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Après le départ de Charlotte Cesari, la gauche restera-t-elle unie à Ajaccio ?


le Mercredi 18 Mars 2026 à 12:00

Alors que Charlotte Cesari a pris ses distances avec l’union de la gauche dès le lendemain du premier tour des élections municipales à Ajaccio, l’heure est désormais aux interrogations pour l’avenir. Tandis que les différentes composantes tentent de minimiser la crise et affichent leur volonté de poursuivre ensemble le travail engagé, les divergences révélées au grand jour lors de la soirée électorale laissent entrevoir une recomposition fragile. De son côté, l’ancienne tête de liste dit réfléchir à la création d’un mouvement de gauche régionaliste.



(Photo : Paule Santoni)
(Photo : Paule Santoni)
Elle a décidé de claquer la porte de l’union des partis de gauche, quelques heures seulement après le premier tour des élections municipales à Ajaccio. Dans un communiqué transmis à la presse ce lundi, Charlotte Cesari, tête de liste de la démarche « a Voci di u Populu » mettait en exergue des « divergences profondes » avec les partis composant de cette union - à savoir le Parti Communiste Français (PCF), le Parti Socialiste (PS) et Debout ! – pour expliquer sa décision. 
 
Alors que dimanche dernier la liste qu’elle conduisait n’a pas réussi à passer la barre des 10% - lui permettant de se maintenir seule pour le second tour-, la jeune professeure de philosophie raconte en effet avoir peu goûté des prises de position de son co-listier Marc-Antoine Leroy, secrétaire de la section du PCF d’Ajaccio, interviewé par Alta Frequenza alors qu’elle était elle-même invitée sur le plateau de France 3 Corse Via Stella, quelques minutes seulement après les résultats. « Alors que je venais de dire qu’il y allait avoir des discussions en interne à notre liste pour savoir quel serait notre positionnement pour le second tour, il a pris la parole en disant qu’il ne fallait pas donner une seule voix au RN, mais que dans le même temps il n’y aurait aucune accointance avec Jean-Paul Carrolaggi », explique-t-elle. Elle confie en outre avoir appris dans la foulée qu’une réunion se tenait au siège du PCF, sans qu’elle ne soit avertie. « Quand je suis arrivée, je me suis rendue compte que les représentants du PCF, du mouvement Debout ! et quelques personnes du PS étaient présentes discutaient du second tour. Elles affirmaient qu’il était hors de question de se rapprocher des nationalistes, que c’est la France de Vichy, et qu’ils préfèrent des personnes qui sont dans l’arc républicain, qui chantent la Marseillaise », déplore-t-elle. Une séquence qu’elle dit avoir vécue comme un profond désaccord politique. « J’ai compris qu’ils préféraient la droite républicaine aux nationalistes, alors que nous avons mené campagne en défendant l’inverse », fustige-t-elle. Avant de trancher. « Ils m’ont dit que cela correspondait davantage à leurs valeurs, mais ce ne sont pas les miennes. Je ne savais pas qu'il y avait des gens de ma liste qui pensaient ainsi. Je n'avais jamais entendu des discours pareils.  Je ne peux pas rester liée à des gens comme ça, porter leur voix. Ce n'est pas possible. C'est l'inverse exact de mes convictions. Je me suis sentie faire valoir et j’ai eu l’impression d’avoir été un ventriloque ».
 
Une « faute politique » ?
 
Une version des faits que nuance Marc-Antoine Leroy, qui dit regretter la tournure des événements. « Il y a sans doute de l’incompréhension, de la déception, mais il n’y a eu aucune manœuvre dans le dos de Charlotte Cesari. Les discussions qui ont eu lieu à la permanence étaient spontanées, sans volonté d’exclure qui que ce soit », assure-t-il en pointant qu'au-delà des militants du PC, du PS et de Debout, « un certain nombre de gens issus du contingent non encarté étaient d’accord avec cette décision ». « Nous n’avons pris en otage personne », insiste-t-il en rappelant en outre : « Notre position a été claire depuis le début : on l'a répété tout au long de la campagne, qu'on ne souhaitait pas être la force d'appoint de tel ou tel candidat. Donc cette décision semblait en continuité avec l'engagement qu'on avait pris auprès de notre électorat »


Le responsable communiste souligne en outre que la position défendue par son parti n’a jamais varié. « Le Parti communiste n’est pas antinationaliste, il n’est anti-personne d’ailleurs. Nous avons des positions claires. On ne découvre pas en 2026 que le PCF est républicain en Corse », grince-t-il, se disant surpris que ces divergences apparaissent aussi tardivement. « On ne s’est jamais caché sur cette question. »
 
Du côté des autres composantes de l’union, on défend également une position commune fondée sur l’absence de consigne de vote. « L’objectif était de permettre aux électeurs de choisir librement, en leur âme et conscience. Nous ne soutenons ni Jean-Paul Carrolaggi, ni Stéphane Sbraggia. Nous appelons évidemment à faire barrage au RN. Les électeurs sont désormais libres de leur choix. Dans tous les cas, nous continuerons à défendre les idées de gauche et la justice sociale », confirme Christelle Caruana pour Debout !. 
 
Mais pour d’autres, la gestion de la soirée électorale constitue une erreur. Jean-Baptiste Luccioni, le secrétaire fédéral du PS de Corse-du-Sud, évoque ainsi des maladresses, voire une « faute politique ». « Malheureusement, il y a eu une prise de parole publique à 21h où une des composantes s'est totalement dissociée et a préféré jouer cavalier seul et mettre tout le monde dans la seringue en ne respectant personne.Ni les colistiers, ni les partis ou mouvements qui étaient sur la liste. Le parti communiste, en communiquant seul à 21h, a conduit à la réaction d'aujourd'hui. Il faut assumer la faute politique », estime-t-il. « Je pense que cela a contribué à cette réaction fondamentalement sincère, de la personne qui était tête de liste mais qui s'est sentie abandonnée en chemin ».
 
« L’union existe toujours »
 
Cette séquence signe-t-elle de facto le glas de l’union de la gauche à Ajaccio ? Pour Christelle Caruana, la réponse reste ouverte. « Nous avions bien progressé et on avait engendré une dynamique très intéressante entre les partis de gauche et des militants associatifs des syndicats des personnes non encartées. Je suis déçue que Charlotte Cesari quitte cette union, mais nous sommes toujours en contact avec la plupart de nos colistiers et nous espérons continuer sur cette lancée car nous avons vu que l'union qu'on prêchait depuis longtemps était importante », souffle-t-elle. 
 
Un constat partagé par Marc-Antoine Leroy. « Nous avons mené une belle campagne, avec une dynamique positive. Même si le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances, il reste encourageant », souligne-t-il. « L’union existe toujours. Nous continuerons à travailler ensemble pour porter une opposition de gauche à Ajaccio, notamment sur les questions de logement et de pouvoir d’achat », affirme-t-il.
 
Jean-Baptiste Luccioni précise pour sa part que le PS va prendre « le temps de la réflexion ». « Cette union avait vocation à durer. Ce n’est pas parce que le résultat n’est pas à la hauteur qu’il faut tout remettre en cause », concède-t-il en nuançant toutefois : « La première chose que nous allons faire avec le PS, c’est de réunir les 16 personnes de la liste qui étaient soit militants, soit sympathisants, de notre parti. Ensuite, il va falloir retrouver des points de convergence avec l’ensemble des partis et il va falloir arriver à travailler ensemble. Chaque élection a sa vérité, chaque moment politique a sa vérité. Ici l’ambition de cette union était sur Ajaccio. Mais ce n'est pas parce que le résultat n'est pas à la hauteur qu'on doit jeter tout, le bébé avec l'eau du bain ». Le secrétaire fédéral du PS dit ainsi vouloir continuer à « reconstruire notre famille politique pour arriver à proposer une offre et une alternative crédible ».
 
Reste que la fracture semble bien réelle. Et tandis que certains espèrent encore préserver les bases de cette alliance, Charlotte Cesari regarde déjà vers l’avenir. L’ancienne tête de liste indique réfléchir à la création d’un nouveau mouvement, une gauche régionaliste. « Je ne dis pas nationaliste, car ce ne sont pas mes convictions », tient-elle toutefois à marteler en dévoilant qu’elle votera bien pour la liste de Jean-Paul Carrolaggi dimanche prochain.