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Entre la Corse et le Japon, des savoir-faire autour de la châtaigne à partager


Jeanne Soury le Lundi 26 Octobre 2026 à 17:23

Une délégation japonaise d’une dizaine de personnes est en Corse jusqu’au 30 octobre pour approfondir les échanges autour de la châtaigne. Née à la foire de Bocognano, cette coopération pourrait bientôt se traduire par de premières exportations de farine corse. Mais elle porte aussi un enjeu plus large : redonner à cette production insulaire toute sa valeur en croisant les regards et les savoir-faire.



Une délégation japonaise d’une dizaine de personnes est en Corse jusqu’au 30 octobre pour approfondir les échanges autour de la châtaigne (©Paule Santoni)
Une délégation japonaise d’une dizaine de personnes est en Corse jusqu’au 30 octobre pour approfondir les échanges autour de la châtaigne (©Paule Santoni)
Ils sont venus découvrir la châtaigne corse. Ils pourraient repartir avec des idées de recettes et les premières pistes d’une collaboration commerciale. Ce lundi 26 octobre, à l’École hôtelière méditerranéenne d’Ajaccio, une délégation japonaise est venue poursuivre une histoire nouée autour d’un produit commun aux deux territoires.

Tout commence il y a deux ans, à A Fiera di a Castagna de Bocognano. Par l’intermédiaire de Laure de Crépy, ambassadrice de la Corse au Japon, les deux cultures se découvrent. « On a découvert, à notre grande surprise, que le Japon était un gros producteur de châtaignes, et eux ont découvert notre farine », raconte Alexandre Filippi, président du foyer rural U Castagnu et de la foire. En effet, le Japon produit près de 16000 tonnes de châtaignes par an. Depuis, les échanges se sont poursuivis, notamment avec la présentation de farine corse lors de l’Exposition universelle d’Osaka.

Pour les visiteurs japonais, la farine de châtaigne constitue une véritable nouveauté. Au Japon, le fruit se consomme notamment avec le riz, dans des préparations salées comme sucrées, mais son utilisation sous forme de farine est peu répandue. Naoya Terashima, chef pâtissier au sein de la délégation, entend bien expérimenter ce nouvel ingrédient. « J’ai découvert la technique l’année dernière et je pense faire des cookies avec de la farine de châtaigne dans un avenir très proche », explique-t-il, à-travers une traduction assurée par Laure de Crépy. 
 

Laure de Crépy (ici à gauche) assure les liens entre le Corse et le Japon
Laure de Crépy (ici à gauche) assure les liens entre le Corse et le Japon
Une perspective qui pourrait donner une première action concrète à cette coopération. « Ce qui nous intéresse, c’est de créer une petite exportation, avec toutes les contraintes que cela suppose. Je pense que cela peut se concrétiser cette année, en petite quantité », indique Alexandre Filippi. La récolte corse, affectée par les aléas climatiques, pourrait toutefois limiter les volumes disponibles.

Pour Junya Mamiya, directeur exécutif de Shunkado et secrétaire général de l’association japonaise de la châtaigne, l’enjeu dépasse les seules considérations commerciales. « La châtaigne est un produit très important, un symbole pour les Corses comme pour les Japonais. Dans un premier temps, nous voulons créer un lien d’amitié entre la Corse et le Japon. Ensuite, il y aura sûrement des retombées économiques », explique-t-il. 

Un regard extérieur pour redonner de la valeur à la châtaigne corse

Ces échanges peuvent aussi bénéficier à la filière insulaire. Les acteurs corses souhaitent découvrir les techniques japonaises de conditionnement et de marketing, tandis que les pâtissiers japonais s’intéressent aux particularités de la farine corse. Deux approches qui pourraient s’enrichir mutuellement.

Pour Vannina Bernard-Leoni, membre des Custodi di u castagnetu, qui participent à l’organisation de cette coopération, cette rencontre est aussi l’occasion de changer le regard porté sur la châtaigne en Corse. « Il y a des Japonais qui viennent de l’autre bout du monde pour considérer notre petit trésor. Peut-être que nous aussi, nous devrions nous en préoccuper un peu plus », souligne-t-elle.

La matinée a également été marquée par des dégustations de thé japonais
La matinée a également été marquée par des dégustations de thé japonais
La châtaigne reste parfois associée à une économie ancienne, à une tradition que l’on entretient davantage par attachement au patrimoine que par conviction de son potentiel. Pourtant, insiste-t-elle, « ce n’est pas un fruit du passé, c’est un fruit d’avenir », tant par ses qualités gustatives que par ses dimensions écologique et économique.

Alexandre Filippi partage cette volonté de donner de nouvelles perspectives aux producteurs, notamment aux plus jeunes : « Si on peut aider les jeunes à avoir une vision un peu plus large des débouchés possibles autour de la châtaigne, c’est tout l’intérêt de ces relations avec le Japon et avec d’autres pays. » L’objectif est aussi de créer des passerelles avec d’autres territoires producteurs, comme l’Italie et la Sardaigne.

Après Ajaccio, la délégation doit poursuivre son séjour à Bocognano, à l’Université de Corse, à Bastia et en Castagniccia. Une nouvelle visite de représentants corses au Japon est envisagée en 2027.