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Projet de carrière de Fozzano : après le recours introduit par le promoteur, les inquiétudes refont surface


le Samedi 19 Août 2023 à 20:16

Il y a deux ans, ce projet avait provoqué une levée de boucliers des habitants de la micro-région avant d’être enterré par un arrêté du préfet de Corse-du-Sud. À la faveur d’un recours introduit par le promoteur, il pourrait aujourd’hui être remis sur la table. Afin que « la mobilisation continue » l’association Alta Rocca Viva et le collectif Forza Tallà invitent les habitants à une réunion publique lundi en fin de journée au couvent de Sainte Lucie de Tallano



La mairie de Sainte-Lucie-de-Tallano s'était notamment opposée au projet de carrière (Photo : Archives Jean Paul Panzani)
La mairie de Sainte-Lucie-de-Tallano s'était notamment opposée au projet de carrière (Photo : Archives Jean Paul Panzani)
Un projet « funeste » et « insensé ». Près de deux ans après une première manche remportée contre l’exploitation d’une carrière d’extraction de roches massives de granit par une société privée au lieu-dit Trapinellu, situé sur les communes de Fozzano et de Loreto-di-Tallano, les mots et la détermination restent les mêmes. Prévu pour s’étendre sur 7 hectares sur une colline à flanc de coteau qui domine Sainte Lucie de Tallano, ce projet avait provoqué une levée de boucliers des habitants de la micro-région,  avant d’être enterré par un arrêté du préfet de Corse. 
 
« Nous avions à l’époque lancé un collectif qui s’appelait Forza Tallà qui s'était astreint à expliquer à la population  les dangers, risques et périls que faisait courir cette carrière située dans un site agro-pastoral en basse vallée du Rizzanese », rappelle Jean-Paul Panzani, président de l’association Alta Rocca Viva en reprenant : « Nous avions expliqué qu’il y avait des risques environnementaux et sanitaires importants en s’appuyant sur une étude précise faite par un expert qui expliquait qu’avec les vents et le couloir du Rizzanese les particules allaient toucher les villages, notamment Sainte Lucie de Tallano, et pouvaient avoir des répercussions importantes sur l’état de santé des populations ».
 
Il ajoute par ailleurs qu’une étude économique « avait démontré que ce projet n’était pas utile et insensé car il existe déjà deux carrières de concurrents », et qu’un « risque patrimonial très important » avait également été pointé. « Sainte Lucie de Tallano, qui se situe à même pas un kilomètre à vol d’oiseau de la carrière, compte des sites emblématiques comme l’église romane Saint Jean, classée monument historique, mais aussi le couvent Saint François qui est un site classé. L’Architecte des Bâtiments de France s’était donc prononcé contre cette carrière », note-t-il. « De plus, il faut savoir que la carrière projetée visait uniquement l’extraction. Ensuite, il fallait que des camions transportent les roches extraites pour les concasser sur un autre lieu du côté de Propriano et il y existait donc aussi des risques de sécurité routière avec le trafic de camions », ajoute-t-il encore.
 
Soutenus dans leur combat par des associations dont U Levante, les habitants opposés à la carrière avaient également pu compter sur les avis défavorables émis par le conseil des sites et la Collectivité de Corse. En outre, une enquête publique préalable à la mise en œuvre du projet avait donné lieu à près de 1000 réponses. « Plus de 87% des répondants s’étaient prononcés contre avec des arguments précis », détaille Jean-Paul Panzani en notant que les mairies d’Altagène, Sainte Lucie de Tallano, Fozzano, et Zoza avaient également marqué leur opposition. 

" Il faut que la mobilisation continue "

À la faveur de ces arguments, le préfet de Corse-du-Sud, Pascal Lelarge avait un arrêté de refus d’autorisation d’exploiter la carrière   le 13 octobre 2021. Une décision qui est aujourd’hui attaquée par la société porteuse du projet. « Le promoteur fait un recours administratif en contestant des irrégularités de la préfecture dans la procédure. Il demande l’annulation de l’arrêté et souhaite que le tribunal administratif se substitue au préfet pour prendre la décision d’autoriser la carrière », indique le président de l’association Alta Rocca Viva en précisant que « dans son mémoire, le promoteur n’apporte rien comme élément neuf par rapport à son projet initial ».
 
« Dès la prise de connaissance de ce recours, les communes qui s’étaient prononcées contre le projet par le biais de l’enquête publique ont mandaté deux avocats pour introduire des mémoires et défendre l’arrêté du préfet. Le collectif Forza Tallà et l’association Alta Rocca Viva ont également déposé un mémoire avec l’aide de Me Busson », annonce-t-il en soulignant que la préfecture a elle aussi déposé son mémoire. L’affaire devrait passer devant le tribunal administratif fin 2023 début 2024. 
 
« Aujourd’hui, nous voulons dire qu’une première manche a été gagnée, mais qu’il faut que la mobilisation continue », martèle Jean-Paul Panzani. Dans cette optique, l’association Alta Rocca Viva et le collectif Forza Tallà organisent une réunion publique lundi 21 à partir de 18H30 au couvent de Sainte Lucie di Tallano afin de « donner tous les éléments de cette nouvelle bataille qui est engagée » à la population.