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L'édito de Jacques Renucci : La guerre du feu


Rédigé par Jacques RENUCCI le Lundi 23 Octobre 2017 à 22:37 | Modifié le Mardi 24 Octobre 2017 - 01:09


La Corse ne connaît pas de répit sur le front des incendies. Mais comment distinguer l'incendiaire du pyromane ?


L'édito de Jacques Renucci : La guerre du feu
A propos des incendies, les optimistes vous diront que les zones dévastées, désertifiées, uniformément grises et noires, contiennent encore de la vie. Certaines espèces se régénèrent par les graines résistantes, par les souches d'où jaillissent de nouvelles pousses ou par la sortie d'autres espèces. D'autres vous affirmeront, poussant à l'extrême ce constat, que le feu est nécessaire et salutaire pour la bonne santé de la végétation... à condition de ne pas dépasser deux incendies par siècle au même endroit.
Mais lorsqu'on est face aux flammes et à leur propagation multipliée par la tempête, on n'est pas dans ce genre de théorie. On doit parer au plus pressé, tout en souhaitant que le vent tourne ou que la pluie tombe...


Il y a quelques années, il était d'usage de dresser le bilan des incendies à la fin de l'été, une fois tout risque écarté, les saisons miraculeuses alternant avec les saisons catastrophiques, sans que l'on sache très bien pourquoi. Même si la canicule est finie, la sécheresse qu'elle a occasionnée demeure encore aujourd'hui, et les feux jouent les prolongations, toujours aussi dévastateurs, lorsqu'on se rend compte que les moyens mis en œuvre, quelle que soit leur efficacité, paraissent dérisoires face à la puissance des flammes déchaînées.  
La définition de l 'incendie est terriblement sobre : un feu qui se développe sans contrôle dans le temps et dans l'espace.
Chez nous, on l'a constaté, c'est dans des périodes propices – par grand vent par exemple – que les mises à feu se multiplient, avec les risques qu'elles font encourir aux pompiers qui sont en première ligne et aux habitants des zones concernées, sans parler des dommages environnementaux.  


Il est évident pour tous les spécialistes et pour la population que les causes « naturelles » des sinistres sont quasi inexistantes. Involontairement ou volontairement, l'implication humaine y est prépondérante. Les incendies peuvent être causées par l'imprudence ou la négligence, par la perte de contrôle d'un feu dont on se croyait en mesure de fixer les limites (dans le cas de l'écobuage par exemple), ou enfin, et cela est plus grave, ils peuvent être la conséquence d'un acte volontaire.
Les rares fois où on a arrêté des auteurs de mises à feu, la justice a dû faire la différence entre l'incendiaire et le pyromane. D'un côté, il y a la détermination froide et calculée, de l'autre il y a la pulsion. Selon des statistiques d'études en psychologie légale, environ 8 incendies sur 10 sont dus à des pyromanes.


Désespérés, des maires en appellent à des témoins, à des informateurs ; ils demandent la fin de l'omerta villageoise. Mais qui, dans une communauté restreinte, irait dénoncer son voisin, même le sachant coupable, avec la naissance de conflits de proximité et de problèmes à n'en plus finir ?
Car, démasqué, l'incendiaire, pour sa défense, se mue en pyromane : il jouera sur le trouble de la personnalité, et l'altération du jugement dont il est victime. Autant de circonstances atténuantes pouvant alléger la sanction. Il y a une décennie, un incendiaire avait déclaré devant la justice insulaire que le spectacle des flammes « lui faisait baisser la tension ».
Le tribunal en avait tenu compte dans un verdict de clémence.




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