire augmenter la résilience par rapport aux chocs qu’on subit, on a énormément de travail à faire. La culture de la crise et de l’anticipation doit s’apprendre dès le plus jeune âge ». Et de conclure sur la question des compétences et des moyens. « Certaines méritent d’être transférées. C’est un point qui doit être inscrit dans le cadre du cycle de discussion que nous avons avec l’État, mais il ne peut y avoir transfert de compétences sans transfert de moyens et formation du capital humain ». L’Assemblée a pris acte du rapport.
 
N.M.
 














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