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Nouvelle-Calédonie : vers un autre référendum


Rédigé par Jacques RENUCCI le Dimanche 4 Novembre 2018 à 20:19 | Modifié le Dimanche 4 Novembre 2018 - 23:31


Les indépendantistes ont perdu, mais l'accord de Nouméa prévoit l'organisation de deux autres référendums sur le séparatisme dans les quatre ans


Nouvelle-Calédonie : vers un autre référendum
Emmanuel Macron, qui s'était fait plutôt discret à l'occasion de la campagne pour le référendum néo-calédonien sur l'indépendance, a manifesté, au vu du résultat final, une satisfaction teintée de soulagement. Ce résultat représente, selon lui, « une marque de confiance dans la République et dans son avenir. » 56,4% des électeurs ont choisi de rester dans le giron de la France, un score sans appel mais moins flamboyant que ne le prédisaient les derniers sondages. La population s'est vraiment sentie concernée par ce vote qui engageait radicalement son avenir. La preuve : plus de 80% des électeurs se sont rendus aux urnes. Il faut dire que ce processus avait été annoncé il y a trente ans par l'accord de Nouméa. Il suffisait d'un peu de patience...  

Pour les indépendantistes, ce n'est pas un coup pour rien. Ils sont presque aussi contents que les loyalistes qui l'ont emporté. Pour quelle raison ? Parce que dans l'accord de Nouméa, « constitutionnalisé » donc inattaquable, il est écrit que deux autres référendums du même ordre pourraient être organisés dans les quatre ans à venir. Les partisans de l'indépendance s'y préparent déjà, forts de leur pourcentage de votants de 43,6, alors que les observateurs ne leur accordaient qu'un petit 30%.


Durant la campagne, on a entendu des arguments en forme d'épouvantails qui sont familiers à nous-autres insulaires, et qui visent à déprécier le réalisme des velléités séparatistes, avec l'insistance sur un équilibre économique impossible à trouver sans l'argent de la métropole... La « France australe », comme l'appelait le général de Gaulle, bénéficie du soutien de l’État central, comme on le lui rappelle à chaque désir d'émancipation, mais cet État doit faire face à une situation très dégradée (pauvreté, chômage, cherté de la vie, délinquance, racisme) qui se double d'un malaise profond. Celui-ci prend ses racines dans la vision strictement coloniale de l'occupation de territoires, où les autochtones mélanésiens de Nouvelle-Calédonie, les Kanaks, sont aujourd’hui minoritaires ; ils représentaient 46% de la population en 1946, ils sont plus que 39% au dernier recensement. D’où l'accusation vis-à-vis du pouvoir d'avoir délibérément « fait du blanc », selon une expression locale, c'est à dire organisé une colonisation de peuplement progressive, avec des nouveaux arrivants baptisés Caldoches. En 1972, Pierre Messmer, Premier ministre, rédige une note en ce sens, préconisant « l'immigration massive de citoyens français métropolitains... pour améliorer le rapport numérique des communautés. »



La Nouvelle-Calédonie a connu des événements dramatiques, mais la réconciliation voulue du côté kanak comme caldoche et soutenue par les autorités, s'est imposée progressivement. A présent, chacun aspire à la paix, indépendance ou non, mais paradoxalement cette paix nourrie de mélanges et de rapprochements risque de marquer la fin de la culture indigéniste, de son ancrage coutumier qui constitue la richesse spirituelle du territoire.


Mickael Forrest, secrétaire permanent pour les relations extérieures du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) était venu plaider la cause de son pays aux Ghjurnate di Corti.
Mickael Forrest, secrétaire permanent pour les relations extérieures du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) était venu plaider la cause de son pays aux Ghjurnate di Corti.



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