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Mafiosa, saison 5 : La saison de tous les excès !


Nicole Mari le Dimanche 9 Mars 2014 à 23:00

L’équipe de Mafiosa a présenté, en avant-première, samedi soir, au théâtre de Bastia, les deux premiers épisodes de la saison 5, ultime saison de la série phare de Canal+ qui sera diffusée à partir du 14 avril. Une saison plus centrée sur les femmes, plus sentimentale, mais aussi plus noire, plus tragique, plus violente : c’est, dit Pierre Leccia, scénariste et réalisateur, la saison de tous les excès ! Un documentaire sur le tournage, réalisé en Haute-Corse, sera diffusé le 18 avril sur FR3 Via Stella. Rencontre avec Hélène Fillières, qui incarne Sandra Paoli, l’héroïne chef de clan mafieux, et accepte de faire, à Corse Net Infos, quelques révélations sur cette dernière saison.



Hélène Fillières incarne Sandra Paoli dans Mafiosa.
Hélène Fillières incarne Sandra Paoli dans Mafiosa.
- Que pouvez-vous nous dire sur cette dernière saison ?
- C’est la fin de la série. Il faut conclure. Le réalisateur-scénariste Pierre Leccia a réussi à clore cette aventure de manière assez magistrale, tragique et, à mon avis, très attachante, très émouvante.
 
- Votre personnage, Sandra Paoli, est à un moment-clé de sa vie. Parlez-nous de son évolution ?
- D’abord, je dirai que c’est très rare, pour une actrice, d’avoir l’occasion de jouer un personnage sur une si longue période : plus de 8 ans de ma vie ! Pour moi, Mafiosa est un récit d’apprentissage, d’éducation. On impose à cette jeune femme, jeune avocate, de devenir chef de clan. Peu à peu, elle s’endurcit et devient vraiment une femme dure, intransigeante et capable du pire. Elle a vu le monstre grandir en elle. Elle s’est métamorphosée. Les 5 saisons racontent cette métamorphose.
 
- Que devient-elle dans cette saison 5 ?
- La saison 5 est, à mon sens, celle de la réconciliation de Sandra avec elle-même. Sandra est plus sereine, plus calme, plus douce, presque plus effacée par rapport à sa nièce qui, elle, fait, de la même manière, pendant toutes ces années, une montée en puissance.
 
- Mafiosa, est-ce « Le Parrain » version féminine ?
- Oui ! On peut le dire, sauf que le personnage du fils dans le Parrain (Michael Corleone) finit de manière vraiment terrible alors que l’aboutissement du personnage de Sandra, peut-être parce qu’elle est une femme, n’est pas tragique. Elle sait renoncer à ses combats.
 
- Un homme n’aurait-il pas su renoncer ?
- Oui. J’aimais beaucoup l’accroche de Canal+ pour la saison 3 : « L’homme le plus dangereux de Corse est une femme ! ». En saison 5, cette femme n’a plus besoin d’être un homme dangereux pour exister. Elle n’a plus besoin de se battre, de s’imposer, d’être en guerre avec le monde masculin. Elle n’est plus dans la guerre des sexes.
 
- Sandra symbolise-t-elle l’archétype de toutes les femmes qui doivent s’imposer dans un milieu masculin ?
- C’est difficile pour une femme de s’imposer dans un tel milieu, de chercher, à la fois, à être l’égal des hommes et à s’imposer alors qu’elle n’a pas les mêmes atouts. Il faut faire naître en soi une certaine virilité et rivaliser avec la virilité masculine. C’est ce que Sandra a fait pendant les 4 saisons de cette épopée de Mafiosa. En saison 5, elle a été au bout de ce combat-là.
 
- Est-ce une rédemption ?
- Exactement ! Cette saison 5, pour Sandra, est une forme de rédemption ! Elle la paye très cher, mais se sent apaisée personnellement, intimement et secrètement.
 
- C’est la première fois qu’une actrice interprète un chef mafieux à l’écran. Comment avez-vous abordé ce rôle sans vous appuyer sur aucun modèle ?
- Il y avait, en effet, quelque chose d’assez inédit dans l’idée qu’une femme endosse le rôle d’un Parrain. Il a fallu créer complètement le personnage. J’ai du l’inventer. Mes modèles étaient masculins : Al Pacino dans « Le Parrain » que j’ai beaucoup revu. Les deux personnages se ressemblent énormément. Dès le début du Parrain I, Al Pacino séduit Diane Keaton en lui disant que sa famille est composée de mafieux, mais qu’il n’est pas comme eux, comme s’il refoulait, en lui, une sorte de malédiction familiale. Il l’espère la surmonter, la dominer, mais, en réalité, elle le rattrape parce qu’on est, tous, fait du même bois. Quand on a le virus en soi, difficile de lutter !
 
- Votre personnage a beaucoup évolué en 8 ans. Et vous, en tant qu’actrice, avez-vous, aussi, évolué ?
- Oui ! J’ai beaucoup évolué grâce à Sandra. Ce rôle est une rencontre entre deux femmes. J’ai beaucoup appris du personnage et du scénario. J’ai appris à dominer mes peurs, à accepter ma force et mon autorité. Cela m’a donné beaucoup de force, de confiance et d’aisance dans la vie. Moi-même, je me suis métamorphosée en tant que femme à travers ce personnage !
 
- Le tournage a eu lieu en Corse à laquelle vous vous êtes, dites-vous, attachée ?
- Oui ! Je suis très attachée à la Corse. Je n’y suis par originaire, mais j’ai appris à devenir Corse. J’ai eu la chance d’être accueillie par les Corses et d’être intégrée dans une famille. Pour moi, la Corse, c’est d’abord, une famille. Je vais, d’ailleurs, me marier à Pietranera, au mois de juillet.
 
- Mafiosa raconte une Corse très violente. Cette série n’alimente-t-elle pas une image négative ?
- Mafiosa raconte, de manière dure, une petite partie de la réalité corse, celle des affaires illégales, des affaires de voyous. La série ne fait pas l’apologie du monde des voyous. D’ailleurs, la saison 5 en témoigne, elle se termine de manière tragique. Le principe du cinéma est de sublimer la réalité. On sublime la Corse ! Même en parlant de son côté sombre, on rend hommage à sa force et à son caractère ! Je crois que les Corses se reconnaissent dans le fait qu’on raconte cette partie-là de leur histoire. Certains me disent seulement : « Vous avez tué votre frère ! ». Je leur réponds : « Ce n’est pas moi, c’est le personnage ! ».
 
- Fait-on un amalgame entre le rôle et l’acteur ?
- Il y a, chez les gens, beaucoup de confusion entre la réalité et la fiction. Pour une actrice, c’est très agréable, cela veut dire qu’on a bien fait son travail et qu’on est vraiment crédible. Pour moi, c’était un défi personnel. N’étant pas corse, être reconnue, aujourd’hui, comme faisant partie de la famille et de l’identité corses, c’est la plus grande réussite !
 
- Au début de la série, vous attendiez-vous à un tel succès ?
- Franchement, non ! Ce succès est du à l’arrivée du scénariste Pierre Leccia qui lui a donné un vrai ancrage dans la réalité et dans la vérité des sentiments et des situations. Il a pour principal objectif d’être sincère, vrai, juste, de ne jamais tricher ou faire semblant, de ne jamais fantasmer. Il s’inspire d’histoires vraies. La série a gagné en puissance au fil des saisons, en particulier entre la 4 et la 5. Nombre de films existent sur les voyous depuis l’origine du cinéma. Certains sont ratés parce qu’ils fonctionnent dans le pur fantasme. Mafiosa est ancrée dans le réel. Quand on joue les personnages, on se rend compte que rien n’est artificiel.  
 
- Le tournage est fini. Avez-vous des projets ?
- Je suis passée à la réalisation. J’ai, déjà, réalisé un film, il y a un an, qui s’intitule : « Une histoire d’amour ». Ce film, tiré d’un fait divers, raconte l’histoire d’un banquier soumis à ses pulsions sadomasochistes et tué par sa maîtresse. Je m’attaque, maintenant, à un sujet issu de tout ce que j’ai appris de Mafiosa : l’histoire d’une femme qui intègre l’armée et va devoir s’imposer et tester ses limites dans un univers masculin.
 
- Pourquoi êtes-vous passée à la réalisation ? N’avez-vous plus trouvé de rôle du calibre de Sandra Paoli ?
- Non ! Pas du tout ! Beaucoup d’acteurs passent à la réalisation. C’est devenu très fréquent. J’aime le cinéma. En tant qu’artiste, le seul fait de jouer ne m’épanouissait pas complètement. M’atteler, moi-même, à la tâche de réaliser un film est difficile et très engageant. Fabriquer quelque chose de mes propres mains, être à la hauteur de ce défi est la raison pour laquelle je me réveille tous les matins.
 
- Imaginez-vous réaliser un film en Corse ?
- J’adorerais pouvoir tourner en Corse avec une histoire corse. Mais, c’est très difficile. Mafiosa est réussie parce que le réalisateur-scénariste Pierre Leccia connaît très bien la Corse et le monde des voyous. Il raconte la vérité avec une justesse, une sincérité, un vrai respect et un vrai amour pour les gens dont il trace les destins. Il faut bien connaître pour en parler. J’aime trop la Corse pour me permettre de ne m’en servir que comme un décor.
 
Propos recueillis par Nicole MARI