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À Calvi « U Guardianu », le nouveau navire de la SNSM à 2,6 millions d’euros, est enfin arrivé


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Jeudi 29 Octobre 2026 à 21:20

C’est un jour historique pour la station SNSM de Calvi. Ce jeudi 29 octobre, après plusieurs années d’attente et de difficultés financières, les sauveteurs en mer ont enfin accueilli leur nouveau navire, « U Guardianu ». D’un coût de 2,6 millions d’euros, ce canot de dernière génération marque un tournant majeur pour la SNSM de Balagne. Pour la première fois de son histoire, la station calvaise dispose d’un bateau neuf, conçu pour assurer ses missions de sauvetage durant les trente prochaines années.



Il était attendu depuis des années. Ce jeudi 29 octobre, le nouveau navire de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) a fait son entrée dans le port de Calvi, au terme d’un long périple maritime depuis le bassin d’Arcachon. Une arrivée particulièrement symbolique pour les bénévoles de la station, qui ont dû patienter et multiplier les démarches avant de voir ce projet se concrétiser.

Pour Laura Iborra, présidente de la SNSM de Calvi, cette journée restera gravée dans l’histoire de la station. « C’est un moment historique. C’est la première fois que la station de Calvi bénéficie d’un bateau neuf. Jusqu’à présent, nous avions toujours récupéré des bateaux qui avaient déjà eu une vie dans d’autres stations. Là, nous recevons un navire qui fait partie du plan de renouvellement de la flotte de la SNSM et qui est parti pour au moins trente ans de service», se réjouit-elle.  

Une nouvelle page s’ouvre ainsi pour les sauveteurs calvais, qui vont pouvoir compter sur un équipement moderne, plus performant et surtout mieux adapté aux exigences de leurs interventions.

Un navire de nouvelle génération pour renforcer la sécurité en mer
Avec  le Guardianu, la station de Calvi franchit un véritable cap technologique. Le nouveau canot dispose  en effet d’équipements de pointe en matière de radionavigation, de caméras infrarouges et de systèmes de communication internes permettant aux membres de l’équipage d’échanger plus facilement pendant les opérations de sauvetage. Plus rapide, plus large et offrant une meilleure stabilité. « Il a 36  ans de moins que l’ancien bateau ! Il dispose de technologies de pointe, mais aussi d’une meilleure stabilité et d’une meilleure tenue à la mer. Il fait également beaucoup moins de bruit, ce qui facilite considérablement nos communications pendant les interventions », détaille Laura Iborra.

Le confort des équipages a également été pris en compte. Climatisation et sanitaires équipent désormais le navire, des installations loin d’être anecdotiques lorsque les missions se prolongent durant plusieurs heures, voire plusieurs dizaines d’heures. « Quand nous partons très au large pour effectuer des remorquages, les conditions peuvent vite devenir éprouvantes. En plein été, les températures à l’intérieur d’un bateau peuvent être très élevées. C’est important pour nos bénévoles, mais également pour les victimes que nous pouvons être amenés à accueillir à bord », explique la présidente de la SNSM de Calvi. Au-delà des performances techniques, ce nouvel outil doit permettre aux sauveteurs d’intervenir dans des conditions de sécurité considérablement améliorées, y compris lorsque la météo se dégrade.


2,6 millions d’euros et plusieurs années de mobilisation

Si l’arrivée du navire constitue aujourd’hui un véritable soulagement, son acquisition aura nécessité plusieurs années de démarches. D’un coût de 2,6 millions d’euros, le Guardianu a pu être financé grâce à la mobilisation de plusieurs partenaires, parmi lesquels la Collectivité de Corse, GMF Solidarité, un mécène privé souhaitant conserver l’anonymat, ainsi que la SNSM elle-même, à travers les dons et les fonds mobilisés pour ce projet.  La participation de la Collectivité de Corse, notamment dans le cadre d’une convention pluriannuelle récemment signée avec la SNSM, a joué un rôle déterminant dans l’aboutissement du dossier car initialement, la station calvaise devait recevoir le treizième exemplaire de cette nouvelle génération de navires.

« Le bateau était construit et devait nous être livré. Malheureusement, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas les financements nécessaires pour en prendre possession. Nous avons donc dû continuer à travailler pour trouver les fonds suffisants. C’est grâce notamment à la Collectivité de Corse que nous avons finalement réussi à débloquer la situation », indique Laura Iborra en précisant que la station a finalement reçu le 19e exemplaire de la série. Une attente qui aura mis à l’épreuve la patience des bénévoles, sans jamais entamer leur détermination à obtenir un navire adapté aux besoins du territoire.


Un long voyage depuis le bassin d’Arcachon
Avant de rejoindre son port d’attache, le Guardianu a effectué un véritable périple maritime. Parti du bassin d’Arcachon, il a longé les côtes atlantiques françaises, espagnoles et portugaises, avant de franchir le détroit de Gibraltar et de traverser la Méditerranée pour rejoindre la Corse. Une escale technique a été effectuée à Ajaccio, où les équipes du chantier naval ont procédé à plusieurs vérifications après cette longue navigation. Puis, pour la dernière étape, les bénévoles calvais ont tenu à participer eux-mêmes à l’arrivée de leur nouveau navire.

« Nous sommes partis à sa rencontre avec notre bateau de réserve. Nous nous sommes retrouvés dans le golfe de Porto. Une partie de nos bénévoles a alors embarqué à bord du nouveau navire pour le ramener jusqu’au port de Calvi. C’était important que ce soient eux qui le ramènent », raconte la présidente. Le bateau de réserve a accompagné le Guardianu pour cette dernière portion de navigation, marquant symboliquement le passage entre deux générations de moyens de sauvetage.


Une station parmi les plus sollicitées de Haute-Corse

L’arrivée de ce nouveau navire répond à une nécessité opérationnelle particulièrement importante pour la Balagne. La station SNSM de Calvi couvre un vaste secteur maritime, depuis les Agriate jusqu’au golfe de Porto. Une zone d’intervention étendue, avec des stations voisines situées à Saint-Florent et Ajaccio. « Nous sommes la station qui réalise le plus d’interventions en Haute-Corse. Notre linéaire côtier est très important et les distances entre les stations sont conséquentes. Il faut pouvoir disposer de moyens fiables et adaptés », souligne Laura Iborra.

La situation géographique de Calvi, point d’arrivée privilégié de nombreux plaisanciers effectuant la traversée depuis le continent, renforce également les besoins en matière de sécurité maritime. À cela s’ajoutent des conditions météorologiques parfois particulièrement difficiles, avec des changements brutaux pouvant mettre en danger les navigateurs. La tempête du 18 août 2022, qui avait durement frappé la Balagne, reste ainsi dans toutes les mémoires. « Nous avons un secteur où les conditions peuvent changer très rapidement. Avec le changement climatique, nous devons aussi nous préparer à des événements météorologiques exceptionnels qui pourraient devenir plus fréquents et plus intenses. Nous avons besoin de moyens sécurisants, aussi bien pour les personnes secourues que pour nos bénévoles », soutient la présidente de la SNSM de Calvi. 

Pour l’année 2026, la station calvaise comptabilise déjà une trentaine d’interventions, un chiffre encore provisoire. Si les mois de juillet et août concentrent une grande partie de l’activité, les missions de secours se poursuivent tout au long de l’année.


« Leur intervention avait été salutaire lors de la tempête de 2022 »

Pour la municipalité de Calvi, cette arrivée représente également une avancée majeure pour la sécurité des usagers de la mer. Marie-Laurent Guerini, adjoint au maire chargé du port de plaisance, a tenu à rappeler le soutien constant de la commune aux bénévoles de la SNSM. « C’était une attente forte pour la municipalité. Nous savions que cette période de transition, avec un ancien bateau mis à disposition, ne pouvait pas durer indéfiniment. Ce nouveau navire était nécessaire pour assurer la sécurité des équipages de la SNSM et de tous ceux qui naviguent sur notre littoral ».

L’élu a également insisté sur l’importance de disposer de moyens modernes dans un secteur maritime particulièrement fréquenté, aussi bien par les grandes unités que par les petites embarcations de plaisance, évoquant également un souvenir marquant de la tempête du 18 août 2022. « Je garde en mémoire une famille, avec deux enfants et une personne âgée, que nous avions accueillie au gymnase de Calvi après leur sauvetage en mer. Ils étaient arrivés avec leurs gilets de sauvetage. Cette image m’avait profondément marqué. L’intervention de la SNSM avait été salutaire ». À la suite de cet épisode, les sauveteurs avaient d’ailleurs été officiellement remerciés pour leur engagement lors d’une cérémonie organisée en mairie.

Pour Marie-Laurent Guerini, l’arrivée du Guardianu récompense aussi la ténacité des bénévoles. « Ils se sont battus pour obtenir ce bateau. Nous avons toujours été à leurs côtés, dans leurs démarches comme dans leurs revendications. Il y a toujours eu du dialogue et nous n’avons jamais perdu espoir».

La municipalité verse chaque année de son coté une subvention de 6 000 euros à la station SNSM, un montant revalorisé au fil des années pour accompagner l’augmentation des charges de fonctionnement, notamment les coûts du carburant.
 
Plusieurs mois de formation avant une mise en service complète

Malgré son arrivée à Calvi, le Guardianu ne sera pas immédiatement engagé dans les opérations de sauvetage. Les bénévoles doivent désormais suivre un programme de formation et de prise en main du navire, en collaboration avec le constructeur naval et la SNSM. « Il y a tout un processus interne, avec plusieurs étapes de formation et de vérification. Nous allons fonctionner avec les deux bateaux pendant quelques mois, le temps que nos équipages soient parfaitement formés et que nous obtenions le feu vert pour passer complètement opérationnels avec le nouveau navire », précise Laura Iborra.

Pendant cette période transitoire, l’actuel bateau de réserve restera donc disponible à Calvi pour assurer la continuité des missions de secours. Ce navire, précédemment affecté à la station de Prupià, avait été mis à disposition des sauveteurs calvais il y a environ un an et demi. Une fois la transition achevée, il rejoindra la base SNSM de Palavas-les-Flots, sur le continent, où il intégrera la flotte de réserve méditerranéenne. Il pourra ainsi être mobilisé temporairement par d’autres stations en cas d’indisponibilité de leur propre navire.


Après le bateau, la question des locaux
Si l’arrivée du Guardianu constitue une avancée considérable, la station calvaise doit encore relever un autre défi, celui de ses installations à terre. Les bénévoles souhaitent en effet disposer de locaux plus fonctionnels et mieux adaptés à leurs besoins opérationnels. Actuellement, la station bénéficie notamment d’un bureau et de garages municipaux servant au stockage du matériel. Plusieurs projets ont déjà été étudiés avec la municipalité afin d’améliorer ces conditions d’accueil et de travail. « Nous avons étudié différentes possibilités, mais nous sommes sur un site protégé, soumis à l’avis des Architectes des Bâtiments de France. Nous ne pouvons donc pas faire n’importe quoi. Il faut trouver une solution qui permette aux sauveteurs de disposer de locaux adaptés tout en respectant les contraintes architecturales du site », explique Marie-Laurent Guerini.

L’objectif serait de permettre aux bénévoles de disposer d’installations pérennes à proximité immédiate de leur navire, avec leur matériel facilement accessible afin de réduire les délais de départ en intervention. Des réflexions sont notamment engagées sur le secteur de l’ancien quai de commerce.
 
Un baptême officiel dans les prochains mois
L’arrivée du Guardianu sera prochainement célébrée à l’occasion d’une cérémonie officielle de baptême. Les représentants institutionnels, les collectivités, les mécènes et l’ensemble des partenaires ayant contribué à la concrétisation du projet seront conviés à cet événement. Aucune date n’a encore été arrêtée, mais la cérémonie devrait se tenir dans les prochains mois.

« C’est important pour nous de pouvoir réunir toutes les personnes qui nous ont aidés à concrétiser ce projet et de fêter ensemble cette arrivée », conclut Laura Iborra, alors que le Guardianu a désormais rejoint son port d’attache, après plusieurs années d’attente, de démarches et d’incertitudes.