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« L’usure du sang », le témoignage d’Antonio Zagari, ancien tueur de la ’Ndrangheta chez Basset Éditions


Philippe Jammes le Mercredi 15 Avril 2026 à 16:03

Spécialisées dans les ouvrages consacrés à la criminalité organisée et aux mafias, Basset Éditions, installées à Sagone, publie des traductions de travaux de référence étrangers et sortira ce 15 avril « L’usure du sang » traduction française du témoignage d’Antonio Zagari, ancien tueur de la ’Ndrangheta.



« L’usure du sang » traduction française du témoignage d’Antonio Zagari, ancien tueur de la ’Ndrangheta.
« L’usure du sang » traduction française du témoignage d’Antonio Zagari, ancien tueur de la ’Ndrangheta.

En rendant accessibles en français des enquêtes, témoignages et essais écrits par magistrats, chercheurs ou journalistes d’investigation, cette maison d’édition insulaire entend offrir une compréhension rigoureuse et nuancée des organisations criminelles, loin des clichés et du sensationnalisme.

« L’usure du sang » est la traduction française par Brünhilde Delhommeau de « Ammazzare stanca - Autobiografia di uno ‘ndranghetista pentito », témoignage d’Antonio Zagari, ancien tueur de la ’Ndrangheta. Antonio Zagari (1954-2004) est un ancien membre de la ’ndrangheta, une organisation mafieuse originaire de Calabre. Impliqué durant plusieurs années, entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, dans les activités des clans, il a ensuite choisi de collaborer avec la justice et de témoigner sur les mécanismes internes du crime organisé.

Son récit constitue une source rare pour l’étude de la sociologie mafieuse contemporaine : il y décrit la hiérarchie informelle des familles, le rôle des serments, les logiques de loyauté et de dette, la banalité de la violence, ainsi que la difficulté concrète de quitter le système. Loin de toute mythologie criminelle, son témoignage éclaire les pratiques ordinaires du milieu et la dimension sociale et culturelle de l’appartenance clanique.


Par la précision de ses observations et par son refus de toute mise en scène héroïque, Zagari apporte un document utile à la compréhension des dynamiques internes de la ’ndrangheta et, plus largement, des formes contemporaines du crime organisé en Europe. Il se souvient des plans bricolés, des chefs dérisoires, des trahisons prévisibles, des coups qui tournent à la farce noire. Si une phrase fait sourire, la suivante rappelle l’enlèvement, le braquage, l’homme laissé sur une route faute de savoir quoi en faire.


Il détaille avec une lucidité ironique ce que signifie « travailler » pour la mafia : attendre des ordres absurdes, exécuter des décisions mal comprises, porter le poids des morts accumulés. Son témoignage éclaire ainsi de l’intérieur la banalité du système mafieux et l’usure morale de ceux qui y restent trop longtemps. Un texte essentiel pour comprendre les mafias aujourd’hui.

À l’heure où les organisations criminelles continuent d’influencer profondément les sociétés européennes, les témoignages directs demeurent rares. « L’usure du sang » apporte un document de première main sur la ’ndrangheta, utile pour comprendre les mécanismes internes des clans et leur emprise durable. Le livre a par ailleurs été adapté au cinéma et présenté à la Mostra de Venise. La parution est prévue le 15 avril, et les précommandes viennent d’ouvrir sur le site.