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Interdiction du téléphone au lycée : les syndicats corses pointent les limites du projet


Léana Serve le Samedi 24 Janvier 2026 à 17:40

Alors que le Conseil d’État examine un projet de loi visant à interdire l’usage du téléphone portable au lycée, les syndicats corses alertent sur les limites du projet. Selon eux, cette mesure, présentée comme un moyen de lutter contre la surexposition des adolescents aux écrans, risque d’être inefficace, coûteuse et difficile à appliquer.



Photo d'illustration
Photo d'illustration

C’est une nouvelle offensive du gouvernement contre la surexposition des jeunes aux écrans. Le 8 janvier dernier, le Conseil d’État a examiné un projet de loi visant à interdire l’usage du téléphone portable au lycée. Une mesure qu’Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a qualifié comme une « question de principe » au cours d’un entretien le 3 janvier avec Ouest-France. « On le voit en classe, lors de l’intercours, au moment de changer de matière : les élèves sont rivés à leurs téléphones portables alors que cela devrait être un moment d’interactions avec les camarades et les professeurs. C’est très préoccupant. La sociabilité des enfants et des adolescents ne peut pas être déléguée à une machine. »
 

Mais sur le terrain, cette mesure se heurte à une réalité bien plus complexe. Plusieurs syndicats contestent un projet de loi jugé inefficace, coûteux et déconnecté des conditions concrètes d’enseignement dans les lycées. En Corse, Sonia Pruvot-Rol de la CGT Éduc’action, estime que la priorité est ailleurs. « Je pense qu’il y a d'autres combats à mener avant l'interdiction des téléphones à l'école. D'abord, au collège, on sait très bien que ça n'a pas fonctionné, même au sein des collèges qui ont participé et qui ont acheté les pochettes où les élèves devaient déposer leur téléphone portable. Ça n’a pas été efficace, et les téléphones sont de nouveau dans les sacs et dans les poches, alors que ça a coûté une fortune à les équiper », avance-t-elle.
 

Même constat pour Jean-Pierre Luciani, secrétaire national du STC Éducation, qui reconnaît néanmoins l’intention du ministère : « On comprend l’idée, mais l’exécution est lourde de conséquences, notamment au niveau financier. Les mesures qui ont été mises en place dans les collèges ont un coût, il y a des établissements avec parfois des centaines d’élèves, et quand ils sortent, il faut du personnel pour gérer la remise des téléphones. Et en plus, il y a un problème de responsabilité des établissements, parce que les téléphones peuvent disparaître, même si ce sont censés être des casiers sécurisés… »
 

Denis Luciani, président de l’Associu di i parenti corsi, indique de son côté qu’il faut avant tout « regarder dans les détails ». « En général, ce qui est de l'usage excessif des tablettes et des téléphones, cela peut porter préjudice. Après, est-ce qu'on doit aller jusqu’à l'interdiction au lycée ? Pourquoi pas. Étant donné le poids que prennent les réseaux et le numérique chez les jeunes aujourd'hui, on se pose la question. En tout cas, il y a une problématique qui est quand même énorme chez les adolescents. »
 

Éduquer au lieu d’interdire
 

Au-delà de l’organisation et du coût, les syndicats soulignent que le lycée est « un moment où on peut changer les postures vis-à-vis du numérique ». « Il y a un principe, c'est celui de ne pas infantiliser les lycéens », souligne Jean-Pierre Luciani. « Autant au niveau du collège, ils sont plus jeunes, c'est plus difficile, et c'est vrai que la solution, c'est l'interdiction, mais au lycée, on est plutôt sur de l'éducation numérique. En plus, quand le jeune récupère son portable, il va se surexposer à la sortie de lycée, chez lui à la maison, parce que le problème n'est pas seulement dans les établissements. Il y a une addiction très forte, même chez les adultes, et ce problème sociétal ne peut pas être réglé par l'interdiction. Le lycée, c'est la période charnière où il faut justement travailler cette éducation au numérique, savoir utiliser les bons côtés du numérique, et savoir éviter la surexposition aux réseaux sociaux. »

Selon eux, l’interdiction du téléphone portable semble surtout difficile à contrôler. « On a du mal à lutter contre ChatGPT et la triche durant les contrôles, même quand on leur fait déposer sur la table à l'entrée de la salle de cours. En plus, on sait très bien que certains ont des montres connectées et des connexions partagées. C'est encore un écran de fumée qui ne nous permet pas d'aborder les vrais problèmes de l'Éducation nationale », lance Sonia Pruvot-Rol. Jean-Pierre Luciani penche plutôt sur la mise en place « d’une marge de manœuvre ». « S’il y a des établissements vraiment sensibles, où l’utilisation des téléphones est ingérable, il pourrait y avoir la possibilité pour le chef d'établissement de prendre des mesures coercitives d'interdiction. Mais la généralisation de l'interdiction, pour nous, c'est essayer de fuir nos responsabilités éducatives. »