Et si Meria avait abrité un petit hameau tourné vers la mer il y a près de 1 500 ans ?
C’est l’hypothèse que les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) cherchent aujourd'hui à vérifier. Depuis le 19 mai, ils mènent une nouvelle campagne de fouilles sur la commune, dans le cadre d’un projet de construction d’une maison individuelle. « Lorsqu’un permis de construire est déposé, on effectue un diagnostic, c’est-à-dire que l’on creuse des tranchées sur environ 10 % de la parcelle afin de vérifier la présence éventuelle de vestiges », explique Jean-Baptiste Jamin, chargé du développement culturel et de la communication à l’Inrap. « En Corse, sur les 25 diagnostics réalisés en 2025, seuls quatre ont débouché sur des fouilles, dont celui-ci à Meria. »
Les premiers résultats de cette fouille préventive ont rapidement confirmé l’intérêt archéologique du site : les chercheurs ont mis au jour les vestiges d’un bâtiment datant des Ve et VIe siècles, soit entre la période de l’Antiquité tardive et le début du Moyen Âge. Un édifice qui semble s'organiser autour d’au moins trois pièces délimitées par des murs construits en dalles de schiste local. « On voit bien que les murs sont positionnés contre les rochers, ce qui veut dire qu’ils ont entaillé le rocher naturel pour venir installer ce grand bâtiment, a priori leur maison », indique Brice Chevaux, directeur de l’opération. À ce stade des recherches, plusieurs indices laissent en effet penser qu’il s’agissait d’un habitat. « On a retrouvé des fragments de vaisselle et de céramique de consommation pour boire, manger et cuisiner, donc ça nous fait penser à un lieu de vie », poursuit l’archéologue.
Mais cette découverte prend surtout une dimension particulière lorsqu’on la rapproche d’une fouille menée l’an dernier sur une parcelle voisine. À une trentaine de mètres seulement du bâtiment actuellement mis au jour, les archéologues avaient alors découvert un débarcadère daté de la même période, aménagé en bordure du ruisseau. « C’est plutôt rare d’avoir plusieurs fenêtres d’investigations sur un même territoire, surtout ici à Meria où c’est quand même assez étroit », précise Brice Chevaux. « Comme c’est la même fenêtre chronologique, on a l'assurance que les gens qui vivaient ici dominaient le débarcadère. »
Une proximité qui conduit les archéologues à envisager l’hypothèse d’un petit hameau installé entre la fin de l’époque romaine et les débuts du Moyen Âge. « On imagine que ça pourrait être un petit hameau qui partirait de l’époque romaine et qui aurait continué à croître jusqu’à l’Antiquité tardive et le début du Moyen Âge. Les signaux s’arrêtent au VIe siècle, donc on se dit qu’il aurait pu être abandonné par la suite. Mais en tout cas, le débarcadère est un lieu d’amarrage qui demandait de la main d’œuvre, d’où l’hypothèse de plusieurs habitations au-dessus, comme celle qu’on a trouvé lors de cette fouille. »
L’opération de fouilles archéologiques doit se terminer à la fin du mois de juin. Les équipes de l’Inrap conserveront ensuite les pièces découvertes durant deux ans, afin de mieux les étudier au sein de leurs laboratoires. Les vestiges pourront ensuite « être présentés d’une autre manière, par exemple dans des conférences, des publications ou au sein d’une collection permanente d’un musée », détaille Jean-Baptiste Jamin.
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