(Photos : Gérard Baldocchi)
Productrice de bière corse, la brasserie Pietra souffle cette année ses 30 bougies. Si l’entreprise a été fondée en 1996 par Armelle et Dominique Sialelli, elle trouve pourtant son origine dans une idée née quatre ans plus tôt, lors d’un concert. « C’est une idée qu’ont eu mes parents un peu sous le ton de la macagna », explique Hugo Sialelli, le directeur de l’entreprise. « C’était l’été, ma mère était à un comptoir et a demandé une bière corse. On lui a dit que ça n’existait pas, alors mes parents se sont dit qu’ils allaient en créer une. »
Les premières années après la création de l’entreprise se trouvent être « assez exaltantes mais semées d'interrogations et de doutes ». « La Corse n'était pas un territoire de bière, donc il fallait à la fois convaincre le consommateur que c’était un bon produit, et en même temps réussir à donner une définition de la bière corse, sachant qu’elle était plutôt produite dans des territoires comme la Belgique, l'Allemagne ou l'Alsace. Il a fallu trouver un fil. »
Pour se différencier, Armelle et Dominique Sialelli ont choisi d’utiliser un ingrédient local : la farine de châtaigne. « La bière, c'est la plus vieille boisson de l'histoire, on trouve des traces de bière en Mésopotamie, il y a plus de 5 000 ans. C'était la manière qu'avait trouvée chaque cité de conserver à la fois l'eau et les céréales. Vous mettiez des céréales dans de l'eau, il y avait des levures présentes sur les céréales qui fermentaient, et qui allaient donner une mixture, de la bière en l'occurrence. Mes parents se sont dit que pour lui donner un ancrage, il fallait qu’ils arrivent à transformer une céréale corse pour en faire de la bière. Et là, ils ont eu l'idée de faire une bière à la farine de châtaigne. »
Une diffusion élargie
Au début, l’entreprise connaît « une véritable traversée du désert ». « Ils allaient sur les marchés, les foires, dans les magasins pour expliquer ce qu’était la bière corse à base de farine de châtaigne, et expliquer aux gens que c’était un bon produit. » Mais petit à petit, le marché a évolué, et l’entreprise a pu étendre sa diffusion au-delà de l’île, en France et à l’international. « Mes parents sont arrivés à un moment où la bière n'était pas forcément trop connue, aussi bien en Corse qu’ailleurs. Et quand il y a eu, de manière générale, une évolution plutôt positive du marché de la bière il y a une dizaine d’années, avec une vraie curiosité des consommateurs et une appétence pour le produit, le fait qu’on soit là depuis déjà plus de 15 ans a permis d’être porté par cette vague et d’avoir une diffusion encore plus nationale. Je pense qu'on peut être fiers d'une résonance en Corse et ailleurs. »
Il y a huit ans, Hugo Sialelli est officiellement entré dans l’entreprise, avant d’en prendre la direction il y a quatre ans. « Je suis un peu né dans l'entreprise, j'ai fait mes premières saisons ici, je mettais des bouteilles dans des cartons, des cartons sur des palettes, des palettes dans des camions », se remémore-t-il. « Je suis entré dans l'entreprise il y a huit ans, il a fallu se confronter aux réalités opérationnelles, et on a décidé de faire une transmission, assez lentement parce que mes parents sont encore là, et j'espère qu’on sera vraiment dans cette entreprise le plus longtemps possible ensemble. » Aujourd’hui, la brasserie compte une quarantaine de salariés sur son site à Furiani, « avec des gens qui sont là depuis 30 ans et des gens qui nous ont rejoints récemment ». « On essaie d’être une grande famille, toujours en produisant 100 % de nos bières ici. »
Des défis à relever
Mais aujourd’hui, produire sur une île comme la Corse implique de gérer des contraintes spécifiques. La brasserie Pietra doit notamment faire face au réchauffement climatique, au stress hydrique et aux contraintes d’approvisionnement, ce qui l’amène à repenser certaines étapes de sa production. « Ça force à se questionner sur la manière dont on produit », souligne Hugo Sialelli. « On essaie d’être le plus indépendant de facteurs exogènes. » L’an dernier, l’entreprise a par exemple reçu la plaque France 2030, une distinction accordée aux entreprises engagées dans des projets industriels jugés innovants et durables, pour son projet de récupérateur de CO2.
« On a besoin de CO2 dans la bière. D'un côté, on va en produire, mais de l’autre, on va en consommer, et on s’est dit qu’on allait essayer de le récupérer. On a essayé de bâtir une stratégie sur trois piliers forts : la frugalité, c'est-à-dire le fait de consommer peu d'énergie et peu d'eau pour produire de la bière ; l’autonomie, parce que l’insularité nous pousse à l’être sur l’électricité ou le CO2, à être maître de la manière dont on va consommer nos énergies ; et la décarbonation, le fait d'être le plus propre possible pour le territoire dans lequel on est. »
À l’avenir, la brasserie affirme vouloir « continuer à rester fidèle à qui on est ». « On veut toujours faire en sorte que nos équipes prennent du plaisir à faire de la bière, à goûter et à vendre nos produits. On souhaite toujours continuer à innover en restant fidèles au produit, au terroir, et essayer de faire rayonner aussi bien la Corse et la brasserie ici et ailleurs. »
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