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À Corbara, un dernier chant pour Antoine Ciosi


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Mercredi 7 Octobre 2026 à 20:33

Figure emblématique de la culture et de la chanson corses, Antoine Ciosi a été accompagné vers sa dernière demeure ce mercredi après-midi à Corbara, où il résidait avec sa famille. Dans une église comble, puis sous la pluie sur le parvis, proches, amis, artistes et anonymes lui ont offert un hommage exceptionnel, tout en musique. Patrick Fiori, son neveu Patrick Mattei et sa cousine Françoise Ciavaldini ont notamment raconté l’homme derrière l’artiste et l’héritage qu’il laisse.



« U lione si n’hè andatu. » Le lion s’en est allé. Les mots prononcés par l’abbé Avazeri au cours de la messe ont résumé l’émotion qui enveloppait Corbara ce mercredi après-midi. Le village de Balagne a dit adieu à Antoine Ciosi, l’une des grandes voix de la chanson corse. Une cérémonie à son image, profondément émouvante, mais aussi vivante, chaleureuse et presque festive tant la musique y a occupé une place centrale.
Autour de son cercueil, de nombreux chanteurs insulaires se sont succédé. Les guitares ont accompagné ces chansons écrites ou interprétées il y a parfois plus d’un demi-siècle et pourtant toujours connues de toutes les générations. Une preuve, s’il en fallait encore une, de la place prise par Antoine Ciosi dans la mémoire collective insulaire.

Parmi les moments les plus intenses, « Chì fà u tragulinu » a été repris par sa famille, notamment son fils et son frère. À la sortie de l’église, malgré la pluie, personne ou presque n’a quitté les lieux. Autour du cercueil, les voix se sont à nouveau élevées avant un « Diu vi salvi Regina » repris collectivement.

Plus qu’un adieu, Corbara semblait offrir une dernière fête à celui qui avait consacré sa vie à chanter la Corse.
 


Plus qu’un adieu, Corbara semblait offrir une dernière fête à celui qui avait consacré sa vie à chanter la Corse.
 
Patrick Fiori : « C’est lui qui m’a fait connaître la Corse »

Présent pour accompagner Antoine Ciosi, Patrick Fiori a livré un témoignage particulièrement personnel. Pour le chanteur, être là relevait de l’évidence. « C’est tellement précieux, ces moments-là chez nous, tellement douloureux et tellement précieux », confiait-il après la cérémonie. Au-delà du chanteur, il a voulu rappeler l’homme qu’était Antoine Ciosi.« Tout le monde sait qu’il était généreux, qu’il accompagnait à chaque fois ses mots par des émotions. Il était aussi bien un homme de scène qu’un homme de théâtre, théâtre dans la vie, théâtre sur scène aussi. C’était un mélodiste extraordinaire ».

Mais Patrick Fiori a surtout raconté la place déterminante qu’Antoine Ciosi avait occupée dans son propre parcours. Derrière certains rêves d’enfant devenus réalité, explique-t-il, il y a parfois une personne qui a rendu l’impossible envisageable. Il évoque ainsi son projet Corsu Mezu Mezu, qui a réuni au fil de son histoire plus de 130 artistes et des milliers de choristes, jusqu’au Stade Vélodrome de Marseille. « Il y avait Antoine avec moi. Il y a eu ma mère pour la transmission et il y a eu Antoine pour l’émotion et la transmission aussi». 

Et de poursuivre avec des mots particulièrement forts : « C’est lui qui m’a fait connaître la Corse, c’est lui qui m’a raconté la Corse, c’est lui qui m’a rassuré dans ma chambre d’enfant avec cette voix un peu du Père Noël ou du papa précieux». Avant un dernier message adressé directement à celui qu’il était venu accompagner : « À bientôt Antoine. Et puis ne t’en fais pas. De toute façon, les chansons, on les connaît bien et on va toutes les chanter ».
 
Patrick Mattei : « Il ne disparaîtra jamais vraiment »

Pour Patrick Mattei, son neveu, Antoine Ciosi était évidemment le chanteur que toute la Corse connaissait, mais il était d’abord « Ziu Antò ». « Mon oncle Antoine était le frère aîné d’une grande famille et ma maman, sa sœur Barbara, était la plus petite », raconte-t-il. Son installation en Balagne avait permis de resserrer encore davantage les liens familiaux. « Antoine avait toujours un mot gentil, un geste pour ma mère. C’est ce qui restera d’Antoine, un homme bienveillant pour sa famille et qui a porté la Corse dans le monde entier. »

Lui aussi retient une cérémonie fidèle à la personnalité du chanteur. Une cérémonie « à son image », portée par les voix, la famille et la présence de son frère, Jeannot. Et surtout, Patrick Mattei mesure la force d’un répertoire qui résiste au temps : « Les chansons ont plusieurs décennies, elles ont 40, 50 ans, peut-être plus, et pourtant tout le monde les connaît encore aujourd’hui ». Son souhait est désormais simple, que cette transmission ne s’arrête jamais. « Ce qui lui ferait très plaisir, c’est que les générations à venir les chantent encore. Ce serait le plus bel hommage. Il ne disparaîtra jamais vraiment ».

Françoise Ciavaldini : « Il vivait la chanson jour et nuit »

Sa cousine germaine, Françoise Ciavaldini, garde elle aussi de cette journée un sentiment où la peine et la joie se sont constamment entremêlées. « Il y avait beaucoup d’émotion, beaucoup de ferveur, mais en même temps de la joie », confie-t-elle. Parce qu’Antoine Ciosi, même dans l’intimité familiale, ne cessait jamais vraiment d’être chanteur. « Antoine aimait le chant. C’était un passionné de la chanson. Même ces derniers temps, quand on se voyait, il chantonnait. Il adorait raconter, plaisanter. C’était un homme de théâtre, un homme de chant, un homme de spectacle. Il vivait la chanson jour et nuit. Il fredonnait du matin au soir ».

La cérémonie lui laissera donc paradoxalement un beau souvenir. « J’ai eu de la peine, mais en même temps elle était mêlée à de la joie parce que c’était une très belle messe. Je garderai vraiment un très beau souvenir de ses obsèques ».

Françoise Ciavaldini rappelle aussi le chemin parcouru par cet enfant de Corse devenu l’une de ses voix les plus reconnaissables, à une époque où réussir dans la chanson était autrement plus difficile. « Les moyens manquaient. Ce qu’il a fait, je veux vraiment le saluer et l’honorer. Ce n’était pas facile pour lui. Il n’a pas beaucoup été aidé, mais lui, après, il a laissé une suite pour tous les chanteurs, pour tous les jeunes qui viendront derrière, pour la culture ». 
 
Les chansons pour héritage

C’est sans doute là que se trouve l’essentiel de l’hommage rendu ce mercredi. Dans cette église de Corbara, Antoine Ciosi n’était pas seulement entouré de sa famille et de ses compagnons de route. Plusieurs générations étaient réunies autour de chansons qu’elles connaissaient encore par cœur.

Dehors, la pluie tombait. Les parapluies se sont ouverts, mais les guitares ne se sont pas tues. Les proches sont restés autour du cercueil et les chants ont continué.

Antoine Ciosi avait passé sa vie à raconter la Corse et à transmettre ses mots, son histoire et ses émotions par la chanson. Ce mercredi, pour son dernier voyage, c’est la Corse qui a chanté pour lui. « U lione si n’hè andatu».