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Après sa mise en examen, Paul-Félix Benedetti contre-attaque et dénonce un « mensonge savamment construit »


MP avec Paule Santoni le Mercredi 7 Octobre 2026 à 20:09

Cinq jours après sa mise en examen pour des violences volontaires présumées sur sa compagne, Paul-Félix Benedetti est sorti du silence ce mercredi à Sartène. Devant une centaine de personnes venues le soutenir, le maire de Sartène et leader de Core in Fronte a contesté les faits qui lui sont reprochés et vivement mis en cause la manière dont la procédure a été menée. À ses côtés, son avocate, Me Aljia Fazaï-Codaccioni, a elle aussi dénoncé un traitement qu'elle estime réservé à son client en raison de sa qualité d'élu et de personnalité politique.



(Photo : Compte X Paul-Félix Benedetti)
(Photo : Compte X Paul-Félix Benedetti)
Jusqu'ici, Paul-Félix Benedetti était resté silencieux. Mis en examen le 2 octobre dernier pour violences volontaires présumées sur sa compagne, le maire de Sartène a choisi de s'exprimer publiquement ce mercredi soir, à Sartène, entouré de son avocate Me Aljia Fazaï-Codaccioni. Durant près de trois quarts d'heure, le leader de Core in Fronte et son conseil ont longuement contesté aussi bien les faits à l'origine de la procédure que les conditions dans lesquelles celle-ci a été menée depuis le mois de juillet.
 
Première à prendre la parole, Me Aljia Fazaï-Codaccioni a notamment ciblé la communication du parquet d'Ajaccio après la mise en examen de son client. « Une mise en examen ne signifie pas que l'on est coupable », a-t-elle rappelé, en invoquant « la présomption d'innocence, le respect des droits de la défense, l'impartialité, le contradictoire et l'égalité des armes ». Pis, selon l'avocate, les conditions prévues par l'article 11 du Code de procédure pénale ne justifiaient pas, dans cette affaire, la communication du parquet. De facto, Me Fazaï-Codaccioni indique avoir saisi le parquet général de Bastia d'une plainte à ce sujet.
 
Mais plus loin, elle conteste également la manière dont l'enquête a été menée. « On a inversé le système. On a d'abord cherché un auteur parce qu'il était une personnalité publique connue et parce que, plus récemment, il a accédé à des fonctions importantes. Après, on verra si le fond de l'affaire est établi ou pas », a-t-elle estimé. L'avocate assure notamment que son client n'a jamais été entendu sur le fond des faits avant sa présentation au juge d'instruction. « À compter du moment où sa garde à vue a été levée, le 15 juillet, jusqu'au mois de septembre, aucune convocation. Personne ne s'intéressait à Monsieur Benedetti. Et il a patiemment attendu de s'expliquer sur ces faits », a-t-elle poursuivi en sifflant : « On a compris que la difficulté ne résidait pas tant dans les faits qui étaient reprochés à Monsieur Benedetti que dans sa personnalité. On a compris qu'il fallait le cibler, lui, personnellement, et essayer d'accrocher quelque chose ».
 
Prenant à son tour la parole, Paul-Félix Benedetti est d'abord revenu sur son interpellation du 15 juillet dernier à son domicile de Tizzano. « Un petit matin, ma maison a été encerclée par une vingtaine de gendarmes », a-t-il raconté, évoquant un dispositif « hors norme ». « J'étais joignable à la mairie quand ils voulaient, on pouvait me téléphoner, on pouvait me donner une convocation, on pouvait tout faire. On a choisi la voie militaire », a-t-il dénoncé.
 
Le maire de Sartène affirme également que les enquêteurs auraient alors cherché à découvrir d'éventuelles infractions sans rapport avec les faits à l'origine de l'enquête. « On a cherché surtout la procédure incidente. Trouver le petit fusil, la petite chose qu'on n'a peut-être pas le droit d'avoir mais qu'on a quand même parce qu'on est en Corse. Pour moi, malheureusement, il n'y avait rien », a-t-il lancé. « Ils ont fouillé la voiture, la maison, ce n'est pas anodin. Si l'histoire est une histoire interne à un couple, à la limite, l'objet qu'on cherche, ce sont ses mains, ses pieds, rien d'autre ».
 
Paul-Félix Benedetti est également revenu sur les conditions de sa garde à vue, interrompue pour raisons médicales. Il affirme avoir immédiatement demandé à voir un médecin en raison de problèmes de santé dont il souffrait à ce moment-là et estime que sa demande n'a pas été suffisamment rapidement prise en considération. Après un examen médical, sa garde à vue avait finalement été levée.
 
« Un mensonge savamment construit »
 
Après plusieurs semaines sans nouvelle de la procédure, Paul-Félix Benedetti explique avoir été convoqué devant le juge d'instruction à la fin du mois de septembre. Là encore, l'élu dénonce les conditions dans lesquelles les choses se seraient déroulées et affirme avoir fait l'objet d'un « chantage » autour d'une demande de nullité formulée par sa défense. Selon son récit, le magistrat lui aurait proposé d'abandonner cette demande en contrepartie d'une moindre communication autour du dossier. « J'ai répondu que je voulais que l'instruction se poursuive », raconte-t-il, assurant avoir demandé que les investigations puissent permettre d'établir ce qu'il considère comme « un mensonge savamment construit », ou, à défaut, qu'il soit placé sous le statut de témoin assisté. Le maire de Sartène affirme qu'il lui aurait alors été annoncé son placement en garde à vue et que le magistrat lui aurait déclaré : « Vous réfléchirez aux conséquences médiatiques que ça va avoir ».
 
Sur les faits eux-mêmes, Paul-Félix Benedetti s'est montré catégorique. « Je sais que, non seulement, je n'ai jamais eu une action violente, mais même pas une attitude pouvant être interprétée comme une possibilité de violence », a-t-il assuré alors que sa compagne avait elle-même pris la parole au lendemain de sa mise en examen pour affirmer publiquement n'avoir subi « la moindre violence de sa part ».
 
Paul-Félix Benedetti et son avocate annoncent désormais vouloir porter la bataille sur le terrain judiciaire. « On va aller au bout », a prévenu l'élu, annonçant le dépôt de trois plaintes visant les gendarmes ayant participé à la procédure, le médecin ayant examiné sa compagne et la procureure de la République d'Ajaccio, Fanny Floquet.
 
Au-delà de son cas personnel, le leader de Core in Fronte estime que cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large et dénonce une « instrumentalisation » de la justice et une forme de « magistrocratie », considérant que certaines personnalités corses feraient l'objet d'un traitement particulier. « On ne peut pas être, à un moment donné, l'interlocuteur privilégié d'un processus de paix et de réconciliation et, d'un autre côté, employer des méthodes agressives à l'égard des élus locaux », a-t-il tancé.