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Jean-Guy Talamoni : « Il faut passer d’un statut fiscal qui soutient la spéculation à un statut fiscal qui soutient les entreprises »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 20 Septembre 2018 à 18:50 | Modifié le Vendredi 21 Septembre 2018 - 10:24


Dans son allocution d’ouverture de la session de rentrée de l’Assemblée de Corse qui se tient les 20 et 21 septembre à Ajaccio, le président Jean-Guy Talamoni, est revenu dans son allocution d’ouverture sur divers dossiers concernant l’environnement, le social, l’éducation, l’emploi, la fiscalité ou la sécurité.


Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Crédit photo M.L.
Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Crédit photo M.L.
Voici son discours :
 
« Avant tout je voudrais que nous pensions à Pascal Pignatel, agent de notre collectivité, emporté trop tôt par la maladie. Jean-François Buresi, agent technique de la collectivité au collège Arthur Giovoni nous a quittés également. Nous pensons à eux et à leurs proches.
Je veux redire, et saluer, le soutien manifesté par tous les groupes de notre Assemblée au conseiller exécutif Lionel Mortini. J’ai lu de nombreux messages qui réchauffent le cœur face aux menaces indignes contre un homme, qu’il soit élu ou non.
 
Je veux profiter de l’occasion qui m’est donnée lors de cette rentrée de l’Assemblée de Corse pour faire un point sur plusieurs questions dont les Corses ont parlé durant l’été ou ces derniers jours. Je vous ferai part de ma position sur ces dossiers relatifs à l’environnement, le social, l’éducation, l’emploi, la fiscalité ou la sécurité. Concernant les déchets, la position de la majorité a été présentée lors des questions orales par le Conseil exécutif.
 
Le PADDUC
Sur la question très polémique des AOT (autorisations d’occupation temporaire du domaine public maritime), j’ai lu les courriers de l’Etat envoyés en pleine saison. Tous accusaient à tort le Padduc (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse) d’être la cause des refus d’AOT pour 2019. En vérité, l’Etat voulait justifier ses décisions négatives par le Padduc, lequel n’impose pas du tout ces décisions. Mais, il faut le dire, j’ai aussi entendu des Corses soucieux, qui craignaient que ce document d’urbanisme très important soit modifié.
Le Padduc est un document de paix et de défense. De régulation aussi, et de développement pour la Corse. Il a pour objectif de protéger à nouveau notre pays. Nous, nationalistes, qui avons connu le prix des sacrifices pour sa protection, nous ne pouvons pas désormais être accusés de vouloir bétonniser ou abandonner notre île à des activités de privatisation de nos lieux publics.
Si la politique touristique ne peut pas se développer seulement à partir de notre environnement, la nature corse en représente une part importante. Le Padduc, voté par cette Assemblée, ne s’oppose pas aux activités économiques liées au tourisme mais vise à les réguler. Le tourisme a besoin de règles pour prémunir la population de conséquences liées à la fréquentation des lieux, pour protéger aussi les professionnels de ceux qui veulent s’enrichir facilement en détruisant le bien commun. C’est en ce sens que j’ai déposé une motion pour la mise en œuvre de quotas pour gérer la fréquentation des espaces touristiques. On comprend alors que le Padduc n’est pas une stratégie de guerre contre tel ou tel secteur d’activité. C’est un plan collectif, national, pour le développement durable de notre peuple. Consciente du problème économique posé par les refus d’AOT par l’Etat pour 2019, notre Assemblée a immédiatement voté, en juillet dernier, la création d’un espace pour en discuter. Cette instance se réunira dans les jours à venir afin de trouver une voie pour maintenir le libre accès à la mer ou à la montagne tout comme les activités économiques qui font vivre de nombreuses familles corses. Maintenant que les règles du Padduc sont clarifiées, il faudra les appliquer peu à peu. Les besoins d’adaptation étaient prévus à l’origine. Les maires peuvent toujours demander, jusqu’à la fin du mois d’octobre, la concession du domaine public maritime. Quant à la qualification des plages, ils peuvent la revoir, à condition qu’ils possèdent un document d’urbanisme. Le Padduc a prévu l’ensemble de ces dispositions pour concilier les politiques économiques et les politiques environnementales. Il va nous falloir, dans les semaines à venir, proposer des solutions à l’ensemble des acteurs, entreprises, maires, associations, qui attendent de nous une position claire sur ces questions anciennes sur lesquelles, certaines fois, l’Etat lui-même s’est brûlé les doigts.
 
Un statut fiscal pour la spéculation ?
Dans le domaine de la fiscalité, l’annonce du Premier ministre en juillet dernier d’ouvrir une réflexion sur un statut fiscal et social pour la Corse demeure dans l’attente d’une ébauche. Le gouvernement n’a pas donné le moindre début de réponse à notre proposition de statut fiscal et social et le maintien de mesures fiscales spécifiques à la Corse profite surtout aux étrangers qui achètent ici des maisons financées par l’argent public grâce au détournement du crédit d’impôt corse. Au-delà des contrôles par l’administration des finances publiques, cette mesure doit disparaître de la prochaine loi de finances afin de concentrer le crédit d’impôt sur l’aide aux entreprises, les vraies, celles qui créent de l’emploi et de la valeur en Corse. Il nous faut changer les règles pour passer d’un statut fiscal qui soutient la spéculation à un statut fiscal qui soutienne les entreprises, le travail et les initiatives des Corses. Malgré les signes d’abandon de la réforme constitutionnelle, j’écrirai un courrier en ce sens au Premier ministre.
 
L’emploi et le social
Souvent, nous sommes contactés par les syndicats inquiets des nombreux transferts d’activité de la Corse vers le continent. Au-delà de la baisse de la qualité du service public pour les Corses, la baisse du nombre d’emplois publics sur l’île, transférés sur le continent, ne me paraît pas être une solution acceptable pour nos jeunes. S’il s’agit d’une conséquence du développement de l’intelligence artificielle ou de la robotisation, je comprends l’évolution des emplois. Ce sont des questions sur lesquelles nous travaillons déjà et qui seront au cœur du séminaire que j’organiserai le 12 octobre au Palais des congrès d’Aiacciu. La modernisation est une chose. Le transfert systématique de l’activité administrative sur le continent en est une autre. L’Etat cherche ainsi à accroître notre dépendance face à des agents et des services étrangers. Nous voulons un autre service public pour la Corse, proche de nous et moderne. C’est en ce sens que je vous présenterai une motion de soutien au personnel des CPAM de Corse.
 
Langue et éducation
Dans le même sens, le départ systématique des jeunes professeurs bilingues revient à chaque rentrée. Pourtant, la Corse n’a jamais eu autant de postes libres occupés par des professeurs vacataires ou contractuels. Qui, dans cette Assemblée, pourrait accepter que nos enfants soient pris en charge par des professeurs, certes volontaires et soucieux de bien faire, mais pas suffisamment formés ? Tous le reconnaissent lorsqu’ils sont face aux élèves. Cette légèreté de l’Etat vis-à-vis de notre jeunesse, nous ne la partageons pas. A travers une motion, je vous proposerai aussi de demander à l’Etat de revenir sur sa position de fermeture quant à l’agrégation de corse. Ouvrir un concours pour le fermer l’année suivante, après un seul recrutement, c’est du jamais vu ! L’enseignement du corse a besoin d’un cadre précis, stabilisé à travers les conventions entre l’Etat et la Corse que nous voulons améliorer. Il a besoin aussi de confiance, de transparence. Le vote de notre motion réaffirmera que nous voulons un échange franc et clair avec l’Etat qui, depuis plusieurs années déjà ne respecte plus ni l’esprit ni la lettre du statut de la Corse sur l’éducation. Cette légèreté face à nos institutions, nous ne la partageons pas non plus. Il nous faut, au contraire, et c’est notre devoir, faire respecter les droits des Corses.
 
Société et sécurité
Il est aussi de notre devoir de maintenir la force de notre lien social. Les liens communautaires, villageois ou autre ont aidé nos anciens quand ils étaient dans la tourmente. Aujourd’hui ce lien s’effiloche. En quelques jours, les violences ou menaces contre des personnes, médecins, femmes, pompiers ou professeurs ont augmenté. Nous l’avons vu ces derniers jours à Bastia, Muriani, Bunifaziu, Aiacciu, Fuzzà ou en Balagna...
Il me semble primordial de protéger notre société contre ces évolutions observées ailleurs par un travail important en faveur du lien social, de la langue, de la culture, du respect et de l’inclusion de tous. La Corse doit demeurer un pays où l’on peut sortir dans la rue à n’importe quelle heure du jour et de la nuit sans risque, où l’on peut aller travailler sans peur. Je veux assurer toutes les personnes touchées par ces violences de notre entier soutien.
 
Toujours dans le domaine de la sécurité et des compétences de l’Etat en Corse, il me paraît intéressant de demander à la Préfète de Corse de venir dans cet hémicycle afin de présenter un compte-rendu de l’action de ses services. Sur ce point, je recueillerai l’avis des présidents de groupe et du Président du Conseil exécutif avant de prendre ma décision. Notre Assemblée étant la seule institution élue représentative de la Corse, il me semble important de mener cet échange public afin d’obtenir des réponses sur de nombreux enjeux, maîtrisés actuellement par l’Etat et que nous voulons, demain, maîtriser directement.
 
La liste des questions majeures posées par les Corses à notre Assemblée serait longue. Nous les connaissons tous. Je pense que nous serons en mesure d’y répondre. C’est notre devoir.
Il est temps de débuter la séance. Je vous souhaite une bonne rentrée, à toutes et à tous ! »
 
 



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