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Assemblée de Corse : Clash politique sur fond de désunion nationaliste et d’enjeu de gouvernance


Nicole Mari le Vendredi 23 Juillet 2021 à 18:35

Sans aucune surprise, la désignation des Huit sièges à pourvoir, en fait huit titulaires doublés de huit suppléants, des délégués de l’Assemblée de Corse au syndicat de l’énergie, a tourné au clash politique entre nationalistes, jeudi soir, la droite en a profité pour quitter l’hémicycle. En jeu : la présidence du syndicat à l’aune d’un contentieux issu de la dernière mandature. L’Exécutif échaudé propose une liste commune avec des garde-fous que les deux autres groupes refusent. Le reste des votes de délégation sera de la même aune.



L'Assemblée de Corse en effectif réduit pour cause de jauge sanitaire. Photo Michel Luccioni.
L'Assemblée de Corse en effectif réduit pour cause de jauge sanitaire. Photo Michel Luccioni.
Le clash concernant le syndicat de l’énergie de Corse du Sud, ex-syndicat d’électrification, était attendu au vu du contentieux politique qui a éclaté à son sujet en fin de mandature et qui a sonné le glas de la défunte majorité nationaliste. Un contentieux qui n’est pas, et de loin, étranger à la décision de Gilles Simeoni de partir seul à l’élection territoriale, ce fut même la goutte qui a fait déborder le vase déjà saturé d’une union qui n’était plus que de façade. C’est la même raison qui a conduit le président de l’Exécutif à imposer, jeudi soir, à l’Assemblée de Corse, un vote au scrutin majoritaire et à liste bloquée, comme ce fut déjà le cas en 2018, et à refuser la chausse-trappe qui s’annonçait. « Il y a un problème politique relativement important. Il y a une lecture du passé récent, une lecture de la mandature actuelle » reconnaît Jean-Christophe Angelini, leader d’Avanzemu, un problème politique qui, pour Gilles Simeoni, a pris la tournure d’une trahison et qu’il faut impérativement purger. D’emblée, avant même, le début de l’offensive des désignations des délégations au sein des différents organismes, il avait annoncé la couleur : « Nous allons respecter le mandat que nous a donné le suffrage universel, concilier les moyens de mettre en œuvre le projet pour lequel nous avons été élus et nos engagements, parmi lesquels le fond et le principe de pluralisme ».

Le contentieux.
Ceci posé, le président de l'Exécutif rappelle que l’ex-majorité a opté en 2018 pour un vote majoritaire « car nous pensions qu’il était important que la CdC parle d’une même voix au sein du syndicat d’électrification. La position est la même aujourd’hui dans un souci de cohérence politique ». Et revient sur le contentieux : « Nous sommes en désaccord avec des positions prises par ce syndicat et qui impactent au plan financier lourdement la CdC puisque lors du budget primitif 2021, nous avons voté un amendement qui prévoyait que les autorisations de programme, qui avaient été majorées, seraient transformées en crédit de paiement dans le cadre d’une convention à conclure entre la collectivité de Corse et le syndicat de l’énergie. Un principe de conventionnement que nous appliquons avec l’ensemble des organismes auquel nous participons ou que nous finançons. Cette délibération a ensuite été annulée par une décision contraire du syndicat d’électrification. Donc, nous considérons qu’il y a cette difficulté à purger par le dialogue et la nécessité de définir une stratégie commune de cet outil majeur ».

Laurent Marcangeli et le groupe de droite quitte l'hémicycle. Photo Michel Luccioni.
Laurent Marcangeli et le groupe de droite quitte l'hémicycle. Photo Michel Luccioni.
Un enjeu de pouvoir
Le problème est que ledit syndicat était présidé par un élu du PNC, membre de la majorité territoriale d’alors, en l’occurrence Jo Pucci, maire de Viggianellu, et qu’il est, surtout, le théâtre d’un fort enjeu de pouvoir entre élus sudistes, toutes tendances confondues. Le syndicat compte 200 membres, maires ou délégués de communes, et huit représentants de l’Assemblée de Corse. Le président est obligatoirement issu de l’Assemblée, chacun des huit élus territoriaux peut donc candidater. L’enjeu, pour toute majorité, est de sécuriser une élection, d’où le recours au scrutin majoritaire sur liste bloquée. Mais, pour éviter les mauvaises surprises de dernière minute, encore faut-il être sûr des élus de la liste. Et c’est là que le bât blesse ! « Nous avons été saisis par un groupe pour qu’il y ait une représentation plurielle au niveau nationaliste. Il y a matière à travailler et une volonté exprimée d’avancer ensemble. Mais pour avancer ensemble, il faut être dans une cohérence stratégique et dans une confiance absolue », précise Jean Biancucci, président du groupe Fa populu Inseme. « La droite est en campagne, fait le tour des maires, essaye de modifier les statuts. Pour ma part, je n’ai appelé aucun maire. J’ai attendu ce débat ». Laurent Marcangeli, président d’Un Soffiu novu, ne le nie pas : « Ce n’est pas que la droite qui est en campagne, je peux le confirmer. De quoi a-t-on peur ? Qu’un membre de la majorité ne soit pas élu ? Il faut le dire ? La droite n’a pas fait l’objet de proposition. Vous êtes majoritaire, je ne pense pas que vous le soyez au sein du syndicat de l’énergie 2A. Et comme nous sommes peu bienvenus au sein de la représentation, je vous dis bonsoir ! ». La droite saute sur l’occasion pour quitter l’hémicycle ! Il est tard et son président avait déjà exprimé son ras-le-bol des débats à rallonge intra-nationalistes : « On ne peut pas continuer comme ça ! On veut travailler ! ».

Jean-Christophe Angelini. Photo Michel Luccioni.
Jean-Christophe Angelini. Photo Michel Luccioni.
Le refus d’Avanzemu
Restent les trois groupes nationalistes qui se regardent en chiens de faïence. Jean Biancucci propose une liste commune qui comporterait six membres de son groupe, un de Core in Fronte et un d’Avanzemu, et annonce sa candidature à la présidence du SDE : « S’il y a un dossier que je connais bien pour l’avoir eu en charge depuis trois ans, c’est bien le dossier de l’énergie. C’est pour cela que vu mon expérience, je me propose d’être candidat ». Mais d’accord sur la vision stratégique, Avanzemu n’en veut pas et veut se réserver le droit de candidater. « La proposition échoue, pas parce que nous la refusons, mais parce qu’elle est inacceptable ! Soutenir votre candidat ! », lance Jean-Christophe Angelini. « Je sais que la mémoire du SDE n’est pas neutre et que cela a conduit l’ancienne majorité a des débats internes, mais on n’a pas été d’accord sur d’autres points sans qu’on ait besoin d’ouvrir la boite de Pandore ! Si vous bloquez le vote, vous expliquerez à tous les autres quelle est votre stratégie et votre idée de la gouvernance ! ». Et de prévenir : « Il ne faudrait pas que tout ceci aille trop loin, et que tout ce qui n’est pas une famille unie ne devienne une famille déchirée. Tout n’est pas qu’enjeu de gouvernance ! Faire le pari de tout s’arroger est risqué pour notre famille politique. Nous sommes tous nationalistes, pas plus, pas moins ! Sur cette affaire-là, nous pourrions gagner à être plus prudents. Nous voterons contre, nous n’accepterons aucune forme de proposition, nous nous en remettons à l’ensemble des communes ».

Une logique à minima
Le refus d’Avanzemu a entrainé celui de Core in Fronte. « J’ai fait une demande de prise en compte du courant indépendantiste, j’ai une obligation de la refuser. Je ne peux pas être sur une logique à minima », déclare, fort ennuyé, Paul-Félix Benedetti. Le leader indépendantiste est coincé, le contentieux en suspens ne le concerne pas, mais il sait qu’il ne peut accepter, à ce stade, seul, un accord que sa base rejetterait. Les rancoeurs accumulées sont encore trop à vif, seule une union du mouvement national, même factice, serait audible. « Il faut garder une logique d’un candidat qui pourrait être le consensus de nous trois. Jean, tu n’es pas le consensus de nous trois ! Il faut une discussion plus forte et que, dans le cadre de l’ouverture, on mise sur la nécessité d’une continuité, mais en mettant des garde-fous ». Paul-Félix Benedetti déplore « une vision instantanée issue des clans qu’il ne faut pas réformer, mais supprimer. Cela demande un chantier, un prosélytisme technique et de mettre en synergie la production, l’économie d’énergie et l’électrification. Ce n’est pas le moteur de la discussion ! Votre crainte est qu’un des huit puisse être candidat et gagner l’élection sur le suffrage des maires, cela veut dire que la majorité est flottante. C’est une logique arithmétique et politicienne ». Il dénonce « des négociations sur la PPE qui ont été très mal faites au détriment de filières entières qui n’ont jamais été considérées » et appelle à « une réflexion d’ensemble sur les outils territoriaux du corpus de base ou les outils annexes, comme l’OEHC. Si on parle d’énergie, il faut parler des outils et des hommes qui sont capables de faire face. Si on patine, c’est qu’on n’a pas pris la mesure des capacités et des compétences. Ou on met toutes nos compétences au bon endroit, ou on fait de la clarinette ! ». D’accord, répond Jean Biancucci, « mais c’est un débat ultérieur qui demande des expertises et une révision des moyens. Aujourd’hui, on essaye de faire au mieux sur ce qui est intelligible et politiquement ne pose aucun problème ». C’est vite dit !

Paul-Félix Benedetti. Photo Michel Luccioni.
Paul-Félix Benedetti. Photo Michel Luccioni.
Des propositions rejetées
Au cours de la journée, des propositions de présidences et de vice-présidences de commissions ont été faites par la majorité territoriale aux deux groupes nationalistes minoritaires, notamment à Paul-Felix Benedetti et à Josepha Giacometti et, tout autant, écartées. « Pour l’instant, on décline ces propositions parce que ces commissions ne sont pas toutes fondées à continuer à exister. Je n’ai pas eu l’impression que pendant les six années passées, elles aient produit quelque chose d’efficient… Je n’ambitionne pas d’être dans une culture d’échec sur un travail qu’on accepterait. Donc, n’ayant pas la certitude de pouvoir avoir le plein exercice d’une responsabilité même secondaire, pour le moment et sans aucune défiance, on décline et on attend. Ce n’est pas un refus catégorique, mais au contraire un refus positif », explique Paul-Félix Benedetti. « On se jauge en ce moment, on sait pertinemment ce qu’on fait, on doit surtout savoir ce qu’on n’a pas à faire ! On n’a pas à se déchirer, à entraver le mode de fonctionnement de l’Assemblée, mais on doit aller de l’avant pour combler tous les vides, qu’ils soient techniques, administratifs ou politiques. Il y aura peut-être à revoir les positions dans quelques mois. Pour le moment, à regret, nous vous laissons l’entière possibilité de manœuvrer et de faire des propositions ». Une fin de non-recevoir bien plus laconique pour la seule élue de Corsica Libera : « Nous avons créé beaucoup d’inédits dans cette mandature. Il ne nous appartient pas aujourd’hui, même si nous ne nous qualifions pas dans l’opposition, de présider une quelconque commission ou organisme. Il appartient à la majorité de le faire. Nous nous qualifierons par nos dires, nos actes et nos positionnements ». Seule la droite accepte donc, comme c’est l’usage, la présidence de la Commission de contrôle des agences, offices et autres organismes.

Un chemin à partager
Gilles Simeoni prend tranquillement acte des refus et maintient ses propositions. « Nous sommes au début d’une mandature qui va être longue. Nous sortons d’une élection qui a cristallisé les positions. Nous entendons nous situer dans une perspective de cheminement et de construction positive qui ne prendra pas les mêmes formes selon que nous nous adressons à une opposition de droite qui a vocation à rester, en toute hypothèse, une opposition, ou aux deux groupes nationalistes qui ne soutiennent pas la majorité. Il est évident que d’un point de vue de nos positionnements respectifs, de la trajectoire historique, d’une convergence idéologique, nous ne sommes pas dans les mêmes relations avec la droite qu’avec Avanzemu ou Core in Fronte. Ceci étant posé, il est de notre responsabilité de proposer des façons de travailler qui nous permettent aux uns aux autres d’avancer sur ce chemin que nous disons vouloir partager ensemble… ». Cette journée de désignation des Commissions et des représentants de l’Assemblée de Corse, notamment au syndicat d’énergie, concentre, en un résumé symbolique, tous les éléments de la crise qui a déchiré le mouvement national et qui continuent de planer sur les désaccords actuels et les modalités d’accords futurs, aujourd’hui hautement improbables au vu de l’état d’esprit des uns et des autres. Malgré les volontés affichées, il y a loin de la coupe aux lèvres !

N.M.






















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