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Corse du Sud : Coup de force d'une coalition PNC-droite pour la présidence du Syndicat de l’énergie


Nicole Mari le Mardi 17 Août 2021 à 22:05

Le Comité du Syndicat d’énergie (SDE 2A), ex-syndicat d'électrification de Corse-du-Sud, a voté, mardi matin, à la majorité moins une voix, le changement de mode de désignation de son président afin qu’il puisse être issu de la représentation communale. Problème : la réunion, convoquée non par le président par intérim du SDE, mais par le directeur, serait illégale, et son vote également. L’affaire très politique s’avère un coup de force monté par l’opposition territoriale et une alliance PNC-droite contre l’actuelle majorité territoriale sur fond d’enjeu de pouvoir. Décryptage.



C’est ce qui s’appelle une fronde orchestrée de main de maître et un putsch qui, s’il n’aura peut-être pas le résultat escompté, a, tout au moins, la force du symbole. Mardi matin, lors d’une réunion extraordinaire, le Comité du Syndicat d’énergie de Corse-du-Sud (SDE 2A), ex-syndicat d'électrification, a voté à la majorité moins une voix le changement du statut concernant le mode de désignation de son président afin qu’il ne soit plus obligatoirement issu de l’Assemblée de Corse, comme le prévoit les statuts originels. L’objectif affiché est de permettre aux maires et délégués communaux qui composent le gros des effectifs de candidater. Pour rappel, ce syndicat départemental compte 205 membres, 197 maires ou délégués des 122 communes du Sud adhérentes, et huit conseillers territoriaux. Seules Aiacciu et Pruprià n’en font pas partie. Originellement, les statuts du syndicat départemental d'électrification avaient été taillés sur mesure pour permettre au président du Conseil général, Jean-Jacques Panunzi, d’en prendre totalement les rênes. Après la fusion des Conseils départementaux et de la Collectivité de Corse, le syndicat tombe au 1er janvier 2018, dans l’escarcelle de la nouvelle Collectivité unie. La majorité nationaliste Pè a Corsica, issue du scrutin de décembre 2017, utilise alors l’article 68 du règlement intérieur de l’Assemblée de Corse - qui permet de présenter des listes sèches pour les huit sièges à pourvoir - pour imposer un vote au scrutin majoritaire et à liste bloquée au lieu d’un vote à la proportionnelle. Le but est d’empêcher la désignation d’un représentant de l’opposition et sa candidature à la présidence du syndicat. C’est de bonne guerre, et à l’époque, aucun élu nationaliste ne trouve à y redire, seule la droite, qui avait les moyens de faire élire Xavier Lacombe, proteste énergiquement. Dans cette guerre intra-Sud, le PNC empoche la mise sans états d’âme, et la présidence échoit au maire de Vigianellu, Jo Pucci, qui assure tranquillement son mandat.

Le PNC se félicitant en 2018 de l'élection de Jo Pucci à la présidence du SDE.
Le PNC se félicitant en 2018 de l'élection de Jo Pucci à la présidence du SDE.
Un clash politique
L’état d’âme surgit en juin dernier quand la victoire en solo de Femu a Corsica aux élections territoriales, rebat les cartes et qu’il apparait très clairement que la présidence du SDE va changer de main et échapper au PNC. La désignation des huit sièges à pourvoir, lors de la deuxième session d’installation de la nouvelle Assemblée de Corse, fin juillet, vire au clash politique entre le groupe PNC-Avanzemu et la nouvelle majorité. A la demande de Core in Fronte, le président du groupe Femu a Corsica propose une liste commune qui comporterait six membres de son groupe, un de Core in Fronte et un d’Avanzemu, et annonce sa candidature à la présidence du SDE : « Nous avons été saisis par un groupe pour qu’il y ait une représentation plurielle au niveau nationaliste. Il y a matière à travailler et une volonté exprimée d’avancer ensemble. Mais pour avancer ensemble, il faut être dans une cohérence stratégique et dans une confiance absolue », indique son président Jean Biancucci. En clair, pas de chausse-trappe ! Entre l’Exécutif et le syndicat plane un lourd contentieux, notamment une facture de 8 millions € sur laquelle la Collectivité de Corse (CdC) n’a aucune traçabilité, elle demande, donc, des comptes au syndicat qui, revendiquant son autonomie, ne veut pas les lui rendre. Tout comme il refuse le principe d’une convention financière, principe en vigueur avec tous les autres organismes rattachés à l’entité territoriale. « Nous sommes en désaccord avec des positions prises par ce syndicat et qui impactent au plan financier lourdement la CdC (...) Donc, nous considérons qu’il y a cette difficulté à purger par le dialogue et la nécessité de définir une stratégie commune de cet outil majeur », commente, lors du débat de juillet, le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni. La CdC attribue, en plus, chaque année, une subvention, inscrite dans les statuts, de 500 000 € de fonctionnement au SDE.

Une réunion illégale ?
Le PNC-Avanzemu veut bien une place sur la liste, mais sans condition, et surtout ne cache pas sa volonté de candidater à la présidence du SDE. « La proposition échoue, pas parce que nous la refusons, mais parce qu’elle est inacceptable ! Soutenir votre candidat ! (…) Nous n’accepterons aucune forme de proposition, nous nous en remettons à l’ensemble des communes », lance son président, Jean-Christophe Angelini. Dans les faits, le PNC de son côté, et la droite du sien, battaient, depuis un mois, campagne auprès des maires pour faire modifier les statuts afin que le président puisse être issu du collège des maires. Jo Pucci n’étant plus conseiller territorial a été remplacé par le premier vice-président, Antoine Ottavi, maire de Bastelicaccia, qui assure l’intérim. Ce dernier est, comme il l’a rappelé dans un courrier, le seul à pouvoir, selon les statuts, convoquer une assemblée générale extraordinaire à cet effet, la présence des deux tiers des délégués étant nécessaire pour modifier les statuts. Or, c’est le directeur général des services du SDE, Pierre-Paul Cesari, proche de Jean-Christophe Angelini, qui convoque cette assemblée. Et c’est là que le bât blesse ! Selon la majorité et le président Antoine Ottavi, cette convocation est illégale. « Ce n’est pas prévu par les textes. Seul, le premier vice-président est en situation d’intervenir pour le syndicat et peut décider de la réunion ou pas du Comité syndical avec un délai qui court jusqu’à fin septembre. Le directeur s’est permis de signer les convocations. Ce n’est pas légal ! C’est comme si une secrétaire de mairie convoque au nom d’un maire ! Celui qui convoque est celui qui a autorité pour le faire », commente Jean Biancucci. « Tous ceux qui ne sont pas d’accord avec l’actuelle majorité, se sont réunis, ont convaincu certains maires, leur ont raconté ce qu’ils ont eu envie de leur raconter. Pour ma part, je considère qu’il y a des règles et qu’on doit les observer. On peut discuter des règles, mais il faut le faire en temps opportun. Il faut être en conformité avec les engagements pris ».

Jean Biancucci. Photo Michel Luccioni.
Jean Biancucci. Photo Michel Luccioni.
Le coup de force de l’opposition
Les maires, qui organisent la fronde, revendiquent « un vote de droit » pour « être considérés à leur juste poids et obtenir des moyens pour électrifier leurs communes ». La réalité, bien plus prosaïque, dessine une opposition coalisée contre le nouvel Exécutif de Corse, et son président, Gilles Simeoni, et surtout officialise l’alliance du PNC avec la droite. Ce que confirme la lecture des onze maires signataires : autour de Jean-Christophe Angelini, maire de Portivechju, et son allié Paul Quilichini, maire de Sarté qui a présidé la réunion, on trouve notamment deux élus territoriaux de droite, Xavier Lacombe, maire de Peri, et Valérie Bozzi, maire de Grussettu-Prugna, des maires de la CAPA, proches de Laurent Marcangeli, mais aussi Aline Castellani, maire de Piana. Les coalisés ont mené une féroce campagne de terrain avec des arguments qui ont su convaincre près de 121 délégués présents ou représentés sur 197, le changement de statut a été acté à l’unanimité des présents, moins une voix, celle du maire de Canelle. Jean Biancucci s’étonne : « A aucun moment dans les programmes, ni au PNC, ni à droite, ni à gauche, il y a eu la proposition de modifier les statuts du SDE. Beaucoup de maires s’interrogent : pourquoi cette modification ne s’est pas faite avant, du temps où Jo Pucci exerçait la présidence ? Ce qui valait en 2018 et qui a valu pendant trois ans ne vaut plus aujourd’hui ? Pourquoi ? Parce que la majorité à l’Assemblée de Corse est celle de Gilles Simeoni ! C’est de la politique politicienne ! ».

Un recours en justice ?
En attendant, l’imbroglio est total. La Collectivité de Corse devrait saisir la justice pour contester la validité de la réunion et du scrutin. « Ce n’est pas parce qu’il y a eu une tentative de coup de force qu’on est tenu de valider, loin de là ! », assène Jean Biancucci. « Je ne veux pas alimenter la polémique, ni dresser les maires contre la Collectivité ou l’inverse. Les uns ont besoin des autres, notre majorité est prête à travailler avec tous les maires. Elle l’a montré pendant la mandature précédente en donnant aux communes un certain nombre de possibilités de financement qui n’existaient pas, notamment en matière de logement mais aussi dans d’autres domaines. Nous sommes passés des intentions aux actes, nous continuerons, contre vents et marées, ce travail avec les communes qui ont intérêt à ce que le SDE entre dans la stratégie de la CdC en matière d’énergie. Une stratégie que certains, qui sont aujourd’hui dans l’opposition, comme Jean-Christophe Angelini, ont largement validé ». L’ex-conseiller exécutif maintient sa candidature à la présidence du SDE, estimant que sa double casquette de maire de Cuttoli-è-Curtichjatu et d’ex-président de l’AUE (Agence de l’urbanisme et de l’énergie), lui donne « une connaissance, à la fois, des besoins des communes et de la stratégie qu’il faut mener en matière d’énergie et que va définir la CdC à travers la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). On est dans une proposition gagnant-gagnant ». Il est, pour l’instant, le seul candidat déclaré, mais le coup de force de l’alliance PNC-Droite semble annoncer un ticket : Jo Pucci – Xavier Lacombe. Pour l’heure, il reste au président Ottavi de convoquer, dans les délais impartis par les statuts, le Comité syndical qui aura la charge d’élire le président et de désigner les vice-présidents. La réunion, initialement prévue le 7 septembre prochain, promet d’être chahutée.

N.M.















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