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Éric Coquerel en Corse : entre implantation de LFI et bataille autour de l’autonomie


Jeanne Soury le Samedi 23 Mai 2026 à 11:02

En déplacement durant deux jours en Corse, vendredi à Ajaccio puis ce samedi à Bastia, le député insoumis et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale est venu défendre à la fois la stratégie politique de La France Insoumise sur l’île et la position de son groupe sur le futur texte constitutionnel relatif à l’autonomie.



À quelques jours de l’examen du projet de réforme constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse, Éric Coquerel était en déplacement durant deux jours sur l’île. Après une étape à Ajaccio vendredi, le député poursuivait aujourd’hui sa visite à Bastia. Au programme d’hier : une réunion publique consacrée à la crise économique, mais aussi plusieurs rencontres politiques et institutionnelles, notamment avec Gilles Giovannangeli et Paul-Félix Benedetti.

Le député de Seine-Saint-Denis explique être venu dans l’île à plusieurs titres : comme référent de La France insoumise pour la Corse, comme président de la commission des finances de l’Assemblée nationale et comme futur chef de file du groupe insoumis lors des débats parlementaires autour du projet de réforme constitutionnelle sur l’autonomie. « Je m’occupe de la Corse depuis plusieurs années », rappelle-t-il, évoquant également sa rencontre avec Gilles Giovannangeli autour des questions budgétaires et économiques de l’île.

Interrogé sur la place de La France Insoumise dans le paysage politique corse, Éric Coquerel rejette l’idée d’un mouvement marginal sur l’île. « Je pense qu’on exagère quand on dit que nous sommes quasiment inexistants », affirme-t-il, rappelant que Jean-Luc Mélenchon avait obtenu en 2022 « le meilleur score de la gauche » en Corse avec 13,5 % des voix.

Le député reconnaît toutefois une réalité politique propre à l’île : l’importance des mouvements nationalistes et autonomistes dans l’électorat de gauche. « Il y a ici tout un électorat, y compris des forces militantes, qui s’engagent derrière les forces nationalistes de gauche plutôt que derrière LFI », analyse-t-il. « Les forces autonomistes ou indépendantistes sont majoritaires en Corse, et cela explique cette différenciation avec le continent. »

Des alliances « envisageables » pour les territoriales

À l’approche des prochaines élections territoriales, La France insoumise n’écarte pas l’idée d’alliances avec certaines forces nationalistes corses. Mais pour Éric Coquerel, ces rapprochements devront reposer avant tout sur un accord politique et programmatique. « Chez nous, ce sont toujours les programmes qui dictent les alliances », rappelle-t-il.

Le député explique que son mouvement travaille actuellement à une plateforme politique locale. « Tout est envisageable à partir du moment où cela repose sur un programme de progrès social et écologique », affirme-t-il. Une façon de lier directement le débat institutionnel aux enjeux sociaux et économiques de l’île. « Si l’autonomie avance, il faudra aussi définir ce qu’on met dedans. Pour nous, elle doit nécessairement s’accompagner de progrès sociaux et écologiques », ajoute-t-il.

Une autonomie soutenue, mais un texte à corriger

Sur le fond du dossier institutionnel, Éric Coquerel confirme le soutien de La France insoumise au processus d’autonomie engagé depuis plusieurs années. « Élection après élection, une majorité de Corses s’est prononcée en faveur de l’autonomie. Comme nous sommes attachés à la souveraineté populaire, il fallait en tenir compte », explique-t-il.

Le député parle même d’un possible « compromis historique », fondé sur « une forte autonomie au sein de la République française ». Pour autant, le texte transmis au Parlement ne convainc pas totalement les Insoumis. Le groupe parlementaire entend modifier plusieurs dispositions du texte lors des débats à l’Assemblée nationale. « On va aborder cela dans une logique d’amendement, mais avec la volonté d’aboutir », affirme-t-il.

Parmi les principaux points que LFI souhaite modifier figure d’abord l’introduction d’une « clause de non-régression sociale et écologique ». « Il faut être sûr que l’autonomie débouche sur du progrès et non sur une régression », insiste Éric Coquerel.

Le député veut éviter qu’une future autonomie puisse permettre un « détricotage » des protections sociales ou environnementales existantes. « Nous ne voulons pas d’une autonomie qui casse le modèle social de la République », résume-t-il.

Les lignes rouges de La France insoumise

Autre sujet sensible : certaines formulations autour de la notion de peuple corse et du « lien singulier avec la terre ». Pour le député insoumis, ces éléments pourraient introduire une forme de « citoyenneté ethnique », incompatible selon lui avec les principes républicains. « La citoyenneté doit rester politique et non ethnique », prévient-il.

Éric Coquerel précise toutefois que ces discussions se déroulent dans un climat constructif avec les élus nationalistes corses. Il assure notamment que Gilles Giovannangeli comme Paul-Félix Benedetti se montrent ouverts à ces échanges.

Malgré ces réserves, le député estime que le texte conserve une chance d’aboutir au Parlement. « Nous allons aborder ce débat de manière positive », assure-t-il. Il regrette néanmoins le retard pris par le gouvernement dans la conduite du dossier. « Le gouvernement a beaucoup tardé et nous nous retrouvons aujourd’hui avec un calendrier extrêmement contraint », observe-t-il.

Malgré ces obstacles, Éric Coquerel veut croire à une issue favorable. « J’espère que nous réussirons à faire aboutir ce compromis historique », conclut-il.