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Assassinat de Vincent Dorado à Afa : 286 prélèvements dans les mains d’experts en ADN


Rédigé par Sylvain Amiotte le Mercredi 28 Mars 2018 à 18:49 | Modifié le Mercredi 28 Mars 2018 - 19:32


Dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Vincent Dorado en janvier 2016 à Afa, une collecte massive d’ADN a été réalisée ces deux derniers mois auprès de 286 femmes, à savoir les personnels du collège de Baleone et les mères des anciens élèves du jeune professeur assassiné. Depuis mardi, les échantillons sont en cours d’analyse par un laboratoire mobile de la gendarmerie, spécialement acheminé en Corse. Ce dispositif sophistiqué avait été déployé sur le crash de la Germanwings et l'attentat de Nice.


Le colonel Pierrini mène le détachement de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. Le laboratoire mobile d'analyse ADN est constitué d'une tente adossée à un camion.
Le colonel Pierrini mène le détachement de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. Le laboratoire mobile d'analyse ADN est constitué d'une tente adossée à un camion.
Garé dans un hangar de la base aéronautique d’Aspretto, le camion de l’IRCGN (institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale) ne paie pas de mine. Pourtant, c’est un petit trésor d’innovation qui a fait le déplacement depuis Cergy-Pontoise, par la route puis en ferry, jusqu’en Corse.

A l’intérieur de ce laboratoire mobile, et sous la grande tente qui lui sert d’extension, un expert et trois techniciens s’affairent, les uns manipulant de la vaisselle de chimiste, les autres à des tables tapotant sur des ordinateurs (une fois rangé, tout tient dans le camion !). Diplômés du BTS au doctorat, tous sont spécialisés en biologie génétique.

Trois jours pour tout analyser
 
Leur objectif : analyser l’ADN de 286 femmes (mamans d’élèves, professeurs et agents du collège de Baleone) et les comparer avec un ADN féminin retrouvé sur la scène du crime. La collecte, qui s’est étalée sur les deux derniers mois, « n’a posé aucune difficulté » et « la totalité » des personnes concernées ont accepté ce prélèvement salivaire de masse, inédit en Corse, indique le procureur d’Ajaccio, Eric Bouillard. Vincent Dorado, un enseignant de 33 ans, avait été tué de deux balles sur le pas de sa porte, à Afa, le soir du 18 janvier 2016. Depuis, l’enquête piétine et les rumeurs vont bon train au collège de Baleone.

Débutées mardi, les analyses seront terminées vendredi matin. La rapidité constitue en effet le grand avantage de ce laboratoire mobile dont le concept a germé après le crash de l’avion d’Air Algérie dans le désert du Mali, à l’été 2014, qui avait fait 116 morts. « Il y avait une centaine de passagers à identifier. Dans le cadre de ce type de catastrophes, la problématique s’est posée de pouvoir opérer directement sur place plutôt que de devoir transporter les échantillons. L’idée du labo est née comme ça », explique le colonel Georges Pierrini, chef de la division biologie génétique de l’IRCGN – et d’origine bastiaise.

Un laboratoire déployé sur le crash de la Germanwings et l'attentat de Nice
 
Quelques mois plus tard, en mars 2015, le prototype est à peine conçu qu’il a l’occasion d’être déployé pour une première mission exploratoire, dans les Alpes, sur le crash de la Germanwings. « Quand vous avez comme ça plusieurs milliers de morceaux de corps, il est beaucoup plus pratique de pouvoir travailler sur place », relève le colonel Pierrini.
 
Le laboratoire mobile sera officiellement agréé en janvier 2016. Suivront l’attentat de Nice le 14 juillet 2016, ou encore la catastrophe de l’ouragan Irma dans les Antilles en 2017. A chaque fois, les techniques sont améliorées pour gagner en efficacité. « On a développé des brevets et des outils spécifiques, cela représente un vrai challenge technologique », se félicite le colonel Pierrini, une petite brosse très spéciale à la main. « Grâce à cet écouvillon, on peut extraire un ADN quasiment instantanément, alors qu’il faut six à sept heures en temps normal. Les deux autres étapes que sont l’amplification de l’ADN et le génotypage prennent quant à elles 1h15 et 30 minutes. Nous, on arrive à faire les trois étapes en deux heures. Toutes les demies-heures, on sort 21 analyses génétiques, d’aussi bonne qualité que celles d’un labo traditionnel. »

"Aider à la manifestation de la vérité"
 
Cette nouvelle expérience en Corse, même s’il ne s’agit pas d’identifier les victimes d’une catastrophe de masse, permettra de perfectionner encore ce dispositif entièrement autonome et « projetable partout », estime le colonel Pierrini, ingénieur de formation et titulaire d’un master en criminalistique chimique. Et de louer encore les possibilités de cet outil, par exemple sur une scène de crime avec de nombreuses traces de sang : « On peut alors travailler en temps réel avec un morpho-analyste pour reconstituer la scène, savoir rapidement combien il y a d’ADN et les identifier. »
 
En attendant, ici en Corse, il s’agit de « répondre à une forte demande de la population et des autorités pour aider à la manifestation de la vérité, qui est notre raison d’être ». Les résultats de ces experts en ADN permettront peut-être de lever le voile sur l’assassinat de Vincent Dorado.

Le laboratoire mobile de l'IRCGN peut sortir 21 analyses génétiques toutes les demies-heures.
Le laboratoire mobile de l'IRCGN peut sortir 21 analyses génétiques toutes les demies-heures.

"Cet écouvillon permet d'extraire l'ADN d'un échantillon presque instantanément, au lieu de six à sept heures normalement."
"Cet écouvillon permet d'extraire l'ADN d'un échantillon presque instantanément, au lieu de six à sept heures normalement."



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