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Centuri : La maison du maire mitraillée, un drame évité de peu dans une commune sous haute tension !


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 11 Septembre 2017 à 20:54 | Modifié le Mardi 12 Septembre 2017 - 00:37


La façade de la maison du maire de Centuri, David Brugioni, a été mitraillée dans la nuit de dimanche à lundi. Une douzaine de balles de chevrotine a été tirée, dont trois à moins d’un mètre de la fenêtre de la chambre de ses filles. Le maire a porté plainte. Cet incident n’est que le dernier d’une longue série et d’un climat de tension qui s’envenime depuis plus de trois ans à Centuri.


La maison du maire, David Brugioni, à Centuri, mitraillée par une rafale de chevrotines.
La maison du maire, David Brugioni, à Centuri, mitraillée par une rafale de chevrotines.
C’est vers une heure du matin dans la nuit de dimanche à lundi que le maire, David Brugioni, et son épouse sont réveillés par un fort bruit de déflagrations. « Nous sommes, la nuit, habitués à être réveillés en sursaut par des tirs parce que ma maison est située en bordure du maquis où ont lieu, régulièrement, des actes de braconnage. Sur le moment, nous nous sommes simplement dit qu’on avait tiré à proximité. Jamais je n’aurais imaginé que quelqu’un tirait sur la maison ! », explique David Brugioni. Le matin suivant, il visionne, comme à son habitude, la bande de vidéosurveillance des poubelles, notamment celles près de sa maison située sur la route du port. Quelle n’est pas sa surprise d’y voir apparaître « un homme avec une casquette et le visage dissimulé. Il a à la main une canne à pêche et un sac plastique qu’il pose devant la caméra pour la neutraliser » ! La scène alerte David Brugioni qui entreprend un tour d’inspection du quartier et découvre des impacts de balles sur la façade de sa maison.

Trois impacts de balle à un mètre de la fenêtre de la chambre où dormaient les deux filles du maire.
Trois impacts de balle à un mètre de la fenêtre de la chambre où dormaient les deux filles du maire.
A moins d’un mètre !
Prévenus, les gendarmes de Luri procèdent aux premières investigations et saisissent la bande de vidéosurveillance. Ils sont épaulés par des techniciens en identification criminelle chargés de retrouver le ou les auteurs des tirs. Les enquêteurs relèvent une douzaine d’impacts entre la barrière en fer de la terrasse de la maison, le pilier et l’un des murs extérieurs. Ce qui correspondrait, selon les premiers éléments, à un tir de chevrotines. « Les plombs ont été tirées à moins d’un mètre de la fenêtre de la chambre où dorment mes filles. La fenêtre est constituée d’une simple vitre sans volet derrière laquelle se trouve un des lits. D’autres ont ricoché sur la barrière. Les tirs auraient pu atteindre mes enfants, ma femme ou moi-même. On a évité un drame ! », estime David Brugioni qui a déposé plainte. Il a été entendu dans l’après-midi.
 
Un climat malsain
Même si aucune inscription, ni revendication, n’a été relevée sur les lieux, l’acte ne surprend pas vraiment le 1er édile de cette commune de 200 habitants, à l’extrême pointe du Cap Corse, qui est la proie d’une tension grandissante depuis les dernières élections municipales. « Nous avons déjà fait remonter auprès des autorités judiciaires le climat malsain, délétère, qui règne dans la commune, les pressions dont nous sommes l’objet, et nos craintes devant les actes de violence qui montent crescendo. Nous avons envoyé, en ce sens, un courrier au nouveau procureur de Bastia, dès le lendemain de son installation début septembre. Nous constatons, avec impuissance, que la violence est passée à un stade supérieur. On tire sur la façade d’une maison au risque de toucher des enfants. On vise le maire. On a dépassé les bornes ! », poursuit David Brugioni. La tension est montée d’un cran depuis un mois : les cordages du bateau du plus vieux marin du village, qui est aussi l’oncle du maire, ont été coupés, la piscine du président de l’association des plaisanciers a été remplie de goudron, l’épouse du maire a été publiquement insultée… La volonté du Conseil municipal de remettre de l’ordre et de la légalité dans la gestion municipale du port, notamment dans l’attribution des anneaux de plaisance et dans l’occupation du domaine public, n’est visiblement pas du goût de tout le monde !

Impacts de balles sur la façade et la rembarde en fer.
Impacts de balles sur la façade et la rembarde en fer.
Des infractions graves
Mais, pour David Brugioni, tout est lié. « Depuis notre accession à la mairie, nous avons découvert toutes sortes d’infractions graves que nous avons dénoncées au Parquet de Bastia. Nous avons constitué un très gros dossier et porté plainte. Le fait de dénoncer publiquement ce système clientéliste, c’est sûr que ça dérange ! Nous ne comprenons pas pourquoi le Parquet n’a pas poursuivi sur tout. Est-on sous les lois de la République à Centuri ? Cette impunité, ce lascia corre au niveau du Parquet fait qu’aujourd’hui certains s’imaginent qu’ils sont au-dessus des lois. Ils font ce qu’ils veulent, s’octroient des droits au mépris de la loi et en toute impunité. Que vont-ils faire demain ? », s’interroge-t-il.
Ces plaintes ont débouché sur un procès qui s’est tenu en février dernier et où l’ancienne municipalité a été condamnée pour « favoritisme, détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts » dans une affaire de marchés publics. D’autres plaintes sont en cours. « On veut nous intimider et nous faire lâcher prise, mais ça fait l’effet inverse ! Je vais expressément demander au Préfet et au procureur de s’intéresser vraiment à la commune », conclut-il.
Le maire de Centuri a reçu de nombreux soutiens en direct et sur les réseaux sociaux, notamment de tous les maires du Cap Corse, mais aussi de la Conca d'Oru, de Linguizetta, du président de l’Exécutif territorial, Gilles Simeoni, du conseiller exécutif et leader du PNC, Jean-Christophe Angelini, du Rinnovu, et d’associations comme U Levante…
Les médias nationaux se sont emparés de l’histoire. Une manifestation de soutien est prévue pour le weekend prochain. Affaire à suivre…
 
N.M.
 

Communiqué de soutien du président de l'Exécutif territorial, Gilles Simeoni :
"La maison familiale de David Brugioni, Maire de Centuri et vice-Président du Parc Naturel Marin du Cap Corse, a fait l'objet dans la nuit de dimanche à lundi d'un tir de chevrotine. Cet acte, qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques, est aussi incompréhensible qu'inacceptable. J'assure David Brugioni et sa famille de mon soutien dans cette épreuve".

Sur twitter, Jean-Christophe Angelini :
"Soutien inconditionnel à David Brugioni face à la lâcheté et à la violence #Centuri "

Communiqué d'U Rinnovu :
"Rinnovu apporte son soutien à David Brugioni, maire de Centuri, suite au mitraillage de sa maison familiale cette nuit. De tels comportements de banditisme, qui se sont développés depuis des décennies avec la complicité de l'Etat, sont à proscrire de la société de demain que le peuple corse veut construire".




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