L’étude démontre ainsi que 51 % des agriculteurs insulaires, soit près de 1 200 personnes, perçoivent un revenu inférieur au SMIC via leur activité. Un niveau huit points supérieur à la moyenne nationale qui place la Corse parmi les territoires où la situation est jugée critique, derrière l’Occitanie (57 %) et au même niveau que la Nouvelle-Aquitaine. Parmi les filières les plus touchées par la précarité, on retrouve les exploitants en bovins viande (65 %), les exploitants en ovins, caprins et autres herbivores (47 %) et les exploitants dans les fruits et autres cultures permanentes (45%). « Ce sont des filières au sein desquelles le taux d’agriculteurs qui sont sous le seuil de précarité est important. La viande bovine est largement moins rémunératrice qu'ailleurs en France, puisque c’est 52 % des agriculteurs à l’échelle nationale qui sont sous le SMIC dans cette filière », admet Jules Colombo.
« Par contre, quand on regarde pour les fruits et légumes ou pour les ovins-caprins, la Corse s'en sort un petit peu mieux que le reste de la France : c'est 52 % à l'échelle nationale sur les ovins-caprins et 51 % sur les fruits. On a un meilleur score, mais on a quand même du mal à dire que c'est un meilleur score parce qu’on ne peut pas dire que c'est un bon résultat d'avoir en Corse près d'un agriculteur sur deux qui est sous le seuil du SMIC. »
Une précarité persistante
Contrairement à d’autres régions de France, la Corse connaît une stagnation, voire une aggravation de la précarité agricole, avec une hausse de deux points du nombre d’agriculteurs sous le SMIC en dix ans, une évolution plus défavorable que la moyenne nationale. L’étude précise également que si seulement 23,3 millions d’euros étaient nécessaires sur la période 2015-2022 pour leur permettre d’atteindre un revenu équivalent au SMIC, le chiffre est aujourd’hui passé à 51,5 millions d’euros en 2023-2024. Une augmentation qui traduit une précarité persistante et installée. « Quand on regarde les agriculteurs qui étaient sous le SMIC en 2015, la majeure partie du temps, ils sont restés sous le seuil du SMIC. Et ça, c'est symptomatique d’une trappe à pauvreté dans l'agriculture, c'est-à-dire que quand on a des revenus modestes, c'est très difficile de s'en sortir, de réaliser des investissements et de continuer à se projeter. On est sous pression quand on a des revenus modestes, et c'est difficile d'évoluer et de trouver des solutions. »
Selon lui, la solution « ne doit pas forcément être trouvée que par les agriculteurs ». « Elle doit être trouvée de la part des acheteurs. Quand on regarde les facteurs qui sont corrélés aux revenus agricoles en France, le premier facteur qui ressort est la question du prix. C'est pour ça que la charge de s'en sortir n'est pas à trouver du côté des agriculteurs, mais plutôt du côté des acheteurs qui doivent payer un prix rémunérateur aux agriculteurs. C'est la solution pour que les revenus agricoles augmentent. »
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