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Production de miel en Corse : Des solutions durables pour pallier une chute dramatique


Nicole Mari le Vendredi 7 Août 2020 à 16:49

La production de miel AOP de Corse – la seule AOP de France avec les Vosges - s’est effondrée de 50% en dix ans. Ce printemps, elle a été quasi-nulle. Varroa, cynips, cicadelle, filets paragrêles, changement climatique… les raisons sont multiples et l’urgence absolue. Relayant le cri d’alarme du Syndicat AOP Mele di Corsica, le groupe Femu a Corsica, par la voix de Romain Colonna, a interpellé, lors d’une question orale à l’Assemblée de Corse, le président de l’ODARC sur l’aide à apporter aux apiculteurs insulaires. Lionel Mortini a expliqué que des aides à court terme ont été mises en place et qu’une réflexion est en cours pour trouver des solutions durables.



Photo N.M.
Photo N.M.
« Nous prétendons que sans le maintien de notre profession qui prend soin de ces pollinisateurs essentiels, il n’y aura bientôt plus assez d’abeilles en Corse ».  C’est un cri d’alarme sur la situation dramatique de la filière apicole en Corse que lance Denis Casalta, Président du Syndicat AOP Miel de Corse – Mele di Corsica et apiculteur depuis plus de 20 ans en Corse du Sud. Une filière menacée, comme dans toutes les îles de la Méditerranée, par la chute drastique de sa production. Denis Casalta a interpellé les pouvoirs publics pour les alerter sur son inquiétude et aider à trouver des solutions. Une inquiétude relayée dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse par Romain Colonna, élu du groupe Femu a Corsica, à travers une question orale : « La situation des miellées et de la production de miel en Corse est très préoccupante avec des conditions de production qui se sont manifestement considérablement dégradées ces dernières années et encore plus ces derniers mois au point que le président du syndicat AOP Miel de Corse, Denis Casalta, parle lui-même d’un effondrement ».

Romain Colonna, conseiller territorial Femu a Corsica.
Romain Colonna, conseiller territorial Femu a Corsica.
Une production menacée
Obtenu en en 1998, l’AOP Miel de Corse – Mele di Corsica est la seule de France avec celles des Vosges et l’une des 14 de 1’AOP européenne. Les apiculteurs corses produisent des miels issus de la flore spontanée et naturelle de l’île - comme les miellats du maquis - mais aussi des clémentiniers. « Les données liées à la production sont alarmantes », explique Romain Colonna en citant des propos récents de Denis Casalta. « Avant l’arrivée du Varroa, les récoltes étaient environ de 40 kg de miel par ruche et par an. En dehors des années de sècheresse 2003 et 2007, les rendements moyens à la ruche s’établissaient autour de 27 kg. Depuis 2010, le rendement baisse de façon constante de 30 kg à 14 kg par ruche, soit un effondrement de 50%. Cette année, la production de miel au printemps est nulle, les revenus des exploitations seront certainement négatifs. Les exploitations, déjà bien installées, sont en grande difficulté depuis plusieurs années et les jeunes, dont les investissements sont importants, sont menacées à très court terme ». Le varroa, acarien parasite, est le principal responsable de la perte des colonies d'abeilles depuis quelques années. Lors de fortes infestations, les abeilles ont les ailes déformées et les ruches sont entièrement désertées.
 
Des raisons cumulées
Selon le syndicat corse, plusieurs raisons cumulées sont aussi responsables de cet effondrement. « La présence du Cynips, ravageur du châtaignier, engendre une baisse des fleurs à disposition. L’utilisation de filets paragrêles engendre des mortalités d’abeilles de plus en plus importantes pendant la miellée de clémentinier. Le girobroyage des asphodèles avant ou pendant la floraison a pour conséquence une perte de la miellée de printemps. La lutte contre la cicadelle Metcalfa pruinosa entraine la disparition de cet insecte et ainsi une perte de production sur la miellée de miellats du maquis. Et bien évidemment les changements climatiques... », liste Roman Colonna. Précisant que « cela requiert une analyse plus précise et systématique », il demande : « Face à l’urgence et à la gravité de cette crise, nous voudrions savoir ce que l’on pourrait faire collectivement et plus singulièrement au niveau de notre institution, pour, à la fois, aider à court terme nos apiculteurs, sécuriser l’AOP miel de Corse – Mele di Corsica, et endiguer durablement cette crise en sauvant les abeilles de Corse et de Méditerranée et cette filière agricole ô combien nécessaire ». Et de conclure : « L’activité apicole assure la pollinisation du territoire et par conséquent le maintien de la biodiversité et des paysages de l’île. Elle est donc primordiale ! ».

Lionel Mortini, conseiller exécutif et président de l'ODARC. Photo Michel Luccioni.
Lionel Mortini, conseiller exécutif et président de l'ODARC. Photo Michel Luccioni.
Un bien commun
C’est bien l’avis du conseiller exécutif et président de l’ODARC (Office de développement agricole et rural de la Corse), Lionel Mortini, qui répond d’emblée : « L’apiculture est une activité agricole multiséculaire dans notre pays. La population d’abeilles est un bien commun notamment pour son travail de pollinisation, pour le maintien de notre biodiversité et de notre agriculture. Il faudra discuter avec la filière pour voir comment on peut travailler sur la résorption des filets paragrêle, les produits phytosanitaires et autres problématiques ». Affirmant que les discussions avec le Syndicat AOP et la filière ont permis de bien intégrer ces problématiques structurelles, il rappelle que l’ODARC accompagne déjà la filière AOC Mele di Corsica à plusieurs niveaux « sur la sélection et la multiplication de l’abeille corse au travers de subventions, mais également en ayant doté la filière d’un laboratoire d’insémination artificielle des reines et des cotypes corses, et d’une miellerie expérimentale au sein du pôle de compétences d’Altiani. On l’accompagne aussi à travers l’expérimentation et l’animation de la filière sur des crédits France Agrimer et sur la promotion de l’AOP, le tout pour plusieurs centaines de milliers d’euros ».
 
Des aides à court terme
Cependant, Lionel Mortini estime qu’il faut défendre, non seulement la santé de l’apiculteur professionnel, mais aussi aider « des centaines de détenteurs de ruchers, ces apiculteurs du dimanche qui représentent pratiquement la moitié de la production apicole de miel en Corse. Ils participent aussi à la survie d’un savoir-faire, mais avant tout de notre milieu végétal et de la pollinisation par leur millier d’essaims. Il faut discuter aussi avec eux, même si notre interlocuteur principal reste l’AOP Mele di Corsica ». L’ODARC a mis en place des aides exceptionnelles. « A court terme, des aides à la trésorerie dans un dispositif avec la CADEC pour la prise en charge de coûts supplémentaires liés au nourrissement des colonies. Aujourd’hui, on est obligés de nourrir les ruchers toute l’année, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années. Une aide exceptionnelle aussi avec le renouvellement du cheptel en soutien aux ateliers d’élevage des apiculteurs, la mise à disposition d’emplacements de ruchers par la Collectivité de Corse avec la gratuité évidemment. L’aide sur le traitement anti-Varroa, qui est financé par l’Office de l’environnement, sera doublée et portée à 100% ».
 
Un moratoire ?
Lionel Mortini annonce que « tout un système d’aides sera mis en place dans le cadre réglementaire des minimis pour les exploitants à titre principal ». A moyen terme, il entend utiliser les discussions sur la nouvelle Politique agricole commune européenne (PAC) pour obtenir « un dispositif agro-environnemental de soutien à la pollinisation afin de rémunérer le travail très important non productif des apiculteurs et d’aider les JA (les jeunes agriculteurs), dont plusieurs dizaines se sont installés, ces dernières années. Ils sont, pour la plupart, en difficulté avec une production qui est extrêmement faible ». Il prône « une véritable réflexion sur un moratoire sur les installations en attendant la nouvelle PAC et un nouveau système d’aide qui puisse permettre aux apiculteurs de vivre de leur passion et de leur métier. Il est très important, à mon avis, que  nous ayons cette réflexion et que nous la portions dès le mois de septembre ». Enfin, il annonce qu’une réunion ODARC-Office de l’environnement et syndicat AOP sera initiée au sein du Pôle de compétences de l’Altiani « pour mettre en place un groupe d’experts, avec évidemment l’Università, l’INRA et d’autres, afin de mener une expérimentation concernant les différents facteurs pouvant influer sur l’écosystème de l’abeille corse. Il faut savoir pourquoi il y a un effondrement de la production à ce niveau aujourd’hui, se poser les questions et évidemment trouver les réponses ».
 
N.M.




















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