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Autonomie de la Corse : Coup de théâtre au Sénat, les Nationalistes quittent le processus de Beauvau


Nicole Mari le Lundi 26 Octobre 2026 à 23:30

En plein débat sur les amendements du projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République, les Nationalistes ont annoncé, par la voix du sénateur Paulu-Santu Parigi, qu’ils quittaient le processus de Beauvau. La colère a éclaté avec le vote de l’amendement de la rapporteur Jourda qui supprime la notion de communauté et une majorité de droite qui détricote sans façons le texte voté le 23 juin dernier à l’Assemblée nationale. Le débat a continué dans l’hémicycle. Réactions du sénateur Parigi et de Gilles Simeoni.



Paulu Santu Parigi, sénateur nationaliste de Haute-Corse, annonce son retrait du processus de Beauvau.
Paulu Santu Parigi, sénateur nationaliste de Haute-Corse, annonce son retrait du processus de Beauvau.
La colère couvait, elle a éclaté après l’adoption de l’amendement de la rapporteur et présidente de la Commission des lois, Muriel Jourda, supprimant la notion de communauté. A la reprise des débats à 22 heures, le ton et la mine graves, le sénateur Paulu-Santu Parigi a annoncé dans l’hémicycle du Sénat que les Nationalistes quittaient le processus de Beauvau. « Je prends la parole au nom des 80% des grands électeurs qui m’ont fait confiance lors du scrutin du 27 septembre dernier. Je prends la parole au nom de la majorité territoriale de Corse à laquelle j’appartiens. Je prends la parole au nom des nationalistes, autonomistes et indépendantistes, qui ont participé de façon loyale depuis mars 2022 au processus de Beauvau. Nous sommes venus ici, porteurs d’une légitimité historique et démocratique, adossés à un accord politique patiemment élaboré grâce aux concessions que nous avons librement consenties avec la volonté d’inscrire irréversiblement la Corse dans une trajectoire de paix, de développement et d’émancipation. Cet accord politique, construit au terme d’un processus profondément démocratique, a été validé par la majorité des élus de la Corse. Il s’est traduit dans un projet d’écritures constitutionnelles que l’Assemblée nationale a choisi de préserver dans ses éléments substantiels : la reconnaissance d’une communauté historique et culturelle vivante et un véritable pouvoir législatif, critère décisif de l’autonomie permettant notamment aux Corses de construire un statut de résident, un statut fiscal et un statut pour leur langue. Une majorité archaïque a choisi ce soir de détruire un accord politique qui était patiemment construit et porteur d’espoir. Nous prenons acte de ce choix qui porte atteinte à la volonté majoritaire des Corses, mais personne ne nous privera de notre dignité, personne ne nous obligera à renoncer à ce que nous sommes, un peuple, debout et vivant, et à ce que nous voulons construire, une société corse démocratique et émancipée. Dans ces conditions, nous nous retirons du processus de Beauvau ». Sur ces mots, le sénateur de Haute-Corse quitte l’hémicycle, et les nationalistes, les galeries réservées au public.
 
Le refus de l’humiliation
Dans les couloirs du sénat, le sénateur Parigi explique cette décision, pour le moins inattendue, à ce stade du vote des amendements et avant les amendements portant sur l’octroi ou non à la Corse du pouvoir législatif. « Depuis le début de l’examen de ce projet de loi sur la Corse, c’est une humiliation permanente. Une minorité, les LR qui représentent 4,7% des suffrages des Français, est en train de faire une tambouille sur la Corse qui ressemble plus à une vengeance politique qu’à des positions sur une proposition de loi. Cela fait une semaine qu’ici au Sénat, on voit des constitutionnalistes essayer de retourner des sénateurs, des manières de faire qui ne sont pas tout à fait démocratiques. On ne peut pas continuer comme ça à se faire humilier. En ce qui me concerne, j’ai décidé de sortir de ce processus ». Pour les Nationalistes, la suppression de la notion de communauté, qu’il savait compliquée à accepter à Paris, est une ligne rouge. « Sans communauté corse, il n’y a plus rien. C’était pour nous un terme consensuel. On ne peut pas accepter ça ou alors on se renie. On part sur un statut qui est boiteux. Je suis quasiment sûr que ce sera de même pour la suite ». La suite étant l’octroi du pouvoir législatif que la droite, sénatoriale, emmenée par le sénateur LR de Corse du Sud, Jean-Jacques Panunzi, refuse d’octroyer à la Corse.
 
Des pressions inacceptables
Les nationalistes craignaient avec raison ce débat devant le Sénat dominé par une droite, même si elle n’est pas majoritaire. C’est pour cela qu’ils avaient insisté pour que la première lecture se fasse d’abord à l’Assemblée nationale. Dès le débat à la Commission des lois, on sentait l’affaire mal engagée après que la rapporteur Jourda, qui avait promis de ne pas présenter d’amendements à ce stade-là, en est déposé huit qui dénaturent complètement le texte issu de l’Assemblée nationale. Et au vu des prises parole dont l’hémicycle, il semblait évident que la majorité des sénateurs de droite, LR et RN, le groupe Horizon, mais aussi les communistes et une partie des socialistes la suivraient dans le tricotage du texte. « C’est très mal parti ! Le pouvoir législatif va tomber tout à l’heure, ce n’était pas la peine de continuer. Le texte va arriver complètement édulcoré en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, il fallait aujourd’hui mettre un terme à cette comédie ! Aujourd’hui, le processus est terminé », martèle le sénateur nationaliste. Si la position de la droite est sans surprise, il estime que le jeu a été pipé : « Pas mal de personnes ont été rappelés à l’ordre. Les pressions, qui ont été faites, ont transpirée dans tous les groupes, des ordres ont été donnés. C’était prévisible, mais pas dans ces conditions ! ».
 
Une majorité archaïque
Le visage fermé et le ton aussi grave, le conseiller exécutif en charge de l’autonomie et maire de Bastia, Gilles Simeoni, enfonce le clou. « Ce texte a été remis en cause dans ses éléments substantiels par une majorité archaïque, principalement constituée par Les Républicains au Sénat, avec le soutien de la droite corse, qui est venu demander que l’on déconstruise ici ce que nous avions patiemment construit en Corse. Nous sommes venus dans ce processus avec deux siècles d’histoire, avec soixante ans de lutte, avec des victoires et une légitimité démocratique renforcée par tous les scrutins depuis 2015, et une volonté de construire une solution politique à travers la révision constitutionnelle et le statut d’autonomie. Ce soir, nous avons rencontré une volonté claire de mettre à bas tout cela, de remettre en cause, tout ce qui est essentiel pour nous, mais il y a quelque chose dans on ne nous privera pas : notre dignité d’abord, et notre volonté de vivre et d’être reconnu comme un peuple qui vit, qui existe, qui a des droits et qui veut avoir aussi la possibilité de construire une nouvelle relation avec la République, de construire une société corse démocratique et émancipée ». Il confirme que, pour les Nationalistes engagés dans le processus de Beauvau, « les conditions pour que l’accord politique puisse prospérer ne sont à l’évidence plus réunies. Au contraire, il y a une volonté archaïque de fermer la porte à l’espoir. Paulu Santu a pris, en notre nom à tous, la seule solution qui s’imposait et que nous devons aux générations de femmes et d'hommes qui se sont battus depuis des décennies, que nous devons à nos militants, à nos électeurs, et de façon générale à la très grande majorité des Corses qui veulent l’autonomie ». Que se passera-t-il ensuite ? Gilles Simeoni ne cache pas que « la décision, qui a été prise ce soir, aura des conséquences importantes. Nous allons rentrer en Corse, nous réunir de façon collective, réunir nos militants, les gens qui nous ont votés et réfléchir, avec la grande majorité des Corses et des forces vives qui ne veulent pas renoncer à l’espoir, qui ne veulent pas renoncer à l’octroi d’un vrai statut d’autonomie avec un vrai pouvoir législatif et avec ceux qui veulent construire une Corse démocratique et émanciper et réfléchir à une suite à donner ». Les Nationalistes corses ont quitté le Sénat alors que la discussion sur l’autonomie continuait dans l’hémicycle.
 
N.M.