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En Corse, la transhumance s’invite dans l’art contemporain


Léana Serve le Samedi 15 Août 2026 à 18:17

À Arghjusta è Muricciu, le projet de réhabilitation des estives de Pian di Selva se raconte aussi à travers l’art contemporain. L’exposition itinérante Tramudà, née de la rencontre entre un artiste sarde et le maire de la commune, réunit trois artistes autour du pastoralisme et de la transhumance et doit désormais voyager à travers la Corse.



En Corse, la transhumance se raconte aussi par l’art contemporain. Alors qu’une campagne de collecte de dons destinée à accompagner la deuxième phase d’un vaste projet de réhabilitation des estives de Pian di Selva sur la commune d’Arghjusta è Muricciu vient d’être lancée en collaboration avec la Fondation du patrimoine, le maire a choisi de s’appuyer sur une exposition itinérante pour mettre en lumière le projet et le pastoralisme à travers la Corse. Intitulée Tramudà, elle réunit les œuvres des artistes corses Ange Félix et Yann Castlan et de l’artiste sarde Giovanni Paddeu. À l’origine de cette exposition : une installation imaginée par Giovanni Paddeu à partir de son rapport aux paysages pastoraux de Mamoiada, en Sardaigne. « J’ai eu comme une vision. J’ai vu l’œuvre en une seconde », raconte-t-il. L’image lui est alors restée en tête pendant près de trois ans, avant qu’il ne commence à la matérialiser. « C’était un projet qui nécessitait des mois de travail. »
 

Il se met alors au travail, mais les premières versions ne correspondent pas à l’image qu’il avait en tête. « J’ai créé la première œuvre, mais ce n’était pas encore ce que j’avais imaginé. J’en ai créé une seconde, mais elle était encore plus loin de ce que j’avais en tête. J’ai continué à travailler, et à la cinquième, j’ai dit : voilà, c’est elle. C’est la bonne. » Aujourd’hui, l’installation se compose de douze sculptures géométriques en acier corten. Un matériau dont l’oxydation naturelle « dialogue avec les couleurs brunes de la terre, changeant avec le temps, la lumière et les saisons », en écho aux paysages pastoraux qui ont inspiré l’artiste.
 

De Mamoiada à la Corse
 

Lors de la présentation de l’exposition à Mamoiada, Giovanni Paddeu fait la rencontre de Paul-Joseph Caitucoli, maire d’Arghjusta è Muricciu. Invité à intervenir sur le pastoralisme et la transhumance, l’élu découvre alors l’installation et y voit immédiatement un écho au projet de restauration des estives de Pian di Selva. « J’ai tout de suite vu que cette œuvre pouvait aider à faire reconnaître le pastoralisme et la transhumance et à faire prendre conscience à un niveau européen que le pastoralisme et la transhumance, reconnue au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, inspiraient jusqu'à l’art moderne », explique-t-il.
 

De cette rencontre naît alors l’idée de faire voyager l’exposition en Corse, pour mieux faire connaître le projet de restauration des anciennes bergeries. « Si on perd le pastoralisme, on perd tout : l’artisanat, la culture… Je me suis dit qu’il fallait que ça vienne soutenir le projet et le mettre en lumière, tout en créant un pont et un lien en associant deux artistes corses. » La première étape de l’exposition se tient jusqu’au 31 août sur le site préhistorique de Filitosa, avant que Tramudà ne poursuive son itinérance à travers la Corse dans les prochains mois. Plusieurs rendez-vous sont notamment prévus à Ajaccio et Bastelicaccia, avec l’ambition de faire voyager l’exposition au-delà de l’île par la suite. « On aura certainement Marseille et Paris avec d'autres adresses. Cette exposition a des ambitions nationales et même européennes », conclut Paul-Joseph Caitucoli.