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Fièvre catarrhale ovine : L’ODARC promet son aide aux éleveurs, mais demande à l’Etat d’assumer sa mission


Nicole Mari le Samedi 30 Octobre 2021 à 10:58

La problématique du retour de la fièvre catarrhale ovine en Corse a ouvert la session de l’Assemblée de Corse, jeudi matin avec une double question orale des groupes Fà Populu Inseme et Core in Fronte. Les deux groupes nationalistes se sont émus du retrait par l’Etat de cette épizootie de la liste des maladies réglementées et, donc, du remboursement des vaccins, et appellent à l’aide l’Exécutif corse. Le conseiller exécutif et président de l’ODARC, Dominique Livrelli, a assuré de l’engagement financier de la Collectivité de Corse, mais rappelle que le sanitaire est une compétence régalienne et que l’Etat doit assumer sa part.



Photo NM - CNI
Photo NM - CNI
La fièvre catarrhale ovine a fait son retour en Corse. Plusieurs foyers se sont déclarés, plusieurs dizaines de brebis sont déjà mortes, d’autres ont été testées positives L’impact de cette épizootie, particulièrement virale et contagieuse, qui sévit périodiquement dans l’île, sur les troupeaux ovins et les exploitations est tel que pas moins de deux questions orales ont été posées sur le sujet, jeudi matin, en ouverture de la session de l’Assemblée de Corse. « La saison de mise-bas des brebis et le début de la campagne laitière ayant commencé, la propagation de la maladie va inévitablement engendrer de lourdes pertes financières pour la filière ovine. Cette profession est en très grande difficulté. Elle connait déjà un fort déficit de vocation et nous ne parviendrons pas à encourager des jeunes à s’installer, si chacun n’assume pas ses responsabilités », alerte le groupe Fà Populu Inseme. Le problème, pour lui, ne vient pas de la Collectivité de Corse (CDC) et de l’ODARC (Office de développement agricole et rural de la Corse) dont il salue les efforts « pour accompagner la structuration des exploitations et moderniser les équipements », mais de l’Etat.
 
Le retrait de l’Etat
La majorité territoriale s’inquiète du retrait par l’Etat de la fièvre catarrhale ovine de la liste des maladies réglementées, ce qui a, de ce fait, suspendu le remboursement des vaccins. « Depuis le début de l’année 2021, l’Etat n’est donc plus tenu de soutenir les éleveurs. De nombreuses sollicitations, pour revendiquer la nature de notre cheptel et défendre la prise en charge du coût de la vaccination, sont restées sans réponses, et celle-ci reste donc à la charge de l’éleveur, mettant en danger le travail initié depuis près de 20 ans dans la sélection de la race ovine corse. Plus encore, les doses seraient dans tous les cas difficilement accessibles aux professionnels. Ces éléments laissent craindre de faibles taux de vaccination des troupeaux insulaires ». Cependant, ajoute Fa Populu Inseme, le vaccin n’est qu’une partie de la réponse. « Dans le domaine sanitaire, c’est surtout la prévention qui compte. La compétence sanitaire relevant exclusivement de l’Etat, nous constatons que la mission de veille n’a pas été assurée et que les mesures nécessaires pour éviter cette situation n’ont pas été mises en place. L’Etat se désengageant de la prévention, quels sont les moyens dont nous disposons pour nous prémunir de nouvelles crises sanitaires, et mettre en place une politique sanitaire adaptée aux spécificités de l’agriculture corse ? ».
 
Une double crise
Une inquiétude partagée par Core in Fronte : « Le stéréotype 4 a été identifié. Le risque de développement de la maladie est d’autant plus important au vu des températures qui sont favorables au développement de l’insecte vecteur qui propage la maladie. Ces élevages sont également fortement touchés par une sécheresse importante qui limite largement l’accès à la ressource alimentaire des troupeaux. Depuis de nombreux mois, les éleveurs sont obligés d’alimenter les bêtes avec de l’approvisionnement extérieur, ce qui entraîne un surcoût. Si on ne veut pas que cette filière soit l’objet d’une double crise économique et sanitaire, n’est-il pas opportun de mettre en place un dispositif exceptionnel que l’on peut chiffrer à 350 000 € permettant de financer l’accès à la vaccination et la désinfection des cheptels en urgence ? ».

Dominique Livrelli. Photo Michel Luccioni.
Dominique Livrelli. Photo Michel Luccioni.
Une aide financière
Ce retrait de l’Etat n’est guère du goût du conseiller exécutif et président de l’ODARC, Dominique Livrelli, éleveur de son état. Il rappelle d’emblée que le sanitaire est une prérogative régalienne de l’Etat qui a pris cette décision sans même consulter personne, « et ce malgré les alertes des professionnels sur les risques inhérents à ce déclassement. De ce fait, la fièvre catarrhale ovine n’est plus soumise à une réglementation  particulière permettant une intervention adaptée immédiate de l’Etat lors de toute suspicion afin d’empêcher sa diffusion et d’assurer son éradication ». Il assure qu’à l’inverse, la réaction de la CDC au travers de l’ODARC a été immédiate et s’est traduite par « la volonté de participer financièrement aux actions qui pourraient être mises en place pour limiter au maximum la propagation de cette maladie sur le territoire. Nous avons proposé que l’ODARC soutienne à hauteur de 40% les interventions de traitement des troupeaux, avec d’une part des insecticides, et d’autre part la vaccination des animaux. L’objectif est d’atteindre un niveau d’immunité de 70% à l’été 2022. Le coût total de ces interventions a été évalué à 350 000 €, ce qui correspondrait à un financement de 140 000 € de la part de la CDC. La profession s’est, elle aussi, engagée, via l’ILOCC, à intervenir à hauteur de 20% de ces actions ».
 
Pas à la hauteur !
Ceci dit, le président de l’ODARC estime que, « compte tenu de sa responsabilité », l’Etat est tenu de s’impliquer financièrement. Et révèle que des discussions sont en cours « pour qu’il s’engage à hauteur de 40% du financement de ces opérations indispensables, et qui doivent être mises rapidement en œuvre, si nous voulons éviter une propagation de la maladie engendrant des pertes économiques importantes, voire des pertes en termes de génétique irrécupérables ». Et en bonne voie, même si, pour l’heure, aucun engagement n’est encore acté, ni sur le montant ni sur la forme de ce financement. « La CDC et l’ODARC sont prêts, une fois de plus, comme nous le faisons dans le cadre du plan de lutte tremblante, à participer à l’effort financier de l’accompagnement sanitaire des troupeaux. Mais nous ne pouvons pas accepter de porter seuls la charge d’une compétence qui ne nous incombe pas. D’un point de vue stratégique, force est de constater que la politique sanitaire menée par l’Etat en Corse privilégie le curatif au préventif. Les actions de veille, de protection et de prévention menées par les services compétents ne sont pas à la hauteur des risques qui pèsent sur notre agriculture, que ce soient sur nos filières animales ou sur nos productions végétales. Les précédentes crises que la Corse a dû affronter et celle en cours, en sont des exemples probants ».
 
Une mission à assumer
Face au changement climatique qui est un facteur amplificateur des risques sanitaires, il est désormais impératif, pour Dominique Livrelli, que « l’Etat assume pleinement sa mission régalienne afin de mieux contrôler et mieux anticiper le risque d’introduction et de diffusion d’agents pathogènes et d’organismes nuisibles. La CDC et l’ODARC ne peuvent assumer des compétences qu’ils n’ont pas », martèle-t-il. Tout comme il juge indispensable qu’une réflexion soit menée avec les services de l’Etat sur la politique sanitaire qui doit être mise en œuvre en Corse, « compte tenu de ses conséquences directes sur notre agriculture ». Cette réflexion doit permettre notamment « de pouvoir réinscrire très rapidement la fièvre catarrhale ovine dans la liste des maladies réglementées au regard de son impact sur l’économie de l’élevage insulaire, sur la pérennité de la race ovine corse et sur les produits qui en découlent, notamment l’AOP Brocciu ».
 
N.M.





















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