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Peindre la Méditerranée, peindre le cosmos : Pierre Andrei exposé à Locu Teatrale


Rédigé par H.B le Vendredi 9 Juin 2017 à 00:40 | Modifié le Vendredi 9 Juin 2017 - 22:54


Sur le parquet du Spaziu Culturale Locu Teatrale, ce jeudi 8 juin, a eu lieu le vernissage d’une exposition des peintures de Pierre Andrei.


Pierre Andrei est décédé le premier août 2000.... Quelques jours à peine après que Gallimard accepte de publier - malgré de nécessaires aménagements du texte - son manuscrit de “La Lettre de Venise”. Envoyé en mars 2000, cette ouvrage avait été commencé quelques années plus tôt.   

Tel un drame, la mort de l’écrivain efface la publication que cet homme au destin hors norme a désiré pendant plus de 50 ans. L’histoire  et l’oeuvre de Pierre Andrei Peintre ne peuvent se comprendre sans revenir sur l’histoire de l’homme. Né en 1919 de parents originaires de Moïta (Pieve di a Serra), Pierre Andrei est façonné par la Méditerranée : enfance à Alger, Marseille et Barcelonnette. Bachelier à 16 ans, il intègre l’université de Paris Sorbonne où il étudie les lettres et l’italien. Ce fils d’architecte dont les parents sont séparés s’intéresse aux arts et à la littérature. Étudiant il découvre le théâtre et joue avec Michel Piccoli. Pourtant il préfère les coulisses à la scène. Avec la redécouverte des classiques du théâtre grecque il s’essaye à l’écriture de pièces. Curieux et désireux de prolonger ses expériences et son travail sur le texte il participe à un concours littéraire et apprend, à la radio, que le premier prix lui est acquis. Ce concours est l’occasion de rencontrer Albert Camus. Les deux hommes sympathisent et Camus use de ses relations pour soutenir le jeune homme. Dans les années 50, Pierre Andrei est lecteur et traducteur de livres italiens chez Robert Laffont. Parallèlement à son travail d’écriture, Pierre Andrei développe un goût pour la peinture… Il aime contempler les oeuvres de Cézanne et de Kandinsky.

Alors que la publication d’ouvrages ressemble à un parcours du combattant, la peinture semble plus naturelle à l’homme, qui en 1975 touche ses premiers pinceaux. À 56 ans, Pierre Andrei se fait peintre : pour s’aérer et pour notre plaisir. Jamais suffisamment sûr de son travail, il refusera toujours d’exposer jusqu’à l’année 2000 où il s’inscrit au Salon des Indépendants, salon au cours duquel deux de ses oeuvres - Manhattan et Venise - sont remarquées par des galeries d’arts désireuses de le proposer à leurs clients. Comme pour l’écriture, l’existence picturale de Pierre Andrei est stoppée par la mort de l’artiste.

Face à un tel destin, à cette fuite du succès et à cette issue fatale, on peut se demander si dans l’oeuvre de l’homme la qualité est au rendez-vous. La réponse à cette question est simple : sous les pinceaux de Pierre Andrei, quelque chose se passe. Les oeuvres du peintre empruntent à l’Impressionnisme un esprit de la représentation des formes et techniquement la matière est assumée. Face à ces tableaux, le goût de déjà vu lié à l’impressionnisme laisse naturellement place à un sentiment de surprise : il y a, dans ces tableaux, du Cézanne, certes. Mais il y a aussi une certaine idée de la lumière. Jusqu’ici rien d’anormal, la peinture est lumière et jeux de lumières. Mais chez Pierre Andrei, installé à Paris depuis ses études, la lumière est celle d’une reconquête méditerranéenne : les couleurs et leur densité rappellent le ciel et la mer. Celle de la terre des origines autant que celle de l’enfance. Ses couleurs sont mats, comme avant une tempête. Comme si un drame se jouait. C’est cette force méditerranéenne de l’attente (d’un drame toujours possible) qui semble s’exprimer dans la peinture de Pierre Andrei, ce sentiment étrange qui traverses les âmes : tout est beau, tout est bleu, tout est dense et la vie est là, elle est palpable… mais ne risque-t-il pas de se passer quelque chose ? Comme un écho à ce drame qui vient et qui pourtant n’est jamais triste, la peinture de Pierre Andrei nous dit quelque chose de cet homme, elle nous conte l’histoire d’un artiste qui n’a jamais pu faire connaître son travail, l’histoire d’un homme qui par deux ou trois fois aurait pu voir son travail récompensé mais qui - du haut de ses 78 printemps - s’est cantonné à l’adolescence de l’art.

Que retenir alors de l’homme et de son art ? En la matière, c’est Ursula Voss (sa femme et soutien de toujours) qui reste la mieux placée : “Il adorait Cézanne, ça se voit un peu dans sa peinture et surtout il voulait montrer que tout va vers le cosmos : les rayons de la terre vers l’univers. Il le disait. Je crois que dans sa peinture il voulait parler de ça, de ces rayons de la terre qui vont vers le cosmos et inondent l’univers.” Une jolie manière de réconcilier l’artiste, son oeuvre et sa passion des lettres avec cette définition simple du monde : “le κόσμος” des grecs qui dans le même temps signifie, entre autres, ornemement ou parure. C’est de cela dont il est question à propos des oeuvres exposées à Locu Teatrale en ce mois de juin : une jolie parure méditerranéenne derrière laquelle tient le cosmos, dans sa complexité.

Une exposition à voir du 8 au 20 juin au Spaziu Culturale Locu Teatrale, rue Campiglia à Ajaccio, du lundi au vendredi de 9 heures à 17 heures. 





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