Il est là. Sur un rocher banal, au bord de la route départementale qui descend vers Saint-Florent, dans un décor d’herbes sèches et de broussailles que personne ne regarde jamais. Trois mots et un prénom, peints en blanc il y a trente ans, peut-être plus. Fanny je t’aime.
Qui était Fanny ? Nul ne le sait. Peut-être habite-t-elle encore dans la région. Peut-être passe-t-elle parfois sur cette route sans lever les yeux. Peut-être a-t-elle oublié. Peut-être n’a-t-elle jamais su.
Il faut imaginer celui ou celle qui, un jour, s’est arrêté là. Au petit matin ou à la tombée du jour. Avec une bombe de peinture achetée pour l’occasion, ou déjà présente dans la voiture. Un geste rapide, quelques minutes d’hésitation, le bruit des voitures qui passent. Puis ces trois mots sur la pierre. Et repartir.
Pourquoi un rocher plutôt qu’un mur ? Un mur appartient à la ville, aux hommes. Un rocher, lui, semble appartenir à un autre temps. Il était là avant nous, il sera là après. Écrire sur la pierre, n’était-ce pas chercher à inscrire un sentiment fugitif dans ce qui résiste aux années ? Comme si l’auteur avait compris, confusément, que l’amour passe, change, s’éteint parfois, tandis que la pierre demeure.
Aujourd’hui, des milliers d’automobilistes passent devant ce rocher sans le voir. Les lettres sont pâles, la peinture craquelée, la végétation a repris ses droits. Un jour, peut-être, plus personne ne pourra déchiffrer les mots. Il restera un rocher, quelques traces de peinture, et une question.
On pourrait parler de dégradation. D’inscription sauvage sur un support naturel. Mais ce graffiti ne revendique rien, ne vend rien, ne demande rien. Il dit seulement : je t’aime. Il ne nous agace pas comme un tag anonyme : il nous rappelle, au contraire, que nous ne connaîtrons jamais son auteur.
Le temps a effacé presque tout. Les visages, les voix, les voitures de l’époque, les conversations, les promesses. Il a peut-être même effacé Fanny de la mémoire de celui qui l’aimait. Mais il n’a pas encore tout à fait effacé les mots. C’est une victoire dérisoire, sans doute. La victoire d’une bombe de peinture blanche contre les années et d’un cœur aimant contre l’oubli.
À l’heure des messages instantanés et des cœurs rouges envoyés d’un simple mouvement du pouce, ce graffiti possède une chose que beaucoup de nos déclarations contemporaines ont perdue : le risque. Quelqu’un s’est arrêté. Quelqu’un a pris le temps. Quelqu’un a écrit. Et quelqu’un, quelque part, était suffisamment important pour qu’un morceau de paysage devienne une lettre d’amour.
Peut-être faut-il laisser Fanny à son mystère. Ne pas inventer de fin heureuse. Ne pas décider que les amoureux se sont retrouvés ou perdus. Peut-être se sont-ils aimés. Peut-être pas. Le rocher, lui, ne juge personne. Il reçoit la pluie, le soleil, le gel et les années. Les lettres pâlissent. Les voitures continuent de passer. Et entre deux virages, dans un endroit que presque personne ne regarde, trois mots tiennent encore debout.
"Fanny je t’aime"
Trois mots peut-être ridicules. Trois mots peut-être magnifiques. Trois mots qui n’ont plus besoin de leur histoire pour exister. Car qu’est-ce qu’une déclaration d’amour après trente ans, sinon une question adressée au temps ? Qui aimait qui ? Pourquoi ici ? Pour combien de temps ? Et que reste-t-il de nous lorsque celui ou celle à qui nous parlions n’est plus là pour répondre ?
Peut-être seulement quelques lettres blanches sur une pierre. Peut-être est-ce peu. Ou peut-être est-ce tout ce que nous pouvons espérer laisser derrière nous : une phrase assez simple pour être comprise de tous, et une histoire assez mystérieuse pour que personne n’en connaisse jamais la fin.
Alors, la prochaine fois que vous prendrez la route de la Balagne à Saint-Florent, si vous découvrez par hasard l’endroit de cette déclaration d’amour. Vous ne verrez probablement qu’un vieux tag. Mais si vous regardez un peu plus longtemps, vous verrez peut-être autre chose : quelqu’un qui, un jour, a aimé quelqu’un assez fort pour le dire à la face du monde.
Qui était Fanny ? Nul ne le sait. Peut-être habite-t-elle encore dans la région. Peut-être passe-t-elle parfois sur cette route sans lever les yeux. Peut-être a-t-elle oublié. Peut-être n’a-t-elle jamais su.
Il faut imaginer celui ou celle qui, un jour, s’est arrêté là. Au petit matin ou à la tombée du jour. Avec une bombe de peinture achetée pour l’occasion, ou déjà présente dans la voiture. Un geste rapide, quelques minutes d’hésitation, le bruit des voitures qui passent. Puis ces trois mots sur la pierre. Et repartir.
Pourquoi un rocher plutôt qu’un mur ? Un mur appartient à la ville, aux hommes. Un rocher, lui, semble appartenir à un autre temps. Il était là avant nous, il sera là après. Écrire sur la pierre, n’était-ce pas chercher à inscrire un sentiment fugitif dans ce qui résiste aux années ? Comme si l’auteur avait compris, confusément, que l’amour passe, change, s’éteint parfois, tandis que la pierre demeure.
Aujourd’hui, des milliers d’automobilistes passent devant ce rocher sans le voir. Les lettres sont pâles, la peinture craquelée, la végétation a repris ses droits. Un jour, peut-être, plus personne ne pourra déchiffrer les mots. Il restera un rocher, quelques traces de peinture, et une question.
On pourrait parler de dégradation. D’inscription sauvage sur un support naturel. Mais ce graffiti ne revendique rien, ne vend rien, ne demande rien. Il dit seulement : je t’aime. Il ne nous agace pas comme un tag anonyme : il nous rappelle, au contraire, que nous ne connaîtrons jamais son auteur.
Le temps a effacé presque tout. Les visages, les voix, les voitures de l’époque, les conversations, les promesses. Il a peut-être même effacé Fanny de la mémoire de celui qui l’aimait. Mais il n’a pas encore tout à fait effacé les mots. C’est une victoire dérisoire, sans doute. La victoire d’une bombe de peinture blanche contre les années et d’un cœur aimant contre l’oubli.
À l’heure des messages instantanés et des cœurs rouges envoyés d’un simple mouvement du pouce, ce graffiti possède une chose que beaucoup de nos déclarations contemporaines ont perdue : le risque. Quelqu’un s’est arrêté. Quelqu’un a pris le temps. Quelqu’un a écrit. Et quelqu’un, quelque part, était suffisamment important pour qu’un morceau de paysage devienne une lettre d’amour.
Peut-être faut-il laisser Fanny à son mystère. Ne pas inventer de fin heureuse. Ne pas décider que les amoureux se sont retrouvés ou perdus. Peut-être se sont-ils aimés. Peut-être pas. Le rocher, lui, ne juge personne. Il reçoit la pluie, le soleil, le gel et les années. Les lettres pâlissent. Les voitures continuent de passer. Et entre deux virages, dans un endroit que presque personne ne regarde, trois mots tiennent encore debout.
"Fanny je t’aime"
Trois mots peut-être ridicules. Trois mots peut-être magnifiques. Trois mots qui n’ont plus besoin de leur histoire pour exister. Car qu’est-ce qu’une déclaration d’amour après trente ans, sinon une question adressée au temps ? Qui aimait qui ? Pourquoi ici ? Pour combien de temps ? Et que reste-t-il de nous lorsque celui ou celle à qui nous parlions n’est plus là pour répondre ?
Peut-être seulement quelques lettres blanches sur une pierre. Peut-être est-ce peu. Ou peut-être est-ce tout ce que nous pouvons espérer laisser derrière nous : une phrase assez simple pour être comprise de tous, et une histoire assez mystérieuse pour que personne n’en connaisse jamais la fin.
Alors, la prochaine fois que vous prendrez la route de la Balagne à Saint-Florent, si vous découvrez par hasard l’endroit de cette déclaration d’amour. Vous ne verrez probablement qu’un vieux tag. Mais si vous regardez un peu plus longtemps, vous verrez peut-être autre chose : quelqu’un qui, un jour, a aimé quelqu’un assez fort pour le dire à la face du monde.
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