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Gilles Cioni (SC Bastia) : « Je veux valider au moins une montée avant d’arrêter »


Rédigé par Florian Cadu le Vendredi 2 Mars 2018 à 16:56 | Modifié le Vendredi 2 Mars 2018 - 17:11


Il est l’un des seuls joueurs professionnels à être resté au Sporting Club de Bastia. L’un des seuls footballeurs de l’effectif actuel à avoir connu l’élite. Par amour et fidélité pour sa ville et son équipe, Gilles Cioni a décidé, l’été dernier, de continuer le combat. Après cinq saisons passées en Ligue 1, voilà le défenseur en cinquième division. Prêt à se battre pour le SCB, troisième à six points de Marseille Endoume (leader avec un match en plus) à l’heure de recevoir l’ES Cannet-Rocheville samedi. Entretien.


Gilles Cioni (deuxième à partir de la gauche) en compagnie de ses jeunes partenaires
Gilles Cioni (deuxième à partir de la gauche) en compagnie de ses jeunes partenaires
- Gilles, est-ce difficile pour toi d’évoluer en National 3 après toutes ses années vécues en première division ?
-C’est forcément différent. Le changement a été assez brutal. Il y a quelques mois, je n’aurais jamais imaginé jouer à ce niveau avec l’équipe première de Bastia. Avec l’équipe réserve, oui, mais pas avec l’équipe une. Ça fait bizarre évidemment, ça interpelle. Mais mon choix a été réfléchi. Je savais qu’en fermant la porte au monde professionnel, je faisais des sacrifices. De toute façon, ça a toujours été ma mentalité. Que ce soit en Ligue 1, en Ligue 2 ou en National 3, il faut toujours se battre.

- As-tu l’impression d’être largement meilleur que tes adversaires ou que tes partenaires ?
- Pas du tout. En National 3, il y a des joueurs qui ont loupé le haut niveau de très, très peu. Certains pourraient jouer bien au-dessus. Donc non, je ne suis au-dessus de personne. Et je n’ai pas moins de pression aujourd’hui que quand je rentrais sur une pelouse de première division avec le maillot bastiais. Car je connais les enjeux économiques et passionnels à faire remonter le club.  

- Tu es rapidement passé à autre chose à la suite de la relégation ?
-;Au début, tous les matins, je me disais en franchissant le portail : « Je vais retrouver Toto (Squillaci, ndlr), je vais retrouver Yannick (Cahuzac), je vais retrouver Jean-Louis (Leca)… » Mais je me suis vite repris : « C’est fini. Si je ne suis pas capable de tourner cette page-là, je vais venir à l’entraînement et me morfondre. » Ça a été difficile les premiers temps, notamment quand il n’y avait plus d’entraînements ni de repreneurs, puis le football a repris ses droits. Je ne peux pas dire que c’est comme avant. On était des amis d’enfance : six ou sept d’entre nous avaient fait suivi la formation ensemble. Je ne sais pas si ça c’est déjà vu autre part. Ça, je savais que je n’allais pas le retrouver cette saison, mais je savais aussi que je l’aurais pas trouvé en signant ailleurs ! Donc j’ai remis le pied à l’étrier, en compagnie de jeunes joueurs que je connaissais très peu. Nous avons dix ans d’écart, voire quatorze avec certains. Ce qui ne nous empêche pas de bosser et de suivre notre objectif commun de résultats.


- Les stades remplis et les gros duels de l’élite te manquent ?
- C’est évident que ce n’est pas la même chose de jouer contre le Paris Saint-Germain que contre une équipe amateur. L’adrénaline, le public, les énormes ambiances… Le manque, il y est. Mais je garde cette pression, cette peur de ne pas réussir. Je voudrais arrêter le ballon après avoir validé au moins une montée. En ayant réenclenché le processus. J’ai signe deux ans, donc ce sera peut-être deux montées de suite. Mais s’il n’y en a pas au moins une, j’aurais presque la sensation d’avoir échoué. C’est ça que je me suis mis dans la tête. J’essaie donc de faire comprendre aux jeunes qu’il faut être très exigeant pour arriver en haut.

- Tu considères que la montée est jouable cette saison ?
- Pour moi, ce serait un exploit. Mais je suis sûr que nous pouvons le faire. Nous avons une carte à jouer. On verra au moins de mai ce qu’il en est.


- Quelle est ta motivation principale ?
- Apporter ma pierre à l’édifice pour que le club redevienne ce qu’il était. J’avais deux possibilités : soit je continuais encore un ou deux ans ailleurs en professionnel, soit je restais ici. Par pour un choix financier bien sûr, mais pour un choix de cœur. Je sais que le club n’est pas à sa place, et j’ai envie de lui donner tout ce qui est en mon pouvoir, que ce soit en tant que joueur aujourd’hui que dans un poste dans la direction sportive plus tard. D’autant que la relégation du Sporting a fait beaucoup de mal aux commerces autour du Stade Furiani, au niveau de l’argent mais aussi au niveau de la passion. Les 19 matchs qu’on jouait contre des équipes de Ligue 1, plus les matchs de Coupe de France et de Coupe de la Ligue, profitaient grandement à l’économie locale, aux restaurants, aux brasseries, aux hôtels… Ce n’est plus le cas.


- Finalement, cette triste rétrogradation pour la ville et les supporters a-t-elle au moins le mérite de resserrer encore davantage les liens entre les habitants de Bastia et les membres du club ?
- Il n’y a pas eu de déchirement à l’égard de l’entité du club. Mais à partir du moment où la rupture avec les anciens dirigeants a été actée, que les gens étaient sûrs qu’ils ne faisaient plus du tout partie du SCB, que les choses ont été claires et que tout le monde a compris que nous avions fait table rase du passé, c’est vrai qu’il y a eu une adhésion assez exceptionnelle. Même moi, j’ai été surpris de voir qu’on avait plus de 4000 abonnés, que 7000 personnes s’étaient déplacées lors du premier match… Tu ne doutes pas du soutien parce que tu sais que c’est Bastia, le club de la Corse. Mais tu te dis qu’une descente en National 3 peut quand même démotiver. Sauf que la passion du club est toujours là, intacte. Et nous les joueurs, nous avons la responsabilité de la respecter. Si nous faisons ce qu’il faut, nous allons fédérer encore plus de personnes.




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