« La question de l’eau sera l’un des grands enjeux de développement de la Corse dans les années à venir ». C’est par ce constat qu’Angèle Bastiani, maire de L’Île-Rousse et présidente de l’Agence du tourisme de la Corse (ATC), a introduit une journée d’intelligence collective consacrée à la gestion durable de l’eau, dans la salle du conseil municipal ce jeudi.
Autour de la table, professionnels du tourisme, représentants des collectivités, associations, experts et universitaires ont été réunis pour confronter leurs expériences et leurs connaissances sur une problématique commune à l’ensemble des territoires insulaires méditerranéens. Comment préserver une ressource en eau de plus en plus fragilisée, alors même que les besoins augmentent considérablement durant la saison touristique ?
« Dans un territoire touristique comme le nôtre, la période durant laquelle la ressource est la plus fragile est précisément celle durant laquelle les besoins sont les plus importants », a ainsi souligné Angèle Bastiani. Face à cette situation, l’élue entend privilégier l’anticipation plutôt que la réaction. « Nous pouvons subir, mais nous avons choisi d’anticiper », a-t-elle insisté.
Un programme européen pour des réalisations concrètes
Inscrit dans le programme de coopération INTERREG Méditerranée, WATERISE associe la Corse à plusieurs territoires insulaires, notamment Pantelleria, la Sicile, Minorque, Malte et Chypre. Déployé jusqu’au 31 mai 2029, il vise à expérimenter des solutions permettant une utilisation plus sobre et durable de l’eau, en s’appuyant notamment sur les solutions fondées sur la nature, les pratiques traditionnelles et les innovations technologiques. À Lisula, le projet est conduit en partenariat avec l’Agence du tourisme de la Corse et l’association U Sbirru. Mais pour Angèle Bastiani, cette coopération européenne ne doit surtout pas se limiter à des échanges théoriques. « Ce projet ne doit pas rester un projet européen de plus, fait d’études, de réunions et de rapports. Il doit se voir dans la ville, être utile aux habitants et produire des résultats », a-t-elle affirmé. Trois réalisations principales sont ainsi envisagées sur le territoire communal et à proximité immédiate.
Le premier site pilote concerne les jardins familiaux du chemin de Palazzi, situés sur le territoire de Santa-Reparata-di-Balagna, sur un terrain appartenant à la commune de L’Île-Rousse. Patrick Botey, troisième adjoint au maire chargé notamment de l’environnement et des risques majeurs, a détaillé les aménagements qui y sont prévus. « Nous disposons de 27 parcelles déjà délimitées. Une grande partie des travaux a été réalisée grâce à un autre financement européen. WATERISE va nous permettre de valoriser le patrimoine hydraulique existant et de développer une gestion vertueuse de l’eau ».
Deux anciens puits présents sur le site doivent notamment être remis en valeur. Le projet prévoit également la récupération des eaux et l’aménagement d’une zone végétalisée capable de retenir naturellement les écoulements, plutôt que de les évacuer directement vers le ruisseau voisin. Cette zone humide pourrait ainsi favoriser le développement de la biodiversité tout en participant à l’irrigation des jardins. Une partie des parcelles sera réservée aux usages municipaux, notamment aux écoles et au service des espaces verts, qui pourrait y développer une petite pépinière. Les autres parcelles devraient être attribuées à des habitants de L’Île-Rousse ne disposant pas de jardin, avec un objectif évoqué par l’adjoint avant le mois d’avril.
Une friche de 3 000 m² transformée en îlot de fraîcheur
Deuxième opération emblématique, celle de la réhabilitation de la friche située rue du Sergent-Amadei, à proximité de la gendarmerie. Cet ancien jardin clos d’environ 3 000 m², cédé à la commune dans le cadre d’une opération immobilière, doit devenir un espace végétalisé ouvert à la population. « Nous voulons y replanter des essences anciennes et créer un véritable îlot de fraîcheur. Il s’agit d’anticiper les températures que nous pourrions connaître dans les prochaines décennies et de proposer aux habitants des espaces de respiration », explique Patrick Botey.
Le site dispose déjà de dispositifs souterrains destinés à retenir les eaux de ruissellement. L’objectif sera de valoriser cette ressource grâce à des systèmes de filtration végétale, sans recours à des installations de pompage complexes, afin de permettre l’arrosage des futures plantations. Au-delà de son intérêt paysager, cet aménagement doit également contribuer à limiter les effets des fortes chaleurs en milieu urbain. Une démarche que la municipalité souhaite progressivement étendre à d’autres secteurs de la ville, notamment aux cours d’école.
Une Maison de l’eau pour sensibiliser les générations futures
Troisième volet du programme, la création d’une Maison de l’eau WATERISE. Pensé comme un lieu pédagogique, cet espace aura vocation à sensibiliser habitants, scolaires et visiteurs aux enjeux de la ressource hydrique. Économies d’eau, récupération des eaux pluviales, pratiques d’arrosage, solutions naturelles ou encore gestion durable des équipements touristiques pourraient y être présentées. « L’idée est de montrer concrètement comment mieux utiliser l’eau, de faire de la pédagogie et de valoriser les bonnes pratiques », précise Patrick Botey. L’adjoint insiste particulièrement sur le rôle des enfants dans la diffusion de ces nouveaux comportements. « Il n’y a pas de meilleurs ambassadeurs que les enfants. Ce sont eux qui sensibilisent ensuite les adultes, comme nous l’avons constaté avec le tri des déchets ». L’emplacement définitif de cette future structure reste à déterminer.
Pour Jean-Louis Moretti, responsable du pôle ingénierie et développement de l’Agence du tourisme de la Corse, la participation de l’ATC au programme WATERISE s’inscrit dans une démarche déjà engagée auprès des hébergements touristiques. Depuis 2021, l’agence accompagne notamment la diffusion de l’Écolabel européen en Corse. « Nous travaillons sur la gestion de l’eau dans les hébergements touristiques, les hôtels ou les campings, à travers un cadre qui permet d’améliorer les pratiques et de réduire les consommations »,explique-t-il. Équipements sanitaires économes, récupération des eaux de pluie, optimisation de l’arrosage, gestion des piscines ou traitement des eaux usées figurent parmi les leviers identifiés.
Une approche que défend également Angèle Bastiani, refusant d’opposer développement touristique et préservation environnementale. « Le tourisme n’est pas un problème. Il peut devenir une partie de la solution », estime la présidente de l’ATC. Selon elle, la capacité d’une destination à préserver ses ressources naturelles constituera à terme un véritable facteur d’attractivité.
La question des inondations également soulevée
Si WATERISE s’intéresse principalement à la préservation de la ressource, les échanges ont également permis d’aborder une autre problématique particulièrement sensible à Lisula, la gestion des épisodes de fortes précipitations. Interrogé sur la capacité de la ville à faire face à des pluies méditerranéennes exceptionnelles, Patrick Botey n’a pas éludé la question. « On n’est pas prêt. On y travaille », reconnaît l’adjoint.
Au cœur des préoccupations figure notamment le Padule, cours d’eau qui traverse une partie du territoire avant de poursuivre son cheminement en souterrain sous le centre-ville jusqu’au littoral. Selon l’élu, l’entretien et le curage de cette section enterrée constituent un enjeu important pour améliorer l’écoulement des eaux lors des épisodes pluvieux intenses. Une réflexion est engagée avec la communauté de communes, tandis que plusieurs dispositifs de rétention des eaux ont déjà été réalisés dans certains secteurs urbanisés. Pour Patrick Botey, ces problématiques rappellent la nécessité de retrouver une meilleure compréhension du fonctionnement naturel des bassins versants, au-delà des seules limites administratives communales.
Animée par la facilitatrice indépendante Roxane Piriottu, cette journée d’intelligence collective s’est articulée autour de deux ateliers participatifs. Le premier a permis d’aborder les pressions touristiques, le stress hydrique, les savoir-faire traditionnels, les vulnérabilités locales et les besoins de coordination entre acteurs. Le second était consacré à la mise en commun des réflexions et à l’élaboration d’une synthèse collective. Les contributions recueillies doivent ensuite être confrontées à celles des autres territoires partenaires, chacun organisant une démarche similaire. « Ce que vous allez produire ici ne restera pas entre ces quatre murs. Les réflexions seront mises en perspective avec celles des autres îles », a rappelé Angèle Bastiani.
Pour Jean-Louis Moretti, ces échanges doivent également permettre de préparer l’avenir, au-delà des investissements déjà programmés. « Les projets sont définis dès le dépôt de la candidature européenne. Mais ces réunions permettent aussi de se projeter au-delà du programme et d’imaginer d’éventuelles suites ».
En misant à la fois sur la mémoire des pratiques anciennes, les connaissances scientifiques et la coopération européenne, Lisula entend ainsi devenir un territoire d’expérimentation pour une gestion plus durable de l’eau.
Une ambition résumée par Angèle Bastiani, qui souhaite préserver la ressource sans renoncer au développement, mais en adaptant celui-ci aux réalités et aux fragilités d’un territoire insulaire.
Autour de la table, professionnels du tourisme, représentants des collectivités, associations, experts et universitaires ont été réunis pour confronter leurs expériences et leurs connaissances sur une problématique commune à l’ensemble des territoires insulaires méditerranéens. Comment préserver une ressource en eau de plus en plus fragilisée, alors même que les besoins augmentent considérablement durant la saison touristique ?
« Dans un territoire touristique comme le nôtre, la période durant laquelle la ressource est la plus fragile est précisément celle durant laquelle les besoins sont les plus importants », a ainsi souligné Angèle Bastiani. Face à cette situation, l’élue entend privilégier l’anticipation plutôt que la réaction. « Nous pouvons subir, mais nous avons choisi d’anticiper », a-t-elle insisté.
Un programme européen pour des réalisations concrètes
Inscrit dans le programme de coopération INTERREG Méditerranée, WATERISE associe la Corse à plusieurs territoires insulaires, notamment Pantelleria, la Sicile, Minorque, Malte et Chypre. Déployé jusqu’au 31 mai 2029, il vise à expérimenter des solutions permettant une utilisation plus sobre et durable de l’eau, en s’appuyant notamment sur les solutions fondées sur la nature, les pratiques traditionnelles et les innovations technologiques. À Lisula, le projet est conduit en partenariat avec l’Agence du tourisme de la Corse et l’association U Sbirru. Mais pour Angèle Bastiani, cette coopération européenne ne doit surtout pas se limiter à des échanges théoriques. « Ce projet ne doit pas rester un projet européen de plus, fait d’études, de réunions et de rapports. Il doit se voir dans la ville, être utile aux habitants et produire des résultats », a-t-elle affirmé. Trois réalisations principales sont ainsi envisagées sur le territoire communal et à proximité immédiate.
Le premier site pilote concerne les jardins familiaux du chemin de Palazzi, situés sur le territoire de Santa-Reparata-di-Balagna, sur un terrain appartenant à la commune de L’Île-Rousse. Patrick Botey, troisième adjoint au maire chargé notamment de l’environnement et des risques majeurs, a détaillé les aménagements qui y sont prévus. « Nous disposons de 27 parcelles déjà délimitées. Une grande partie des travaux a été réalisée grâce à un autre financement européen. WATERISE va nous permettre de valoriser le patrimoine hydraulique existant et de développer une gestion vertueuse de l’eau ».
Deux anciens puits présents sur le site doivent notamment être remis en valeur. Le projet prévoit également la récupération des eaux et l’aménagement d’une zone végétalisée capable de retenir naturellement les écoulements, plutôt que de les évacuer directement vers le ruisseau voisin. Cette zone humide pourrait ainsi favoriser le développement de la biodiversité tout en participant à l’irrigation des jardins. Une partie des parcelles sera réservée aux usages municipaux, notamment aux écoles et au service des espaces verts, qui pourrait y développer une petite pépinière. Les autres parcelles devraient être attribuées à des habitants de L’Île-Rousse ne disposant pas de jardin, avec un objectif évoqué par l’adjoint avant le mois d’avril.
Une friche de 3 000 m² transformée en îlot de fraîcheur
Deuxième opération emblématique, celle de la réhabilitation de la friche située rue du Sergent-Amadei, à proximité de la gendarmerie. Cet ancien jardin clos d’environ 3 000 m², cédé à la commune dans le cadre d’une opération immobilière, doit devenir un espace végétalisé ouvert à la population. « Nous voulons y replanter des essences anciennes et créer un véritable îlot de fraîcheur. Il s’agit d’anticiper les températures que nous pourrions connaître dans les prochaines décennies et de proposer aux habitants des espaces de respiration », explique Patrick Botey.
Le site dispose déjà de dispositifs souterrains destinés à retenir les eaux de ruissellement. L’objectif sera de valoriser cette ressource grâce à des systèmes de filtration végétale, sans recours à des installations de pompage complexes, afin de permettre l’arrosage des futures plantations. Au-delà de son intérêt paysager, cet aménagement doit également contribuer à limiter les effets des fortes chaleurs en milieu urbain. Une démarche que la municipalité souhaite progressivement étendre à d’autres secteurs de la ville, notamment aux cours d’école.
Une Maison de l’eau pour sensibiliser les générations futures
Troisième volet du programme, la création d’une Maison de l’eau WATERISE. Pensé comme un lieu pédagogique, cet espace aura vocation à sensibiliser habitants, scolaires et visiteurs aux enjeux de la ressource hydrique. Économies d’eau, récupération des eaux pluviales, pratiques d’arrosage, solutions naturelles ou encore gestion durable des équipements touristiques pourraient y être présentées. « L’idée est de montrer concrètement comment mieux utiliser l’eau, de faire de la pédagogie et de valoriser les bonnes pratiques », précise Patrick Botey. L’adjoint insiste particulièrement sur le rôle des enfants dans la diffusion de ces nouveaux comportements. « Il n’y a pas de meilleurs ambassadeurs que les enfants. Ce sont eux qui sensibilisent ensuite les adultes, comme nous l’avons constaté avec le tri des déchets ». L’emplacement définitif de cette future structure reste à déterminer.
Pour Jean-Louis Moretti, responsable du pôle ingénierie et développement de l’Agence du tourisme de la Corse, la participation de l’ATC au programme WATERISE s’inscrit dans une démarche déjà engagée auprès des hébergements touristiques. Depuis 2021, l’agence accompagne notamment la diffusion de l’Écolabel européen en Corse. « Nous travaillons sur la gestion de l’eau dans les hébergements touristiques, les hôtels ou les campings, à travers un cadre qui permet d’améliorer les pratiques et de réduire les consommations »,explique-t-il. Équipements sanitaires économes, récupération des eaux de pluie, optimisation de l’arrosage, gestion des piscines ou traitement des eaux usées figurent parmi les leviers identifiés.
Une approche que défend également Angèle Bastiani, refusant d’opposer développement touristique et préservation environnementale. « Le tourisme n’est pas un problème. Il peut devenir une partie de la solution », estime la présidente de l’ATC. Selon elle, la capacité d’une destination à préserver ses ressources naturelles constituera à terme un véritable facteur d’attractivité.
La question des inondations également soulevée
Si WATERISE s’intéresse principalement à la préservation de la ressource, les échanges ont également permis d’aborder une autre problématique particulièrement sensible à Lisula, la gestion des épisodes de fortes précipitations. Interrogé sur la capacité de la ville à faire face à des pluies méditerranéennes exceptionnelles, Patrick Botey n’a pas éludé la question. « On n’est pas prêt. On y travaille », reconnaît l’adjoint.
Au cœur des préoccupations figure notamment le Padule, cours d’eau qui traverse une partie du territoire avant de poursuivre son cheminement en souterrain sous le centre-ville jusqu’au littoral. Selon l’élu, l’entretien et le curage de cette section enterrée constituent un enjeu important pour améliorer l’écoulement des eaux lors des épisodes pluvieux intenses. Une réflexion est engagée avec la communauté de communes, tandis que plusieurs dispositifs de rétention des eaux ont déjà été réalisés dans certains secteurs urbanisés. Pour Patrick Botey, ces problématiques rappellent la nécessité de retrouver une meilleure compréhension du fonctionnement naturel des bassins versants, au-delà des seules limites administratives communales.
Animée par la facilitatrice indépendante Roxane Piriottu, cette journée d’intelligence collective s’est articulée autour de deux ateliers participatifs. Le premier a permis d’aborder les pressions touristiques, le stress hydrique, les savoir-faire traditionnels, les vulnérabilités locales et les besoins de coordination entre acteurs. Le second était consacré à la mise en commun des réflexions et à l’élaboration d’une synthèse collective. Les contributions recueillies doivent ensuite être confrontées à celles des autres territoires partenaires, chacun organisant une démarche similaire. « Ce que vous allez produire ici ne restera pas entre ces quatre murs. Les réflexions seront mises en perspective avec celles des autres îles », a rappelé Angèle Bastiani.
Pour Jean-Louis Moretti, ces échanges doivent également permettre de préparer l’avenir, au-delà des investissements déjà programmés. « Les projets sont définis dès le dépôt de la candidature européenne. Mais ces réunions permettent aussi de se projeter au-delà du programme et d’imaginer d’éventuelles suites ».
En misant à la fois sur la mémoire des pratiques anciennes, les connaissances scientifiques et la coopération européenne, Lisula entend ainsi devenir un territoire d’expérimentation pour une gestion plus durable de l’eau.
Une ambition résumée par Angèle Bastiani, qui souhaite préserver la ressource sans renoncer au développement, mais en adaptant celui-ci aux réalités et aux fragilités d’un territoire insulaire.
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