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De retour de Sicile en Erasmus, des lycéens porto-vecchiais s'éveillent à la lutte anti-mafia


le Dimanche 18 Octobre 2026 à 14:01

En séjour Erasmus à Palerme, des lycéens porto-vecchiais en cursus bilingue français-corse ont découvert comment la société sicilienne lutte contre le crime organisé. Lundi, au lycée Jean-Paul-de-Rocca-Serra, ils ont présenté leurs découvertes sous forme d’une exposition, à l’occasion des Erasmus Days, aux côtés d’autres jeunes revenus de séjours linguistiques en Europe.



De retour de Palerme, des lycénnes porto-vecchiaises ont raconté, à travers une exposition, la réalité de la lutte anti-mafia au sein de la société sicilienne.
De retour de Palerme, des lycénnes porto-vecchiaises ont raconté, à travers une exposition, la réalité de la lutte anti-mafia au sein de la société sicilienne.
Evidemment, en Sicile, point question de pratiquer le corse pour ces lycéens qui suivent un cursus bilingue. Erasmus ou pas : « L’aspect linguistique, ce n’était pas le but de l’échange », confirme Anthony Albertini, leur professeur d’histoire-géo, qui était plus intéressé par la manière dont la société sicilienne s’est mobilisée, au fil des décennies, contre l’emprise mafieuse. Pour le professeur, le sujet fait écho à des réalités plus proches. Auprès de ses élèves, il lui a semblé important de pointer « qu’une société en Méditerranée s’est mobilisée contre ce cancer, ce qui montre bien qu’il n’y a pas de finalité à une emprise mafieuse sur une société. »

A Palerme, les lycéens de seconde ont visité le musée Falcone Borsellino, dédié à la mémoire de la lutte contre la mafia. Et aperçu, sur les murs, l’ampleur de la contestation anti mafia se manifester par le biais du street art. « J’ai compris que la mafia, ce ne sont pas des hommes d’honneur », tranche Eva, 16 ans. « Là-bas, ils en parlent beaucoup. Alors qu’ici, on n’en parle pas », fait remarquer Ambre. De retour à Porto-Vecchio, les deux adolescentes ont présenté ce lundi devant d’autres élèves les dix panneaux d’une exposition consacrée à la lutte contre la mafia sicilienne. L’un des panneaux évoque les victimes collatérales de la mafia et Anthony Albertini ne cache pas que tout au long de ce travail, beaucoup de pensées sont allées vers Chloé Aldovrandi.  Pour le moment, leur exposition reste cantonnée aux lieux scolaires, mais la volonté existe de l’installer également dans l’espace culturel Jean-Paul-de-Rocca-Serra.

Ce voyage à Palerme n’aurait pas pu voir le jour sans le consortium Erasmus de Porto-Vecchio, qui rassemble depuis 2021 le lycée Jean-Paul-de-Rocca-Serra et les collèges Léon-Boujot et Maria-de-Peretti. En quatre ans, le réseau a développé des partenariats dans 13 pays européens. Et à Porto-Vecchio, 540 participants ont déjà pris part au programme (428 élèves et 112 membres du personnel).

Parler anglais... oui mais où ?

Pour Mélanie Lozano, professeure d’anglais et coordinatrice Erasmus du consortium, l’enjeu est d’abord de « surmonter l’insularité », ses surcoûts liés aux transports, et faire connaître les autres pays européens : « D'ici, l’Europe peut sembler loin des préoccupations car nous sommes éloignés des institutions », observe-t-elle.  Un groupe s’en est rapproché en partant en Belgique flamande, à Blankenberge. Thomas y a compris qu'être européen, c'est en premier lieu vivre dans un melting-pot : "Les cultures peuvent changer du tout au tout, à seulement quelques kilomètres d'écart", apprécie le jeune Porto-Vecchiais qui a aussi noté qu'une partie de son histoire était liée à celles de ses correspondants belges : "On est allé dans un cimetière franco-belge où on a retrouvé les tombes de soldats corses enterrés là-bas suite à la Première Guerre mondiale". De son côté, Mai-Ly a pu perfectionner son anglais durant son séjour belge « car ils parlent très bien anglais là-bas ».

 

Lundi, les élèves partis en Erasmus ont essayé de transmettre l'envie de découvrir d'autres cultures et modes de vie.
Lundi, les élèves partis en Erasmus ont essayé de transmettre l'envie de découvrir d'autres cultures et modes de vie.
Depuis le Brexit, les possibilités de pratiquer l’anglais en Erasmus se sont considérablement réduites. L’Irlande reste à ce jour le seul pays anglophone de l’Union européenne, mais ne peut accueillir à elle seule tous les jeunes souhaitant pratiquer la langue de Shakespeare. Alors il faut trouver la parade et de Porto-Vecchio, Mélanie Lozano a tissé un partenariat avec un lycée bilingue anglais de Zagreb, en Croatie.

Lora, Lamisse et Margot, élèves de troisième au collège Léon-Boujot, ont pour leur part passé un séjour en Espagne, à Alpedrete, près de Madrid, lorsqu’elles étaient en quatrième. Avant le départ, elles redoutaient un peu l’accueil dans leurs familles d’hébergement. « On était stressées, on ne savait pas comment serait l’ambiance dans nos familles, mais ça s’est super bien passé, on a eu un accueil très chaleureux. »

Qui dit départ, dit aussi accueil des correspondants à Porto-Vecchio. L’échange, c’est le principe d’Erasmus et après cinq ans d’expérience, Mélanie Lozano estime que les réticences des débuts se sont estompées. « La première année, on a senti des réserves, car ce n’était pas dans les habitudes d’ouvrir sa maison, mais aujourd’hui on perçoit du changement. » Les projets menés à l’occasion des mobilités peuvent donner lieu à des productions numériques, des magazines... Et à ces Erasmus Days, qui transmettent l’envie du voyage et du partage à cette génération de jeunes porto-vecchiais plutôt heureux de se construire une identité européenne.