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La Corse plaide à Bruxelles pour la survie de sa pêche artisanale


Patrice Paquier Lorenzi le Mercredi 28 Janvier 2026 à 16:27

Réunis à Bruxelles ce mardi 27 janvier, les représentants de l’Union des prud’homies de pêche de Méditerranée ont alerté la Commission européenne sur la situation critique de la pêche artisanale. Pour la Corse, où cette activité représente 98 % de la flotte, mais ne compte plus aujourd'hui qu’environ 150 pêcheurs contre près de 600 il y a quarante ans, l’enjeu est existentiel. La délégation insulaire, composée d’Éric Vilain, premier prud’homme de Balagne, et de Nathalie Paoli-Leca, cheffe du service Mer et Europe à l’Office de l’environnement de la Corse, a exposé ces difficultés au commissaire européen à la pêche et aux océans, Costas Kadis, plaidant pour une adaptation urgente de la Politique commune de la pêche aux réalités insulaires.



La délégation corse a été reçue par Costas Kadis, commissaire européen à la pêche et aux océans
La délégation corse a été reçue par Costas Kadis, commissaire européen à la pêche et aux océans
Ce mardi 27 janvier, l’Union des prud’homies de pêche de Méditerranée a été reçue par le commissaire européen à la pêche et aux océans, Costas Kadis, pour exposer les difficultés profondes que traverse la profession. Parmi elles, la situation corse apparaît comme un cas emblématique et alarmant. La délégation insulaire, composée d’Éric Vilain, premier prud’homme de Balagne, et de Nathalie Paoli-Leca, cheffe du service Mer et Europe à l’Office de l’environnement de la Corse, est venue mettre en exergue une spécificié corse : la pêche artisanale, « qui représente 98 % de l’activité halieutique sur l’île », ne compte plus aujourd’hui qu’environ 150 bateaux, contre près de 600 pêcheurs au début des années 1980. Une érosion continue qui menace l’équilibre économique, social et culturel du littoral corse.
 
En cause, selon les professionnels, une Politique commune de la pêche (PCP) pensée pour des modèles industriels largement dominants ailleurs en Europe. « Le règlement européen de 2012 est devenu obsolète pour nos réalités insulaires », plaide Nathalie Paoli-Leca. Les dispositifs d’aide à l’installation, financés par le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (EMFAF), excluent notamment les candidats de plus de 40 ans. « Nous avons dû refuser plusieurs dossiers de reconversion pour quelques années d’écart. C’est incompréhensible, alors que la filière manque cruellement de relève », déplore-t-elle.

« Il ne s’agit pas de pêcher davantage, mais de pêcher mieux »

Autre point de crispation : le vieillissement de la flotte. Les règles actuelles ne permettent de financer que l’achat de bateaux d’occasion, parfois âgés de plusieurs décennies. La délégation corse a demandé des dérogations pour l’acquisition de navires neufs et le renouvellement des moteurs, plus économes en énergie et moins polluants. « Il ne s’agit pas de pêcher davantage, mais de pêcher mieux », insiste la responsable du service Mer à l’OEC, rappelant que la durabilité environnementale passe aussi par la modernisation des outils de travail.

À ces contraintes structurelles s’ajoute l’insularité, qui pèse lourdement sur la commercialisation. Hors saison estivale, l’écoulement des produits devient problématique, faute d’un marché local suffisant. « Je ne compte plus les bateaux à vendre en Balagne », se désole Eric Vilain. « La moyenne d’âge des patrons pêcheurs est de 57 ans en France mais en Corse elle est encore plus élevée. Certains sont obligés de sortir les bateaux la saison car ils n'arrivent pas à vendre, pour éviter de perdre les licences, et essayent de se sortir un complément de revenu avec des retraites qui se montent souvent à moins de 800 euros par mois ». Le coût du transport vers le continent, peu compensé au retour, freine toute ambition d’exportation. Pour y répondre, l’Office de l’environnement de la Corse, par le biais de Guy Armanet, son président, envisage « la création d’une coopérative permettant de mutualiser les ventes et de sécuriser les revenus, notamment en période hivernale ».

Enfin, les pêcheurs corses dénoncent une surtransposition des normes européennes par la France, notamment en matière de sécurité maritime. L’obligation anticipée d’équipements coûteux, comme certaines balises, accentue encore la pression financière sur des entreprises déjà fragilisées. « Ce n’est pas complètement une politique européenne en la matière puisque certains pays prennent des libertés avec les réglementations. Il faut arrêter cette surenchère en matière d’équipement des bateaux qui plombent les finances des pêcheurs ». En portant leurs revendications au niveau européen, les représentants corses espèrent maintenant obtenir une révision de la PCP plus attentive aux spécificités des territoires insulaires. À défaut, préviennent-ils, « c’est tout un pan du patrimoine maritime méditerranéen qui risque de disparaître, à moyen terme ».