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Canicule : Le spectre de 2003


Rédigé par Jacques RENUCCI le Jeudi 2 Août 2018 à 18:37 | Modifié le Jeudi 2 Août 2018 - 19:08


Les 15 000 morts de cet été tragique pèsent dans le dispositif d'envergure mis en place à l'occasion des pics de chaleur


:Le plan canicule, qui touche progressivement l'ensemble du territoire national, se déploie de façon rassurante dans toutes les directions, de la prévention à l'assistance, du conseil à l'intervention directe. Le pays veut éviter que se reproduise un cauchemar : la sécheresse de 2003 et ses conséquences encore dans les mémoires : 15 000 morts de plus que le nombre de décès moyen attendu.

C'est à cette période que la société a compris que la chaleur pouvait être meurtrière ; elle a compris aussi qu'elle n'avait pas les outils adaptés pour y faire face. Les épisodes caniculaires précédents (42 000 morts pour 40 millions d'habitants à l'été 1911 par exemple) n'avaient pas débouché sur cette lucidité. En 2003, on s'est trouvé face à des carences flagrantes dans la gestion du phénomène, au niveau de l’État mais aussi du corps social.

 

35 degrés neuf jours de suite

Du point de vue physiologique, l'organisme est est fait en principe pour s'adapter (dans des limites supportables) à des variations de température considérables. Mais cela n'est pas le lot de tous : les plus fragiles – enfants, malades, personnes âgées – subissent de plein fouet les « à-coups thermiques », les poussées de chaleur et la déshydratation.

Cette année-là, les températures ont commencé à monter fin juin et sont restées élevées jusqu'au début septembre, avec un pic la première quinzaine d'août : 35 degrés de moyenne pendant neuf jours consécutifs, du 4 au 12 août – pic accompagné d'une vague de surmortalité impressionnante, surtout en région parisienne et dans le centre de la France. Si l'on prend en compte la moyenne journalière des décès, août est en principe l'un des mois les moins meurtriers de l'année. Cette statistique a été inversée, passant le 11 août à Paris de 38 morts au quotidien à 790...

Lorsque la canicule s'installe, les médias, les institutions et les services sociaux sont pris au dépourvu. Ils ne mesurent pas la réalité. La première semaine d'août, la presse s'intéresse aux agriculteurs victimes de la sécheresse, aux incendies dans le Sud, aux vacanciers qui apprécient le soleil sur les plages. Pourtant, le 6 août, 1700 personnes sont déjà mortes de la canicule. La prise de conscience commence le 7 août : la température est insupportable, et les services funéraires sont les premiers à tirer la sonnette d'alarme. Les funérariums et les chambres mortuaires des hôpitaux sont archicomplets. En même temps, les pompiers font état d'un surcroît d'activité, les appels de détresse se multipliant. Le 10 août, Patrick Pelloux, président de l'association des médecins urgentistes, s'indigne de la passivité générale. Sur tout le territoire, on dénombre 6 500 morts, dont 1350 en Île-de-France.

 

« Dégradation du lien social »

Ce n'est qu'à partir du 13 août que l'ensemble des médias titre enfin sur les effets dramatiques de la canicule. L'affaire prend une dimension politique et la polémique s'installe, avec en particulier la démission du directeur général de la Santé. A la dénonciation de l'impuissance et de l'imprévoyance des autorités s'ajoute au niveau des citoyens celle de l'égoïsme, de l’individualisme, de l'indifférence qui laissent les personnes âgées livrées à elles-mêmes – et pour finir à l'indignité d'une aventure macabre : le 15 août,on crée à Rungis une morgue réfrigérée de 700 places, et on réquisitionne les camions frigorifiques des bouchers pour stocker les cadavres...

On s'habitue à tout, même à la litanie inflationniste des décès. Mais ce que la presse retient à la fin de l'épisode , c'est la nécessité du devoir de solidarité, une solidarité dont l'absence tout au long de la canicule scandalise. Le Président de la République, Jacques Chirac, déplore « la dégradation du lien social, notamment envers les personnes âgées ». Ses appels à la responsabilité trouvent un triste démenti : plusieurs morts ne sont réclamés par personne. La presse publie leurs noms pour prévenir les familles. En vain. Le Président et le maire de Paris assistent aux obsèques des 58 victimes laissées à leur ultime solitude. Ces 'non-réclamés' pèsent encore dans le discours actuel, avec sa dimension de sollicitude et d'entraide. En somme, le plan anti-canicule d'aujourd'hui propose ce qui aurait dû être fait en 2003, comme si l'on voulait, autant que tirer les enseignements d'une conjoncture tragique, exorciser une lancinante culpabilité collective.

 





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