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Xavier Bertrand à Bastia : « Je regrette que dans tout ce processus d'autonomie on n'ait pas posé la question aux Corses »


Philippe Jammes le Mercredi 5 Août 2026 à 15:56

Fin 2025, Xavier Bertrand, homme politique de droite, ancien ministre, ancien secrétaire général de l’UMP, actuel président du Conseil régional des Hauts-de-France, sortait son premier ouvrage « Rien n’est jamais écrit ». Ce mercredi, il était en séance de dédicaces à la librairie Papi à Bastia avant une réunion jeudi à Lumio. Rencontre...



Xavier Bertrand lors de sa séance de dédicaces à la librairie Papi à Bastia.
Xavier Bertrand lors de sa séance de dédicaces à la librairie Papi à Bastia.

À travers « Rien n’est jamais écrit », un récit personnel, Xavier Bertrand revient sur les grands moments de sa vie politique, ses convictions, ses combats, les coulisses du pouvoir, les moments clés de sa carrière. Il se confie aussi sur son enfance, ses convictions et engagements, ses réussites comme ses erreurs.

Il aura fallu plus de vingt ans de vie politique pour que vous publiez enfin un livre. Cela peut paraitre étonnant ?
En fait, je me posais la question de savoir si cela pouvait intéresser, si j’avais des choses intéressantes à dire. Mon éditeur a su me convaincre. Aujourd'hui, entre les ventes directes et les ventes en dédicaces, nous en sommes à près de 8000 exemplaires vendus, ce qui me surprend énormément, ce qui me fait très plaisir et ce qui permet aussi de répondre à beaucoup de questions. Si je parle autant des classes moyennes, c’est parce que je suis issu des classes moyennes. Si je parle autant de la province - parce je ne suis pas un Parisien dans l'âme -, c’est que j'ai grandi en province, dans la région Champagne-Ardenne à l'époque et aujourd'hui dans les Hauts-de-France. Pourquoi je crois autant à l'entreprise ? Parce que j'étais entrepreneur. Pourquoi j'aime la politique ? Parce que je fais de la politique pour la France dans laquelle je voudrais voir grandir mes enfants. Ce livre est une réponse à toutes ces questions. En plus j'affectionne tout particulièrement les rencontres et les dédicaces. Je ne me contente pas de signer, je parle avec les personnes qui viennent et c'est pour moi très important.

La sortie de ce livre est assez rapprochée des présidentielles de 2027. Allez-vous vous lancer dans la bataille ?
J'ai l'intention de continuer à m'y préparer cet été et pas seulement. L'annonce de la candidature est un moment particulier parce que quand vous annoncez que vous êtes candidat, c'est parce que vous avez clairement en tête des propositions pour les Français. Il faut que les Français se disent : « Toi tu nous as vraiment compris », et ce moment-là n'est pas venu. Il y a encore quelques mois d'ici là. Je ne fais pas partie de ceux qui ont la frénésie de dire je suis candidat. Non, je cherche à me préparer le mieux possible parce qu'on est aussi à un moment charnière pour notre pays, on le voit bien. Tout le monde nous dit que cette élection va se jouer entre les extrêmes . Je pense pour ma part qu'il y a un autre projet, un projet de changement parce qu'on voit bien qu'après ces dix années les Français veulent que ça change. Ils veulent que ça change sans passer par le changement. Et ça tombe bien car moi je n'ai rien à voir avec les dix ans qui sont écoulés, rien de rien.

Aujourd'hui comment votre parti, « Nous France », se situe-t-il par rapport aux autres partis de droite ?
Je serai candidat en indépendant, un candidat de rassemblement, en dehors des partis politiques, parce que l'élection présidentielle c'est ça. Je l'ai oublié en 2021, je ne recommencerai pas cette erreur. J'appartiens à une famille politique qui est la famille gaulliste, à la droite républicaine, mais en tout état de cause je pense que pour une élection présidentielle il faut vraiment aller à la rencontre. C’est ce que je fais aujourd'hui avec la dédicace et je suis très surpris par le nombre de personnes qui sont ici présentes, de tous horizons, de tous bords. Et puis je pense qu'il faut être libre pour pouvoir justement être un bon candidat à la présidentielle et un bon président.

La Corse est une terre qui vous est chère, pour des raisons intimes mais aussi politiques. Que pensez-vous du texte sur l'autonomie de la Corse ?
Je l’aurais voté. Maintenant la loi organique va préciser un certain nombre de choses. Sur la loi organique il est difficile aujourd'hui de dire ce qu'on veut. Par contre ce que je regrette, c'est que dans tout ce processus on n'ait pas posé la question aux Corses. Vous ne croyez pas que ça aurait été un bon thème de référendum pour qu'ils disent aussi clairement ce qu'ils veulent ? Je suis pour davantage d'autonomie mais d'une certaine façon. Il y a la Corse, mais toutes les régions françaises ont besoin de desserrer le verrou parisien. Jean-Louis Borloo appelle ça la France Fédérale, moi j'appelle ça la République des Territoires. On ne peut pas continuer à avoir un pays où Paris sait tout, où Paris décide de tout, et où Paris sait mieux que nous. Il n'y a que sur le terrain, peut-être aussi parce qu'on est proche des gens et à portée d'engueulades, qu'on est capable d'être plus efficace. Et moi ce verrou parisien je veux le faire sauter. C'est vrai pour la Corse mais ce n'est pas vrai que pour la Corse.

Votre vision sur la Corse a-t-elle un peu évolué au contact de Gilles Simeoni lorsqu’il était au sein de l’association Régions de France ?
Il en faisait partie lorsqu’il avait une autre fonction. Evidemment que la Corse a toujours une place importante dans Régions de France. Je connais la Corse depuis longtemps et je vois qu’en matière de santé, par exemple, les choses ont bougé en Corse quand j'étais ministre. Pourquoi ? Parce que je connaissais la Corse, je me mettais à la place des gens d’ici. Quand j'ai eu l'idée, à l'époque, de faire un hôpital à Calvi, on m’a dit « Ce n’est pas loin de Bastia Mr le ministre, vous n'y pensez pas ! » Et je leur répondais alors : « Vous ne connaissez pas la Corse. En Corse on ne résonne pas en kilomètres, ça ne se passe pas à vol d'oiseau. Ça se passe en distance et l'hiver c'est encore moins simple ». Donc voilà pourquoi on a fait ce choix à l'époque alors qu’on me conseillait de ne garder qu’une antenne médicale de proximité. C'est aussi pourquoi il a fallu à l'époque renforcer l’hôpital de Bastia, garder la clinique sur la Plaine orientale et puis aussi se lancer dans les urgences à Ajaccio. Si j'avais écouté uniquement le ministère, jamais on ne l'aurait fait. Mais ça ne peut pas reposer seulement sur un ministre. Il faut aujourd'hui transférer davantage de responsabilités et de libertés aux autorités locales. C'est pour moi une évidence.

Beaucoup de candidats de droite se sont déjà déclarés pour les présidentielles. Avez-vous des alliés ici en Corse ?
Beaucoup de candidats, mais il n’y en aura pas tant que ça à la fin. J’ai bien sûr des alliés ici et c'est normal car je connais la Corse depuis 1977, quand je suis venu pour la première fois avec mes parents. On a fait le tour de l’île en 6 ou 7 années. Et puis ça fait maintenant 30 ans, je le dis, je l'assume, que je suis fou amoureux de la Balagne. J'aime les villages de Balagne, j'aime tout en Balagne. C'est mon point fixe. Je n'imagine pas passer une année sans venir. J'ai un besoin charnel de la Corse. J'ai un besoin charnel de la Méditerranée, de la Balagne.

Nous sommes dans un contexte difficile avec des guerres, une crise sociale. Et pourtant, vous portez haut une devise …
« Le pessimisme est une humeur et l'optimisme est une volonté » est une belle phrase du philosophe Alain. Si je ne pensais pas qu'il exite une voie de passage, une voie de redressement, parce que je vois bien les difficultés qui sont les nôtres, mais je vois aussi les atouts de la France. Honnêtement, s'il n'y avait pas une voie de passage, je ne serais pas candidat. Je ne suis pas candidat pour être candidat. Si je voulais juste exercer des responsabilités j'aurais dit oui à Mr Macron, voilà 10 ans. J'aurais certainement été ministre pendant toutes ces années. Ce n’est pas ça qui m'intéresse. Ce qui m'intéresse, c'est de faire les choses, de faire bouger les choses. Faire une France dont on est fier, une France qui soit forte et dans laquelle mes enfants puissent grandir en ayant envie justement d'y grandir et de réussir. C'est ça mon enjeu.

Après la séance de dédicaces de ce mercredi, vous organisez une réunion à Lumio ce jeudi soir...
A Lumio c'est toujours un peu particulier. C'est une réunion au cours de laquelle je teste des idées. C'est une réunion avec questions-réponses, pas un discours de 3 heures. Encore une fois je vais leur expliquer pourquoi, à mon sens, les gens qui disent que de toutes façons rien ne changera en 2027, que l'élection présidentielle ne changera rien, que ce soit les uns ou les autres que ce sera à peu près toujours pareil, et bien ces gens se trompent. Je vais leur montrer que le changement est possible. J'aurai bien sûr l'occasion de revenir en Corse d'ici l'élection présidentielle, au cœur de la campagne présidentielle. Mais à Lumio je vais expliquer pourquoi on n'est pas condamnés à l'immobilisme et que la politique ne doit pas oublier qu'il faut améliorer la vie des gens. C'est ça, la clé.