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À Lozari, Core in Fronte dénonce la dépossession foncière et réclame un véritable statut de résident


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Samedi 10 Octobre 2026 à 18:13

Le mouvement indépendantiste Core in Fronte a tenu une conférence de presse, ce samedi 10 octobre, devant la résidence « Les Terrasses de Lozari », sur la commune de Belgudè. En cause, une résolution proposant de délocaliser à Paris les assemblées générales de cette copropriété, majoritairement détenue, selon le mouvement, par des propriétaires ne résidant pas en Corse. Une situation que les militants considèrent comme emblématique de la spéculation immobilière et de la dépossession foncière. L’occasion également de réaffirmer leur revendication d’un statut de résident de dix ans.



C’est devant la résidence « Les Terrasses de Lozari », à quelques centaines de mètres de la plage, que les militants de Core in Fronte ont choisi de se rassembler, ce samedi matin. Un lieu qui n’a rien d’anodin pour le mouvement indépendantiste, venu dénoncer ce qu’il qualifie de « colonisation de peuplement » et de dépossession foncière.
À l’origine de cette mobilisation, une résolution inscrite à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale de la copropriété, prévue le 22 octobre dans un hôtel de L’Île-Rousse. Un copropriétaire propose en effet que les futures assemblées générales se tiennent désormais à Paris, au motif que la majorité des propriétaires résident hors de Corse et qu’il leur serait ainsi plus facile de participer aux réunions.
 
Une proposition qui a provoqué la réaction du mouvement indépendantiste.
« Nous avons pris cet exemple parce qu’il est particulièrement révélateur de la situation que connaissent aujourd’hui la Corse et les Corses. Nous sommes dans une résidence où quasiment tous les propriétaires viennent de France et où l’on envisage désormais de tenir les assemblées générales à Paris, alors même que les appartements se trouvent en Corse, en Balagne », explique Battì Lucciardi, militant et porte-parole de Core in Fronte.
 
« Un symbole de la dépossession foncière »
Pour le porte-parole, cette proposition dépasse largement la simple organisation d’une réunion de copropriété.
« C’est un symbole, un épiphénomène en soi, puisqu’il ne s’agit que d’une résolution. Mais cela illustre pleinement les difficultés que connaissent les Corses aujourd’hui, l’accès au logement, la spéculation immobilière et la dépossession foncière. On ne peut pas acheter des appartements en Corse et faire totalement abstraction de la situation sociale, économique et politique de notre île».
Le mouvement estime que la multiplication des résidences secondaires et des investissements immobiliers extérieurs contribue à éloigner progressivement les habitants de l’accès à la propriété.
Dans son communiqué, Core in Fronte évoque également la croissance démographique de la Corse, alimentée selon lui principalement par les arrivées en provenance du continent. Le mouvement considère cette évolution comme une menace pour l’équilibre démographique, culturel et social de l’île.
« Les Corses n’ont pas vocation à devenir des Indiens sur leur propre terre », insiste Battì Lucciardi, reprenant une formule employée dans la déclaration du mouvement.
 
Des boîtes à clés et une économie touristique qui échappe au territoire
Présent également à cette conférence de presse, Félix Benedetti, figure de Core in Fronte, a élargi la réflexion au modèle économique des résidences touristiques.
Pour lui, Les Terrasses de Lozari constituent un exemple particulièrement parlant des dérives qu’il dénonce.
« Nous sommes ici sur un cas d’école, avec un ensemble immobilier d’une centaine de logements dont pratiquement aucun, selon nos informations, n’appartient à des Corses. Et aujourd’hui, les propriétaires envisagent même de délocaliser leurs réunions à Paris. Cela signifie que la petite économie liée à la gestion de cette copropriété pourrait, elle aussi, quitter la Corse».
Le militant pointe également la présence de nombreuses boîtes à clés, qu’il associe au développement des locations touristiques de courte durée et à une gestion des logements à distance.
« Il y a une boîte à clés devant chaque porte. On est au paroxysme d’un système économique qui ne profite pas suffisamment au territoire. Des personnes investissent, bénéficient de dispositifs de défiscalisation, puis tirent des revenus de locations touristiques sans nécessairement participer à la vie locale».
Selon Félix Benedetti, ce modèle contribue à alimenter la hausse des prix de l’immobilier, tout en réduisant les possibilités de logement à l’année pour les habitants.
« Aujourd’hui, les jeunes Corses ont de plus en plus de difficultés à trouver un logement. On arrive à un échec du partage de la richesse produite par un tourisme qui n’est pas maîtrisé».
Il estime que les retombées économiques devraient davantage bénéficier aux entreprises et aux habitants de l’île, depuis la construction des logements jusqu’à leur entretien, leur gestion et leur location.
« Nous voulons un tourisme maîtrisé, dont les bénéfices profitent à notre jeunesse et permettent de structurer un véritable tissu économique local ».
 
Le statut de résident au cœur des revendications
Au-delà du cas particulier de Lozari, Core in Fronte entend replacer la question du statut de résident au centre du débat politique.
En 2014, l’Assemblée de Corse avait adopté une proposition reposant sur une durée de cinq années de résidence permanente pour pouvoir accéder à la propriété immobilière ou foncière.
Une première étape pour le mouvement indépendantiste, qui défend depuis plusieurs années un dispositif plus restrictif, fondé sur dix années de résidence permanente en Corse.
« Pour Core in Fronte, cinq ans ne constituent pas nécessairement une durée suffisante. Nous défendons plutôt dix ans, mais le vote de 2014 peut représenter une première étape pour lutter contre la spéculation immobilière et la dépossession foncière », précise Battì Lucciardi.
Le mouvement salue par ailleurs la mobilisation récente de plusieurs maires corses favorables à la mise en place d’un tel dispositif, ainsi que les initiatives prises dans différentes communes, notamment à Bastia.
« Je salue la mobilisation de ces maires. Leur démarche est importante parce qu’elle permet de remettre cette revendication historique sur le devant de la scène politique».
Pour Core in Fronte, le statut de résident devrait également trouver sa place dans le processus d’évolution institutionnelle actuellement discuté au Parlement français.
Le mouvement estime que cette mesure pourrait constituer un premier instrument de régulation du marché immobilier, avant d’ouvrir, à plus long terme, la voie à une citoyenneté corse.
 
Une revendication qui pose aussi la question du cadre juridique
Si le statut de résident demeure une revendication historique du mouvement nationaliste, sa mise en œuvre soulève toutefois d’importantes questions constitutionnelles et juridiques, notamment au regard de l’égalité devant la loi et de la liberté de circulation des capitaux.
Core in Fronte considère néanmoins que ces obstacles doivent être abordés dans le cadre du processus d’autonomie.
Le mouvement cite notamment plusieurs dispositifs existant dans certains territoires européens, qu’il estime susceptibles d’alimenter la réflexion sur une réglementation adaptée à la situation insulaire.
Pour ses représentants, l’objectif est de limiter les acquisitions immobilières à vocation spéculative, de protéger l’accès au logement permanent et de mieux encadrer le développement touristique.
 
« Nous continuerons à être présents sur le terrain »
À Lozari, les militants ont ainsi voulu donner une illustration concrète d’un débat souvent abordé sous son seul angle institutionnel.
« Il était important de venir sur place, de montrer ce qui se passe réellement. Nous sommes aujourd’hui avec des militants venus de Balagne et du Centre-Corse. Core in Fronte continuera à se mobiliser sur le terrain », assure Battì Lucciardi.
De son côté, Félix Benedetti appelle à une prise de conscience collective face aux conséquences du développement immobilier.
« Il y a ici une histoire, une culture, un peuple. On ne peut pas considérer que la Corse est un territoire comme un autre. Il faut que notre jeunesse puisse se loger et que les richesses produites sur notre terre profitent d’abord à son développement».
À travers cette mobilisation, Core in Fronte entend donc faire du cas de Lozari un symbole de son combat contre la spéculation immobilière et pour la reconnaissance des droits du peuple corse.
Quant à la résolution proposant de transférer les assemblées générales de la copropriété à Paris, elle devra encore être soumise au vote des copropriétaires lors de leur prochaine réunion, le 22 octobre.
Une échéance que le mouvement indépendantiste entend suivre de près, tout en réaffirmant son mot d’ordre .« A francisata basta ! »