En Corse, l’immigration étrangère répond aux besoins de main-d'œuvre : c’est ce que démontre une étude de l’Insee, en partenariat avec la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de Corse. Publiée ce mardi, elle s’intéresse aux 21 500 immigrés étrangers, c’est-à-dire n’ayant pas la nationalité française, en âge de travailler, de 15 à 64 ans, et résidant sur l’île. Parmi les nationalités représentées sur le territoire insulaire, 60 % des immigrés proviennent de l’Union européenne et de pays comme le Portugal (34 %), la Roumanie (10 %) ou l’Italie (7 %). « Les ressortissants du Maghreb sont aussi présents », précise Barbara Luquet, chargée d’études à l’Insee. « Ils représentent 34 % de la population des immigrés, et les trois quarts d’entre eux sont Marocains. »
L’étude démontre que 61 % des étrangers en âge de travailler occupent un emploi en Corse, contre 53 % sur le continent, « en province ». « Cette spécificité insulaire est directement liée au fait que notre structure est particulièrement porteuse d'emplois dédiés à cette population spécifique d'immigrés étrangers : le bâtiment, le service à la personne, le tourisme permettent ainsi une insertion favorisée, et on voit que ces secteurs sont particulièrement présents sur l’île. » Ainsi, le secteur de la construction compte 43 % des travailleurs immigrés étrangers, contre 17 % en province. « Et la part des immigrés étrangers qui ont un emploi est relativement stable depuis 2012, on a toujours une très grande proportion d'immigrés étrangers qui travaillent sur le territoire. »
Les immigrés étrangers présents dans les métiers en tension
Selon l’Insee, les immigrés étrangers qui travaillent se retrouvent particulièrement dans les métiers dits « en tension ». Parmi les 13 000 immigrés étrangers en emploi, 70 % d’entre eux occupent des métiers en tension, et notamment les hommes. « 79 % occupent un métier en tension, contre seulement 55 % de femmes », souligne Barbara Luquet. Du côté des emplois les plus occupés par les femmes immigrées étrangères, on retrouve les auxiliaires de vie sociale, les employés polyvalents de l'hôtellerie, les employés de maison, les ouvriers du nettoyage ou les autres employés d’aide à domicile. « Pour cette dernière catégorie, on a un peu plus de 2 000 femmes qui sont employées, et la part de femmes étrangères est particulièrement intéressante, elle représente environ 15 %. »
Du côté des hommes, les métiers les plus occupés par les immigrés étrangers sont les ouvriers de la viticulture et de l’arboriculture fruitière, les maçons et ouvriers qualifiés du travail de la pierre, les ouvriers peu qualifiés du second œuvre du bâtiment, les artisans maçons et les ouvriers peu qualifiés du gros œuvre du bâtiment. « Là aussi, cette dernière catégorie représente à peu près 2 500 emplois, et on a une proportion d'hommes étrangers qui est particulièrement importante sur ce type de travail, un peu plus de 1 500 emplois, ce qui montre l'importance qu'ont les immigrés étrangers dans les emplois en tension. »
Des inégalités de genre persistantes
Malgré tout, l'étude démontre que des inégalités de genre persistent au niveau de l’emploi des immigrés étrangers. Si 76 % des hommes en âge de travailler ont un emploi en Corse contre 62 % sur le continent, les femmes, quant à elles, travaillent un peu moins (41 % sur l’île contre 44 % sur le continent). Un écart qui s’explique par deux facteurs principaux selon l’Insee. « Les femmes immigrées étrangères occupent souvent des métiers peu qualifiés mais qui exigent une maîtrise du français, par exemple pour s'occuper d’une personne âgée, et ça ne leur permet pas de s'insérer facilement dans le travail, contrairement aux hommes qui sont dans des métiers plus de main-d'œuvre, où le besoin de parler est moins présent. »
La seconde raison concerne « le modèle de division du travail ». « On a aussi un moindre taux d'emploi des femmes par rapport aux hommes immigrés parce que la femme reste plus facilement à la maison que les hommes. Et ça, on a des études au niveau national, et on voit un vrai phénomène de maintien à domicile des femmes étrangères au détriment des hommes, et ça ne s'explique pas forcément avec le fait d’avoir des enfants. C'est plutôt par culture et tradition. » Néanmoins, l’étude démontre surtout que « l’immigration étrangère répond aux besoins de main-d'œuvre, et notamment sur le territoire insulaire ».








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