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En Corse, l’intelligence artificielle gagne du terrain dans les entreprises


Jeanne Soury le Dimanche 20 Septembre 2026 à 12:01

Souvent adulée, parfois décriée, l’intelligence artificielle s’installe peu à peu dans les entreprises corses. Depuis quatre ans, l’EDIH Corsica.ai accompagne celles qui veulent prendre ce virage, de la formation à l’expérimentation. Ce vendredi 18 septembre, au CampusPlex à Ajaccio, bénéficiaires, entreprises, étudiants et acteurs de l’innovation se sont retrouvés pour dresser le bilan du dispositif et réfléchir à la suite.



Ce vendredi 18 septembre, au CampusPlex à Ajaccio, bénéficiaires, entreprises, étudiants et acteurs de l’innovation étaient réunis (© Jean-Dominique Gaziello)
Ce vendredi 18 septembre, au CampusPlex à Ajaccio, bénéficiaires, entreprises, étudiants et acteurs de l’innovation étaient réunis (© Jean-Dominique Gaziello)
Il y a les entreprises qui ont raté le virage d’Internet et celles qui font tout pour ne pas manquer celui de l’intelligence artificielle. Encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est justement le rôle du consortium EDIH Corsica.ai. Depuis 2022, ce dispositif européen accompagne les entreprises et institutions corses dans leur transformation numérique, avec un accent particulier porté sur l’intelligence artificielle et la robotique.

Ce vendredi 18 septembre, le Corsica.ai Day était l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis 4 ans. Une journée pour montrer que derrière le terme parfois abstrait d’« intelligence artificielle », il en existe déjà des applications très concrètes.

L’exemple est pour le moins inattendu. Dans les montagnes corses, l’intelligence artificielle pourrait bientôt aider à trier… les châtaignes. Carine Franchi, animatrice de la filière castanéicole corse, s’est tournée vers Aflokkat en 2024 pour réfléchir à une solution à un problème bien réel : après leur récolte, leur séchage et leur décorticage, les châtaignes doivent être triées une à une afin de vérifier leur qualité et leur conformité à l’AOP : « On prend châtaigne par châtaigne et on regarde si elle est conforme à l’AOP ou pas. C’est des heures, des jours, des semaines d’un travail énorme », raconte-t-elle.

Benjamin Pereney, fondateur de Mira et coordinateur de l’EDIH
Benjamin Pereney, fondateur de Mira et coordinateur de l’EDIH
Quand l’IA s’attaque au tri des châtaignes

L’idée de développer une machine capable de reconnaître les châtaignes et d’effectuer une partie du tri grâce à l’intelligence artificielle a donc germé. L’objectif n’est pas de faire disparaître l’humain : le producteur restera là pour contrôler le processus. Mais au lieu de consacrer des journées entières à cette tâche, il pourra se concentrer sur les nombreuses autres étapes de la transformation.

Le prototype doit être installé dans le local technique à Ponte-Leccia, avant une réunion prévue début octobre pour évaluer son fonctionnement. Pour Carine Franchi, l’intérêt est aussi de montrer que l’innovation peut accompagner des filières traditionnelles et rurales. « Il ne faut pas délocaliser car la Corse a cette capacité : elle a des jeunes, elle a de la ressource, elle a la compétence pour bien faire dans ce domaine », souligne-t-elle.

En quatre ans, 4,5 millions d’euros ont été investis au service de la transformation numérique de la région, près de 100 étudiants ont été formés et 120 organisations accompagnées. Pour Benjamin Pereney, fondateur de Mira et coordinateur de l’EDIH, la formation constitue souvent le premier contact avec les entreprises. Une demande pour apprendre à utiliser un outil peut ensuite déboucher sur un projet plus concret. « La problématique qui a été travaillée par les étudiants, c'était souvent une problématique réelle portée par les entreprises et ainsi, ça devient potentiellement une demande de prototypage derrière », explique-t-il.

Sébastien Simoni, cofondateur de GoodBarber et fondateur de CampusPlex
Sébastien Simoni, cofondateur de GoodBarber et fondateur de CampusPlex
« Un déplacement de marché plus qu’un remplacement »

L’impact de l’intelligence artificielle sur les emplois a également été au cœur des échanges. Pour Sébastien Simoni, cofondateur de GoodBarber et fondateur de CampusPlex, l’enjeu est davantage celui d’une transformation que d’un remplacement de l’humain.

L’intelligence artificielle peut prendre en charge certaines tâches, mais fait aussi apparaître de nouveaux besoins autour du contrôle et de l’organisation. « Il y a besoin d’orchestration, il y a besoin de fiabiliser les process et c’est là que la valeur se crée », estime-t-il. Une évolution qu’il résume ainsi : « Un déplacement de marché plus qu’un remplacement. »

À partir du 1er octobre, l’EDIH Corsica.ai entamera une deuxième phase de trois ans. Après quatre années consacrées à faire connaître le dispositif, former les acteurs corses et faire émerger les premiers projets, l’enjeu est désormais de passer davantage de l’expérimentation à la mise en œuvre concrète. « La formation restera un axe majeur, mais l’accent sera davantage mis sur le transfert technologique, l’accompagnement à la recherche et à la mise en œuvre de nouvelles solutions », conclut Benjamin Pereney. L’objectif est donc clair : faire de l’intelligence artificielle un outil concret au service des entreprises corses, jusque dans les secteurs les plus traditionnels.