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Paul-Félix Benedetti : « Macron ferait mieux d’engager la repentance de la France pour le génocide du Rwanda »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 6 Avril 2019 à 21:36

"Surréaliste, dramatique et inconséquent". Les réactions des leaders nationalistes aux propos du président de la République concernant le devoir de repentance des Corses pour l’assassinat du Préfet Erignac, se succèdent et s’unissent dans une même indignation. Paul-Félix Benedetti, leader de Core in Fronte, qui avait appelé au boycott du débat de Cuzzà, renvoie Emmanuel Macron au devoir de repentance de la France dans le génocide du Rwanda. Il revient également pour Corse Net Infos sur le contenu du débat « qui n’a rien apporté » et sur la remise en cause du PADDUC qu’il juge « inconséquente ». Core in Fronte tiendra son Assemblée générale dimanche à 14 heures à Corti.




Paul-Félix Benedetti, leader du parti nationaliste Core in Fronte.
Paul-Félix Benedetti, leader du parti nationaliste Core in Fronte.
- Comment réagissez-vous aux propos d’Emmanuel Macron concernant le devoir de repentance des Corses pour l’assassinat du Préfet Erignac ?
- Ce sont des propos surréalistes ! Il semblerait dans son esprit que le peuple corse et sa composante patriotique soient frappés d’une peine collective perpétuelle. Il oublie qu’il y a eu un jugement, des personnes ont été condamnées et ont accompli ou accomplissent encore cette peine. Légalement, dans le cadre de l’accomplissement de cette sentence judiciaire, elles ont droit, aujourd’hui, à une libération. Ce qui rend ces propos outranciers et disproportionnés. Emmanuel Macron assimile une logique d’apaisement à une repentance collective et à un acte d’allégeance et de reniement sur des concepts éculés. C’est dramatique d’en arriver à tenir de tel propos ! Surtout de la part d’un président d’un grand pays comme la France qui a à traiter des problèmes bien plus importants, il ferait mieux de s’en occuper. C’est l’anniversaire des 25 ans du génocide de Rwanda. Il ferait mieux de se poser les vraies questions, de libérer les archives, de ne pas créer de fausses commissions et d’engager la repentance et le pardon de la France pour les 800 000 morts dont elle a été la complice.
 
- Que pensez-vous globalement de ce grand débat ?
- C’est un débat qui globalement n’a rien apporté. Il n’a pas intégré les spécificités de la Corse, le paradoxe d’avoir une progression du PIB (Produit intérieur brut) importante sur ces 25 dernières années et un appauvrissement généralisé de l’ensemble des populations au détriment de quelques uns qui sont en train de s’accaparer des pans entiers de notre économie avec la complicité tacite des gouvernements et de l’Etat. Dans ces conditions-là, il faut avoir une discussion économique globale, mettre en perspective ce dont bénéficient tous les autres territoires périphériques de l’Europe, notamment tous les territoires insulaires. Hormis la crête, ils sont, tous, dotés d’avancées institutionnelles et constitutionnelles qui vont bien au-delà du statut de la Corse. Si on veut être à parité dans une Méditerranée harmonieuse, puisque le président Macron a souvent ce thème à la bouche, il faudrait que chacun puisse avoir des armes égales pour se défendre, se développer et se préserver. Ce n’est pas le cas de la Corse. Elle est, aujourd’hui, dépendante de règles internationales très fortes, contraignantes, qui ne sont pas du tout adaptées à ses propres besoins, à ses propres intérêts et à faire en sorte que, demain, advienne un mieux-disant social et politique.
 
- Face aux doléances des maires en matière d’urbanisme, le président Macron tacle le PADDUC et se dit prêt à assouplir et à expérimenter. Comment réagissez-vous ?
- Les voix d’Aline Castellani ou d’autres sont des voix marginalisées par le suffrage universel. Le peuple corse, dans sa très grande majorité, a validé la démarche des patriotes corses qui, durant 40 années, n’ont eu de cesse que de demander la préservation de leurs terres. Le PADDUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse) est un acte à minima. S'il y a besoin de réfléchir à plus de souplesse sur l’extension des villages dans les zones de montagne, il faut privilégier toutes les règles contraignantes sur les zones littorales et les zones urbaines. Il faut sanctuariser les terres agricoles. Je ne vois pas en quoi le PADDUC est un problème ! C’est un élément de sauvegarde. En Corse, entre 5000 et 6000 logements sont construits par an. Ces trois dernières années, la fin annoncée du pouvoir arbitraire des maires, de ces PLU (Plan local d’urbanisme) et ces POS (Plan d’occupation des sols) sournois et très ouverts, a provoqué une floraison de dépôts de permis de construire.
 
- Combien ?
- Cela donne, aujourd’hui, un portefeuille de plusieurs milliers de logements accordés. Il serait temps d’y mettre un frein ! On ne peut pas accepter une telle progression du bâti foncier et une telle disparité dans l’organisation des territoires. Il faut des règles globales. Le PADDUC, qui pour la Corse a une voix règlementaire de premier rang, doit, au contraire, être renforcé. Il ne doit pas être édulcoré. Entendre un président de la République venir nous dire l’inverse est dramatique quand on sait que derrière ces permis, il y a des enjeux crapuleux, des logiques de pressions, de manipulation et de spéculation pour transformer des terrains protégés en terres à bâtir. Tout cela sur des milliards d’euros en potentiel disponible de construction. Je crois que c’est de l’inconséquence !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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