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Christophe Versini, nouveau chef de file du RN sur l'île : « Je reviens en Corse pour prendre ma part dans le combat »


Patrice Paquier Lorenzi le Mercredi 22 Juillet 2026 à 14:59

Nommé délégué territorial du Rassemblement national en Corse en cette fin juillet, Christophe Versini succède à François Filoni à la tête de la fédération insulaire. Originaire de Villanova, après près de quinze années passées sur le continent pour ses études puis sa carrière politique, il revient sur son île avec l'ambition de poursuivre l'implantation du RN. Pouvoir d'achat, immigration, élections à venir, alliance avec Mossa Palatina, vision institutionnelle de la Corse… Le nouveau chef de file du parti de Jordan Bardella répond à nos questions.



Vous venez d'être nommé à la tête du Rassemblement national en Corse. Quelle a été votre première réaction lorsque la direction nationale vous a proposé cette responsabilité ?
J'ai d'abord ressenti beaucoup de bonheur et de fierté. C'est une marque de confiance importante de la part du mouvement, mais c'est aussi une très grande responsabilité dont je mesure pleinement le poids. Au-delà de cet aspect politique, cette nomination représente aussi quelque chose de très personnel. Elle me permet enfin de rentrer chez moi. J'ai quitté la Corse il y a près de quinze ans pour poursuivre mes études de droit, comme beaucoup de jeunes Corses qui sont contraints de partir sur le continent pour se former ou trouver un emploi. Je fais partie de cette diaspora corse qui connaît les difficultés de l'éloignement : le coût de la vie, les sacrifices financiers, la distance avec sa famille. Aujourd'hui, je suis très heureux de pouvoir revenir sur mon île et de m'investir pleinement pour les Corses et pour la Corse. C'est une motivation très forte qui dépasse largement le simple engagement politique. »

Pourquoi avoir accepté cette mission ?
Je suis profondément attaché à ma terre. Lorsque je regarde la situation que connaît aujourd'hui la Corse, je vois des difficultés croissantes en matière de pouvoir d'achat, de logement, mais aussi une immigration clandestine que nous jugeons massive et qui, selon nous, modifie progressivement le visage de l'île. À un moment donné, je me suis dit que je ne pouvais plus rester sur le continent à observer tout cela de loin. J'avais envie d'apporter ma contribution et de prendre ma part dans ce combat politique. J'ai également été encouragé par le travail réalisé ces dernières années par François Filoni et par Nicolas Battini. Tous deux ont contribué, chacun à leur manière, à défendre les intérêts des Corses. J'ai estimé que c'était le bon moment pour revenir et poursuivre cette dynamique. 
 
Votre parcours politique a commencé à l'UMP avant de rejoindre le Rassemblement national en 2014. Qu'est-ce qui a motivé ce choix ?
Effectivement, mes premiers engagements politiques remontent à l'époque où je vivais encore en Corse et où j'étais adhérent de l'UMP. J'ai rejoint le Rassemblement national en 2014, alors que j'étais installé sur le continent. À cette époque, j'avais le sentiment que l'UMP abandonnait progressivement les valeurs et les principes qui avaient motivé mon engagement. Je ne retrouvais plus de propositions fortes sur des sujets qui me paraissaient essentiels, notamment la lutte contre l'immigration ou la défense du pouvoir d'achat. Il y avait également une divergence profonde sur la question européenne. Je considère que les nations doivent rester au cœur du projet européen. Le Rassemblement national défend cette vision, là où je trouvais que l'UMP privilégiait une intégration toujours plus poussée au sein de l'Union européenne. C'est cette différence de vision qui m'a conduit à rejoindre Marine Le Pen et le Rassemblement national.

Vous avez fixé comme objectif d'« amplifier la dynamique du RN en Corse. Quelles seront vos priorités ?
La mission qui m'a été confiée est claire : poursuivre la structuration du mouvement sur l'île et renforcer son implantation. Cela passe d'abord par la constitution de nouvelles équipes, le recrutement de militants et d'adhérents, ainsi que par un maillage territorial plus important. Le Rassemblement national doit être présent partout en Corse et particulièrement dans les grandes villes comme Ajaccio, Bastia, Calvi, Porto-Vecchio ou Bonifacio. Notre objectif est d'aller à la rencontre de tous les Corses afin de leur présenter nos propositions et de préparer les prochaines échéances électorales, notamment l'élection présidentielle. 
 


 

Quel regard portez-vous sur le travail réalisé par François Filoni ?
Je tiens à saluer son travail. François Filoni a fait preuve de beaucoup de courage durant toutes ces années. Il a dirigé la fédération à une époque où le Rassemblement national n'obtenait pas encore les résultats électoraux qu'il connaît aujourd'hui. Avec les équipes qui l'entouraient, il a contribué à faire progresser le mouvement en Corse. Il a permis son implantation et sa montée en puissance. Je pense qu'il mérite d'être félicité pour tout ce travail. Nous avons déjà échangé à plusieurs reprises depuis ma nomination. Tous les conseils venant d'une personne qui possède cette expérience sont précieux. Il souhaite que nous poursuivions cette dynamique afin que les idées du Rassemblement national continuent à progresser en Corse. 

François Filoni a indiqué vouloir désormais se consacrer à son mandat municipal à Ajaccio et aux prochaines échéances électorales. Quel rôle jouera-t-il à vos côtés ?
Il est évident qu'il faudra compter sur François Filoni. Son expérience est précieuse et il continuera naturellement à occuper une place importante dans notre famille politique. En ce qui concerne les prochaines élections, qu'elles soient législatives ou territoriales, les décisions appartiennent au bureau national et au bureau exécutif. À ce stade, je ne peux donc pas dire qui sera candidat dans telle ou telle circonscription. En revanche, une chose est certaine : François Filoni restera un acteur important du Rassemblement national en Corse. 

Vous bénéficiez déjà du soutien de Nicolas Battini et de Mossa Palatina. Comment définissez-vous cette alliance ?
Nous entretenons d'excellentes relations. Cela fait plusieurs mois que nous échangeons régulièrement avec Nicolas Battini. Je considère que Mossa Palatina apporte une véritable plus-value au Rassemblement national. Ce mouvement porte un nationalisme enraciné qui défend les intérêts des Corses et partage avec nous plusieurs combats, notamment sur les questions migratoires. Cette alliance permet aussi de rassembler des électeurs qui ne votaient pas nécessairement pour le Rassemblement national auparavant. Elle élargit notre base et nous donne les moyens de fédérer davantage de Corses en vue des prochaines échéances électorales. 
 

Quelle est votre vision institutionnelle de la Corse ?
 J'ai personnellement participé à l'élaboration du contre-projet constitutionnel présenté par le Rassemblement national concernant la Corse. Nous défendons notamment la priorité régionale, qui consiste à donner la priorité aux Corses en matière d'emploi, de logement ou encore de foncier. Nous considérons que cette mesure est essentielle pour protéger les habitants de l'île. Nous soutenons également la langue corse, qui figure dans notre contre-projet. Concernant le pouvoir législatif demandé par la majorité territoriale, nous sommes favorables à des évolutions, mais elles doivent s'accompagner de garanties afin d'éviter toute dérive ou concentration excessive des pouvoirs. Nous pensons qu'il est possible de défendre davantage de compétences pour la Corse tout en maintenant un cadre institutionnel équilibré.