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À Bastia, l’archiconfrérie perpétue la foi bien au-delà de la Saint-Joseph


Léana Serve le Mercredi 18 Mars 2026 à 16:16

À Bastia, la fête de la Saint Joseph ne se résume pas à une seule journée de célébration. Derrière la procession et les messes du 19 mars, l’Archiconfrérie de Saint Joseph œuvre tout au long de l’année pour faire vivre l’église et perpétuer une tradition profondément ancrée dans le quartier.



Une partie de l'archiconfrérie rassemblée autour de Joseph Gandolfi
Une partie de l'archiconfrérie rassemblée autour de Joseph Gandolfi

(Photos : Gérard Baldocchi)


Tous les 19 mars, Bastia célèbre la Saint Joseph, une fête en l’honneur de l’un des saints patrons de la ville et connue pour ses moments de partage et de convivialité. Mais derrière ce temps de célébration se trouve l’Archiconfrérie de Saint Joseph, entièrement mobilisée pour préparer l’événement. Pour les confrères, la fête commence en effet bien avant la date du 19 mars. « Pour nous, Saint Joseph commence le 10 mars », explique Joseph Gandolfi, président de l’Archiconfrérie. « Tous les soirs, nous faisons une célébration où une confrérie est invitée à participer, et elle est chargée des chants. Et le dernier samedi, nous avons une messe où nous faisons rentrer les nouveaux confrères dans la confrérie en présence d’autres confréries. Cette année,  il y avait 150 confrères de 21 confréries différentes. »

Et le 19 mars, tout débute pour eux vers 5 heures le matin : « Nous mettons en place la vente d’objets, de bougies, et nous préparons la messe, la sonorisation, l’accueil du cardinal et la salle pour le repas de midi. » Cinq messes se succèdent au fil de la journée, « à 7, 8, 9 et 10h30 pour le matin, et la dernière est à 19 heures ». La journée est aussi rythmée par une grande procession dans le quartier, avant le Salut du Saint-Sacrement et le retour à l’église pour la grande messe du soir. « Il y a autant d’affluence le soir que le matin, parce que les gens viennent après le travail », précise Joseph Gandolfi. Mais derrière cette journée intense, il y a bien plus qu’une simple fête : une archiconfrérie qui œuvre tout au long de l’année pour maintenir le culte et veiller sur l’église.


Une archiconfrérie au cœur de la vie bastiaise

L’histoire de l’église Saint Joseph remonte au XVIIe siècle. « Au départ, c’était un couvent mis à disposition des Servites de Marie, qui s’est effondré avant d’être reconstruit. À la Révolution française, les biens de l’Église sont saisis, les Servites de Marie sont chassés et l’église est désacralisée et transformée en grenier à foin », indique Joseph Gandolfi. C’est dans les années 1800 que l’armée se retire et que le bâtiment est mis en vente. « La mairie voulait l’acquérir pour en faire un hospice sauf que les gens du quartier se sont réunis, ont collecté une certaine somme et l’ont acheté. À partir de là, l’église est resacralisée, restaurée et mise en place pour célébrer le culte de Saint Joseph. »
 

C’est dans ce contexte qu’émerge la confrérie, à la fin du XVIIIe - début du XIXe siècle, avec le soutien des habitants du quartier. Depuis, la confrérie, devenue archiconfrérie, veille à la vie de l’église et au maintien du culte. Les confrères sont présents tout au long de l’année, ils organisent ou participent à 25 à 30 célébrations à Bastia, et à « plus de 150 célébrations à travers la Corse ». « Les confrères sont sollicités ailleurs, dans les endroits les plus retirés parfois et se déplacent à leurs frais parce qu’ils sont impliqués et très présents sur les deuils, mariages, baptêmes. On a développé les chantres et on est passé de 4 à 15 personnes en permanence pour répondre à toutes les demandes. »

Au-delà des cérémonies, la confrérie assure également l’entretien permanent de l’édifice, tout au long de l’année. « Les confrères sont extrêmement investis dans l'entretien de l’église de façon permanente, on fait en sorte d’être suffisamment nombreux pour pallier les problèmes, parce qu’au-delà de l’investissement personnel dans les travaux, il y a aussi un investissement financier. Ils croient vraiment à la gloire de Saint Joseph, sinon ils ne viendraient pas travailler et donner de l’argent. Notre fidélité à Saint Joseph, c’est la pratique du culte et l’entretien de l’édifice auquel on tient particulièrement. » Aujourd’hui, grâce à leur engagement constant, l’église vit « de mars à mars », sourit Joseph Gandolfi. « Si la confrérie n’existait pas aujourd’hui, je suis persuadé que l’église n’existerait plus. »