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Bastia : la FDSEA et les JA obtiennent un rendez-vous avec le cabinet de la ministre de l'Agriculture


Léana Serve le Jeudi 22 Janvier 2026 à 14:30

Deux semaines après leur première action devant la DDTM de Bastia, les agriculteurs de la FDSEA et les Jeunes agriculteurs se sont de nouveau rassemblés ce jeudi. Au cœur de leurs revendications : le blocage de certains dossiers d’aides et la nécessité d’une politique agricole commune adaptée aux spécificités de l’île. Après plusieurs heures de mobilisation, ils ont obtenu un rendez-vous avec le cabinet de la ministre de l'Agriculture le 30 janvier.



Photo : Gérard Baldocchi
Photo : Gérard Baldocchi

L’action se poursuit pour les agriculteurs de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de Haute-Corse et les Jeunes agriculteurs (JA). Plus de deux semaines après leur mobilisation devant la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de Bastia, une cinquantaine d’entre eux se sont de nouveau rassemblés ce jeudi matin afin de faire entendre leurs revendications. Après plusieurs heures de mobilisation, ils ont finalement obtenu un rendez-vous avec le cabinet de la ministre de l'Agriculture le 30 janvier prochain à Paris. Trois d'entre eux se rendront au rendez-vous, tandis que dix autres seront en visioconférence depuis la préfecture de Haute-Corse.

 

Au cœur de leur mobilisation se trouve le blocage des versements sur certains dossiers d’aides à la politique agricole commune (PAC). « Les agriculteurs ont été mis en examen et condamnés, et d’autres ont eu leur mise en examen annulée. Mais aujourd’hui, ils ne perçoivent aucune aide. C’est comme si vous vous faites prendre pour un excès de vitesse et qu’on vous retire le permis pendant deux ans. La troisième année, on doit vous rendre votre permis », déplore Joseph Colombani, président de la FDSEA de Haute-Corse.

Selon les représentants syndicaux, une dizaine de dossiers d’aides restent aujourd’hui bloqués, pour un montant estimé entre 150 000 et 200 000 euros. « C’est le symbole, mais c’est important pour nous, parce que ce sont de vieux dossiers, avec des exploitations qui continuent à vivre, à exister, mais qui ne touchent aucune aide et qui ne savent pas si elles vont continuer à exister. Alors déjà que c’est dur avec les aides, vous imaginez sans », déplore-t-il. « Imaginer travailler sur l'avenir sans régler ce problème du passé, ce n'est pas possible. C'est une question d'honnêteté intellectuelle. »


Une politique agricole commune adaptée à la Corse

Photo : Gérard Baldocchi
Photo : Gérard Baldocchi

Au-delà des dossiers bloqués, les agriculteurs veulent également se faire entendre sur la préparation de la prochaine PAC, qui doit entrer en vigueur en 2028. Selon eux, celle-ci doit prendre en compte les spécificités de la Corse. « Si on reste dans le cadre de la PAC, on n'y arrivera pas : il nous faut un projet spécifique », souligne Joseph Colombani. « On est un territoire spécifique, une île-montagne avec des retards historiques. On a besoin d'un projet spécifique, tel qu'il existe en Europe à travers le programme d'options spécifiques d'éloignement et d'insularité. Il faut qu'on travaille sur ce régime-là. On ne peut pas être dans un programme commun. On doit avoir des réponses spécifiques. »

Selon les syndicats, la Corse accuse un retard structurel important par rapport au continent, ce qui freine le développement de l’agriculture locale. « Quand vous n'avez pas de structure pour traiter véritablement le problème du foncier, quand les filières ne sont pas structurées, qu'il n'y a pas de formation agricole digne de ce nom, vous ne pouvez pas produire », lance le président de la FDSEA. « On est dans un assistanat, une dépendance terrible qui fait jeter de l'argent aux contribuables. On est à 4 % d'autosuffisance alimentaire. On est la région la plus pauvre de France, on ne peut pas continuer comme ça. On a un devoir moral, économique de produire avec des produits de qualité. Par rapport à notre potentiel d'eau, d'ensoleillement, de savoir-faire, on peut le faire. »


L’action s’intensifie

Photo : Gérard Baldocchi
Photo : Gérard Baldocchi

Peu après 11 heures, huit tracteurs se sont rassemblés devant la DDTM. Après avoir déversé du fumier sur le parvis, ils ont bloqué l’entrée principale avec des bottes de foin. Si les agriculteurs avaient obtenu une promesse de rendez-vous avec le cabinet de la ministre de l’Agriculture, ils estimaient néanmoins que « ça ne va pas assez vite ». « Il y a une prise en compte de nos demandes, mais ce n'est pas au niveau qu'on attendait. On aimerait être reçus normalement pour avoir un échange correct dans de bonnes conditions. »
 

Joseph Colombani estime que cet échange « passe par une rencontre à la fois en visioconférence pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, et en présentiel pour ceux qui peuvent se déplacer ». « À ce moment-là, on aimerait que ce soit le commencement d'une volonté de faire quelque chose de spécifique pour la Corse, en tenant compte simplement du territoire spécifique et de son retard historique. On défend simplement l’intérêt de l'agriculture corse et au-delà de l'économie corse. »

Mais le FDSEA et les JA indiquent que leur mobilisation « ne suffira pas », et appellent les autres syndicats à se joindre à eux. « Il faudra que les autres syndicats se mettent aussi dans la boucle sur les mêmes propositions. On porte les leurs, eux doivent porter les nôtres, et à ce moment-là, tous ensemble, dans ce moment opportun de travail sur la préparation de la prochaine PAC, il y a moyen d'obtenir quelque chose de structuré. En attendant, on ne lâche rien, et on risque d’être plus nombreux si on n’est pas écouté. »

Leurs revendications ont finalement été entendues. Après plusieurs heures de mobilisation, ils ont obtenu un rendez-vous avec le cabinet de la ministre de l'Agriculture le 30 janvier prochain à Paris, simultanément en visioconférence et en présentiel. Les syndicats indiquent que tout « se finit bien » et que « c'était ce qu'on demandait ».