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À Calvi, plus de 300 personnes mobilisées pour sauver les urgences de l’hôpital de Balagne


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Jeudi 5 Novembre 2026 à 21:28

Plus de 300 personnes, venues des quatre coins de la Balagne, se sont rassemblées ce jeudi 5 novembre devant le centre hospitalier Calvi-Balagne, à l’appel de Lionel Mortini, maire de Belgudè et président de la communauté de communes de L’Île-Rousse-Balagne. Une mobilisation citoyenne d’ampleur, organisée à l’occasion de la réunion du conseil de surveillance de l’établissement, présidé par Ange Santini. Alors que les urgences sont menacées de fermeture faute de médecins dès le début du mois de décembre, élus, soignants et habitants réclament des mesures concrètes pour garantir la continuité du service public de santé.



Ce jeudi, plus de 300 personnes de tous âges, venues de l’ensemble de la microrégion, ont répondu à l’appel lancé sur les réseaux sociaux par Lionel Mortini. Devant l’établissement hospitalier, habitants, professionnels de santé et élus se sont retrouvés autour d’une même exigence, préserver un service d’urgences accessible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.
Une mobilisation qui intervient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis plusieurs semaines, les personnels médicaux et paramédicaux alertent sur une situation devenue critique, marquée par un manque de médecins urgentistes, l’accumulation des heures supplémentaires et la perspective d’une rupture de la continuité des soins dès le 6 décembre.
 
« Nous ne voulons rien lâcher sur cet hôpital »
À l’origine de cet appel à la mobilisation, Lionel Mortini entendait avant tout témoigner du soutien de la population aux équipes hospitalières.
« C’est un rassemblement derrière les soignants, pour les accompagner et faire en sorte que demain, il n’y ait pas de rupture du service public de santé, notamment aux urgences. La population doit montrer qu’elle est présente derrière son hôpital », explique le maire de Belgudè et président de la communauté de communes de L’Île-Rousse-Balagne.
L’élu insiste sur la qualité du travail accompli quotidiennement par les professionnels de l’établissement.
« Il faut souligner la qualité du personnel, son engagement et sa bienveillance envers les patients. C’est un capital essentiel pour la Balagne, qu’il ne faut surtout pas perdre».
Pour Lionel Mortini, l’heure n’est plus aux simples constats. Les alertes lancées par les soignants doivent désormais déboucher sur des réponses rapides.
« Nous faisons entièrement confiance aux personnels qui nous alertent depuis plusieurs semaines. Nous ne pouvons pas attendre que les urgences ferment pour réagir. Il nous reste quelques semaines et nous sommes là pour dire que nous ne voulons rien lâcher».
Au-delà de la question des effectifs, le président de l’intercommunalité pointe les difficultés d’attractivité du territoire, notamment en matière de logement et de rémunération des praticiens.
Sur ce point, il se dit prêt à engager les collectivités locales.
« À Belgudè, nous logeons déjà des internes en médecine pour notre maison de santé. Avec l’intercommunalité, nous sommes prêts à nous investir davantage, quitte à réaliser des logements. Il faut simplement que les besoins nous soient clairement exprimés».
Lionel Mortini appelle également à une adaptation de la loi Rist, dont les dispositions encadrant la rémunération de l’intérim médical sont, selon lui, inadaptées aux réalités insulaires.
« Il faut retrouver une attractivité, aussi bien sur le logement que sur le plan financier. On ne peut pas gérer les territoires ruraux comme les grandes métropoles».
 
Ange Santini « Des lueurs d’espoir, mais la prudence reste de mise »
Pendant que la population manifestait son soutien à l’extérieur, le conseil de surveillance de l’établissement se réunissait sous la présidence d’Ange Santini.
À l’issue de cette réunion, le maire de Calvi a tenu à faire preuve de prudence, tout en évoquant de possibles avancées dans les prochains jours.
« Il était indispensable que le conseil de surveillance se réunisse puisque c’est le lieu où ces sujets doivent être évoqués. À l’issue de cette réunion, la prudence reste de mise, même s’il existe des lueurs d’espoir».
Selon Ange Santini, plusieurs rendez-vous décisifs doivent désormais permettre de déterminer si des solutions concrètes peuvent être apportées à la crise.
Une réunion technique est annoncée lundi, avant des échanges au plus haut niveau avec l’Agence régionale de santé et la direction du groupement hospitalier.
« Au plus tard à la fin de la semaine prochaine, nous saurons si nos revendications légitimes pour la santé de la population sont prises en compte à travers des solutions concrètes. Si tel est le cas, cela voudra dire que, tous ensemble, avec la mobilisation de la population, nous aurons obtenu ce qui est de droit».
Dans le cas contraire, le président du conseil de surveillance n’exclut pas une nouvelle étape dans la mobilisation.
« Si rien de concret ni de satisfaisant ne ressort de ces réunions, nous entrerons naturellement dans une autre phase».
Ange Santini reconnaît également l’épuisement des équipes médicales, confrontées depuis plusieurs mois à des gardes supplémentaires pour maintenir le fonctionnement du service.
« Les médecins qui sont sur place sont dévoués et compétents, mais ils sont au bord de l’épuisement. Ils multiplient les gardes et les heures supplémentaires. À un moment donné, la nature humaine a ses limites».
Selon lui, le recrutement de deux ou trois médecins urgentistes supplémentaires pourrait permettre de compléter les effectifs nécessaires au fonctionnement du service.
 
« Le 6 décembre, il pourrait ne plus y avoir de médecins aux urgences »
Pour Sébastien Dominici, médecin urgentiste au centre hospitalier de Calvi, la situation est désormais arrivée à un point de rupture.
« Nous avons plusieurs médecins qui ne peuvent plus exercer dans notre service. Depuis des mois, nous nous remplaçons entre nous, mais nous arrivons au bout de nos possibilités. Nous avons quasiment tous effectué nos heures et nous sommes en heures supplémentaires. Nous ne pouvons plus aller au-delà».
Le praticien évoque sans détour la menace qui pèse sur le service.
« À partir du 6 décembre, il pourrait ne plus y avoir de médecins aux urgences de Calvi, de jour comme de nuit».
Au-delà du seul établissement calvais, Sébastien Dominici décrit une situation préoccupante à l’échelle de la Haute-Corse, où les services d’urgences de Bastia et de Corte rencontrent également d’importantes difficultés de fonctionnement.
Pour le médecin, les contraintes financières et matérielles constituent un obstacle majeur au recrutement.
« Un médecin qui vient travailler en Corse doit payer ses billets d’avion, se loger, parfois faire face aux difficultés professionnelles de son conjoint. Au final, les médecins ne s’y retrouvent pas et ne viennent pas ». 
Mais le praticien refuse catégoriquement que la pénurie de personnel conduise à une dégradation des conditions de prise en charge.
« Nous voulons travailler avec des effectifs corrects, sans mesures dégradées. Nous ne mettrons pas en jeu la santé des patients pour pallier des besoins qui doivent normalement être assurés par les services de l’État».
À l’issue du conseil de surveillance, il ne cachait pas sa lassitude face à la multiplication des réunions.
« Une promesse d’une nouvelle réunion. J’espère qu’elle apportera quelque chose, mais pour moi, c’est encore la réunionite de l’État».
Et de rappeler que les professionnels de santé ont déjà largement dépassé le cadre de leurs missions pour tenter de trouver des solutions.
« Nous, nous sommes là pour soigner les gens. Ce n’est pas aux médecins de défendre le service public, c’est à l’État. Nous sommes allés au bout de ce que nous pouvions faire. Maintenant, il faut que des solutions nous soient apportées».
 
Les infirmières redoutent un effet domino sur toute la chaîne de soins
Parmi les professionnels mobilisés, les infirmières de l’établissement expriment elles aussi leur inquiétude.
Pour Marie Rocchi, infirmière, une éventuelle fermeture nocturne des urgences serait inconcevable pour la population balanina.
« Nous sommes là pour soutenir les médecins parce que nous manquons d’effectifs. Les urgences risquent de fermer la nuit et c’est inconcevable. C’est le seul hôpital de la microrégion. On ne peut pas imaginer nos anciens, nos proches, devoir aller jusqu’à Bastia pour se faire soigner»
La professionnelle constate également les conséquences directes du manque de médecins sur les équipes.
« Ils accumulent les heures supplémentaires, se fatiguent et cherchent eux-mêmes des solutions, parfois entre deux patients. Aujourd’hui, nous attendons des moyens humains et matériels pour éviter la fermeture».
Sa collègue Magali Colombani attire l’attention sur les répercussions qu’aurait une fermeture des urgences sur l’ensemble de l’organisation hospitalière et des secours.
« Si les urgences ferment la nuit et qu’il reste douze patients dans les box, il faudra les transférer vers d’autres centres hospitaliers, notamment Bastia et Corte. Or, nous rencontrons déjà des difficultés pour effectuer trois ou quatre transferts dans une journée. Alors douze patients, comment allons-nous faire ? »
Une situation qui aurait également des conséquences sur les services de secours et les transports sanitaires.
« Il faudra mobiliser les pompiers pour effectuer les transferts. Les victimes prises en charge pendant la nuit devront être dirigées directement vers Bastia. C’est toute la chaîne de soins qui sera impactée, et pas seulement l’hôpital de Calvi».
Une autre inquiétude concerne l’avenir de certains emplois hospitaliers.
Léa Memmi, également infirmière, redoute les conséquences sociales d’une réduction de l’activité nocturne.
« Je crains pour mes collègues qui ne sont pas titulaires. Si les urgences ferment la nuit, il pourrait y avoir des suppressions de postes. Ce sont aussi des emplois pour les jeunes de la région qui seraient menacés». 
 
Une motion déposée à l’Assemblée de Corse
Présent parmi les manifestants, Jean-Marc Borri, maire de Montegrossu et conseiller territorial du groupe Fà Populu Inseme, a annoncé le dépôt d’une motion à l’Assemblée de Corse, dont la présentation est prévue vendredi soir.
Un texte qui vise à obtenir des engagements précis de la part des autorités sanitaires.
« Au-delà du soutien indéfectible que nous apportons à tous les personnels de santé, nous demandons que les urgences restent ouvertes 24 heures sur 24 et sept jours sur sept».
La motion réclame notamment la mise en place d’un plan de financement d’urgence par l’ARS et le ministère de la Santé, afin de renforcer l’attractivité des postes, de revaloriser les gardes et de faciliter le logement des praticiens.
Elle demande également une adaptation des dispositifs nationaux aux spécificités de la Corse, pour permettre aux établissements hospitaliers insulaires de recruter et de fidéliser leurs professionnels de santé.
Enfin, le texte prévoit de demander que le président du Conseil exécutif et la présidente de l’Assemblée de Corse puissent avoir accès aux conclusions du conseil de surveillance de l’hôpital de Calvi.
 
Une semaine décisive pour l’avenir des urgences
Au terme de cette journée de mobilisation, aucune solution définitive n’a encore été annoncée. Les prochaines réunions avec les autorités sanitaires seront donc déterminantes pour l’avenir du service.
Mais ce jeudi 5 novembre aura au moins permis de mesurer l’attachement de toute une microrégion à son hôpital.
Des habitants de tous âges, des élus de différentes communes, des médecins, des infirmières et des personnels hospitaliers ont fait entendre une même préoccupation : celle de ne pas voir disparaître, même partiellement, un service essentiel à la sécurité sanitaire du territoire.
Dans une Balagne où les distances, les contraintes géographiques et l’afflux touristique saisonnier compliquent déjà l’accès aux soins, une fermeture nocturne, voire plus étendue, des urgences aurait des conséquences bien au-delà des murs de l’établissement.
Désormais, les regards se tournent vers l’ARS et les prochaines négociations.
Car derrière les questions de financement, de recrutement et d’organisation hospitalière, c’est bien l’accès aux soins de toute une population qui se joue.
Et ce jeudi, plus de 300 Balanins ont tenu à rappeler qu’ils n’entendaient pas rester spectateurs de l’avenir de leur hôpital.