Corse Net Infos - Pure player corse

Municipales de Calvi : recours en justice, la question du corps électoral au cœur des débats


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Vendredi 20 Mars 2026 à 17:37

À peine quelques jours après le scrutin municipal, la tension ne retombe pas à Calvi. Ce vendredi matin, sur le parvis de la mairie, Jérôme Sévéon a tenu une conférence de presse pour annoncer un recours devant le tribunal administratif de Bastia, pointant des interrogations sur la sincérité du corps électoral.



Municipales de Calvi : recours en justice, la question du corps électoral au cœur des débats
Entouré d’une trentaine de personnes, le candidat malheureux a d’emblée posé le cadre. 
« L’objectif de cette conférence de presse est de proposer un éclairage démocratique sur le résultat et sur les perspectives à venir».
Le résultat du scrutin, lui, n’est pas contesté dans son principe. « Aujourd’hui, le résultat est clair […] nous ne sommes pas là pour remettre en cause le résultat de ce scrutin». 
Avec 2 136 voix pour Ange Santini contre 1 768 pour sa liste, soit un écart de 368 voix, Jérôme Sévéon reconnaît la victoire de son adversaire. Mais il insiste sur un point central. « Nous souhaitons porter toute notre attention sur la qualité du corps électoral […] sur les 4 900 électeurs inscrits. »
 
Le poids des procurations et des électeurs “introuvables
Au cœur de son argumentation, deux éléments majeurs. D’abord, le volume inédit de procurations.  « 865 procurations actives au jour du scrutin, dont 400 réalisées dans les quinze derniers jours […] c’est concrètement ça qui a fait la bascule de l’élection». 
Un phénomène qui, sans être illégal, interroge selon lui. « La loi est ainsi faite qu’une élection peut basculer sur la base de votes par procuration, mais cela suscite un sentiment moralement légitime d’injustice». 
Deuxième point soulevé, la fiabilité des listes électorales.
« Environ 2 000 plis que nous avons envoyés, un tiers nous sont revenus comme n’habitant pas à l’adresse indiquée». 
À cela s’ajoute un chiffre avancé comme déterminant. « 916 plis de propagande officielle n’ont pas trouvé de destinataires […] 916 électeurs dont on ne connaît plus la légitimité à apparaître sur le corps électoral». 
Pour Jérôme Sévéon, la question est directe. 
« Au regard de l’écart de 368 voix, on peut légitimement s’interroger sur la sincérité du scrutin. »
 
Un recours “par devoir de transparence”
Le candidat affirme avoir officiellement saisi la justice. « Nous avons déposé un recours auprès du tribunal administratif de Bastia sur la base de la défaillance de la tenue du corps électoral».
Il justifie cette démarche comme une responsabilité politique. « C’est notre devoir, notamment vis-à-vis des 1 768 électeurs qui nous ont fait confiance, de faire toute la transparence». 
Et insiste sur l’absence de volonté conflictuelle.
« En aucun cas il ne s’agit d’animer une rivalité […] au contraire, si tout est légitime, cela apaisera les tensions». 
Avant de conclure sur une ligne politique assumée.  « Le fondement même, c’est la transparence et la sincérité du corps électoral, qui feront la sincérité du scrutin municipal ».
 

Ange Santini dénonce une “mise en scène” et appelle à tourner la page

De son côté, le maire réélu Ange Santini se veut ferme, tout en reconnaissant le droit au recours.
« Le débat démocratique a eu lieu dimanche dernier […] sans aucune remarque sur les procès-verbaux».
Il rappelle une forte participation.
« 80 % de participation, c’est un sursaut démocratique qu’il faut saluer». 
S’il admet que « c’est le droit le plus absolu de porter une affaire en justice », il critique la forme choisie. « Ce recours accompagné d’une manifestation devant la mairie […] c’est une mise en scène». Et tranche sans détour. « Lorsqu’on perd une élection, il faut garder sa dignité
. »
 
Des arguments balayés sur le fond
Sur les procurations, Ange Santini conteste toute anomalie. « On n’a pas doublé les procurations depuis 2020 […] nous sommes passés de 691 à 865, ce qui est cohérent avec l’augmentation de la participation». 
Il insiste également sur leur encadrement. 
« Près de 500 procurations ont été établies via la gendarmerie de Calvi […] ce sont des démarches volontaires et encadrées».
 
Concernant les adresses erronées, il relativise fortement. 
« Cela ne veut absolument rien dire […] certains électeurs sont contribuables à Calvi et ont le droit de voter même sans y résider». 
Et met en garde contre les conclusions hâtives. 
« On jette le discrédit sur des électeurs sans savoir pour qui ils votent […] le vote est secret». 
 
Enfin, il souligne la régularité du processus en amont. « La commission électorale s’est réunie régulièrement […] aucune réserve n’a été émise par les représentants de l’opposition». 
 
 Une fracture politique en toile de fond
Au-delà du recours, le maire réélu déplore une contradiction dans le discours de ses opposants. 
« On parlait de réconciliation des Calvais […] aujourd’hui, on porte les germes de la désunion». Et conclut avec assurance. « Nous ne sommes pas inquiets de ce recours […] nous regardons l’avenir sereinement». 
 

Une affaire désormais entre les mains de la justice

Si les résultats ne sont pas officiellement contestés à ce stade, la bataille se déplace désormais sur le terrain juridique. Entre interrogation sur la sincérité du corps électoral et défense d’un scrutin jugé régulier, c’est désormais au tribunal administratif de Bastia qu’il reviendra de trancher.