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1956-2014 : La grande épopée automobile plie mais ne rompt pas-Le Tour de Corse tient bien la route


Rédigé par José Fanchi le Lundi 3 Novembre 2014 à 13:49 | Modifié le Vendredi 17 Février 2017 - 16:14


Nous somme en 1956. La Corse découvre le Rallye aux 10 000 virages. La population de l’île est en émoi. Le sport automobile entame une série qui va se poursuivre un demi-siècle durant pour la plus grande satisfaction d’un peuple, fidèle au fil des années à son patrimoine sportif. Animé par des esprits créateurs, des gens farouchement déterminés à aller de l’avant, le Tour de Corse commence ainsi à sortir de l’anonymat. Un homme, le premier de ce qui allait devenir une équipe de copains, eut la riche idée de doter l’île et ses routes d’un autre âge d’une épreuve digne des grands rendez-vous du sport auto mondial. Il avait réussi ce pari dans sa ville natale avec le fameux rallye Lyon-Charbonnières. Il savait également que la Corse avait vécu une expérience malheureuse avec une certain « Grand Prix de la Corse » en 1921 et ne voulait pas que l’île demeure sur cet échec. Une nouvelle aventure des temps modernes voit le jour.


1956-2014 : La grande épopée automobile plie mais ne rompt pas-Le Tour de Corse tient bien la route
Cet homme de bien, chirurgien installé à Ajaccio, s’appelait Jean Sermonard. Riche de son expérience et certain que la Corse avait le profil d’un rallye à succès, le docteur, proche de François Siciliano et quelques uns de leurs meilleurs amis – Loulou Bianchetti, Toussaint Rombaldi, Jean Luisi, Noël Pinelli, alors Président de l’Automobile Club de France qui apporta une bouffée d’oxygène à la trésorerie du club et quelques autres bonnes volontés dont le Comte Peraldi et le directeur d’EDF de l’époque M. Clémens -  décidèrent de lancer la machine « rallye » ou plutôt la relancer, pour faire suite à l’épreuve de 1921 endeuillée, afin de doter l’île de Corse d’une épreuve digne de ce nom, digne de l’image d’un caillou dans la mer capable de se surpasser.
La passion monte du côté de l’Essitac, organisme dédié au tourisme et animé par le bouillant Toussaint Rombaldi que j’ai eu le bonheur de connaître et d’interviewer à diverses reprises. Mais il a fallu attendre et attendre encore pour porter le projet sur les fonts baptismaux. Moins de deux années ont passé mais l’enthousiasme de l’équipe est intact. Le projet a mûri, les caisses sont renflouées, les aides affluent et la tentation d’une virée sur l’île motive pilotes et constructeurs de l’époque. Pensez, ce genre de « réclame » pour un constructeur en cas de victoire et ses retombées qui en découlent…
Tout se passe dans les meilleures conditions mais il faut tout de même apporter un peu d’eau au moulin des organisateurs : des partenariats, des sponsors, des subventions des collectivités locales, bref, des contrats publicitaires et l’argent indispensable à la bonne marche du projet et bien entendu des bénévoles, ces travailleurs de l’ombre sans lesquels il est difficile d’entreprendre quelque chose de solide. Ces mêmes bénévoles qui allaient apporter par la suite et durant un demi-siècle toute sa force au Tour de Corse et à ses 10 000 virages. On ne soulignera jamais assez le rôle prépondérant joué par ces jeunes ajacciens venus à l’appel des anciens tels Charles Leonardi, Paul Usciati, René Vignocchi, Pierre Colombani, Jean Rasori, Jacques Bianchetti, René Poggioli, pour ne citer que les plus anciens et surtout sans oublier ceux qui sont arrivés par la suite et sont devenus à leur tour des piliers de l’ASAC Tour de Corse.
 
Un géant aux pieds d’argile
Sur les sentiers battus de l’île de beauté, l’automobile retrouve parfois les routes authentiques. Celles-là mêmes qui se tordent dans de violentes convulsions en se frottant à la roche voire en s’approchant dangereusement des ravins qui donnent le vertige.
Raison pour laquelle tous les observateurs s’accordent à reconnaître que la Corse a été et restera l’endroit de la course automobile absolue. Fra mare e muntagne, le droit à l’erreur n’existe pas. Le pilote, lorsqu’il donne le meilleur de lui-même, doit se comporter - surtout en Corse - comme un pilote de Formule 1. L’improvisation n’est pas de circonstance. Le pilote doit connaître sa partition tout au long des 10 000 virages qu’il a dessinés dans sa tête. Certes, d’aucuns jouent les trapézistes, mais ils connaissent leurs classiques et demeurent d’authentiques techniciens de la trajectoire.
Le Tour de Corse est une course à part. Tous, constructeurs, pilotes, sponsors, savent qu’une victoire en Corse équivaut à un titre de champion du monde. C’est d’ailleurs ce qui fait la beauté de ce monument sportif, de passion, de partage, banc d’essai exceptionnel autant que véritable forteresse des technologies modernes.
En Corse, les chemins de la victoire passent toujours par les routes de l’enfer. Parce que l’instrument y est transcendé et l’exécutant forcément un héros.
Depuis sa création, le Tour de Corse a été soumis à toutes les vicissitudes, tant sur le plan sportif qu’extra-sportif. Qu’elles aient été météorologiques, sociales, économiques ou politiques, ces menaces récurrentes ont toujours laissé craindre le pire. Routes bloquées par la neige, arbres déracinés par la tempête et dégagés à coup de tronçonneuse,  barrées par des riverains mal embouchés ou simplement excédés par quelques libertés prises par les pilotes en reconnaissances ou encore par des pseudo-concurrents, bien des secteurs ont été carrément abandonnés, notamment le Cap Corse. Ce n’est pas tout !
Les moyens financiers, nerf de la guerre, ont conduit à l’abandon pur et simple de l’épreuve en 1971, sans parler des revendications pour la mise en place d’un relais de télévision dans le Taravo, la libération de prisonniers politiques, les revendications pour l’effacement de la dette des agriculteurs, les protestations de la filière castanéicole et bien d’autres conflits sociaux qui ont agité l’île.
Le Tour de Corse a été victime de son succès, de son audience toujours grandissante sans cesse renouvelée, constituant « l’otage » idéal. Fort heureusement, ces menaces réitérées n’ont jamais ébranlé la foi des organisateurs tout en douchant parfois leur enthousiasme tant il est vrai qu’il paraît difficile d’admettre certaines réactions même ponctuelles surtout lorsqu’on connaît le caractère désintéressé de l’action menée par ces centaines de bénévoles, simplement passionnés par leur Tour. Tous faisant table rase de leurs loisirs, de leur vie familiale en faveur d’une épreuve aux retombées économiques non négligeables. Chaque fois, il a fallu discuter, parlementer, menacer de retirer son tablier, de tout abandonner alors même que dans toutes les régions de France et surtout dans de nombreux pays, on enviait ce Tour de Corse qui grimpait au fil des années sur la constellation des grandes épreuves routières. On ne va pas revenir sur les candidats à l’organisation d’une manche du championnat du monde des rallyes et rappeler les coups bas venus de France (Le Tour de France automobile alors sponsorisé par l’Equipe, qui titrait lors de l’accident de Toivonen à Pont de Castirla : « Deux vrais morts pour un faux rallye ») ou encore du « rentre dedans » du rallye des Garrigues et de son président devenu par la suite président de la FFSA et « défenseur » du Tour de Corse, sans oublier les « gambettes » de certains organisateurs venus sur place trouver la moindre faille…Passons !
Il a fallu intensifier les efforts lorsque la Fédération Internationale décida de réduire le calendrier mondial de 10 à 8 épreuves. Ce qui avait été fait dans les règles de l’art. On doit à la vérité de dire que les organisateurs du Tour de Corse et ceux qui, dans son sillage, ont œuvré pour en assurer sa pérennité, ont été soumis à d’autres contraintes, d’autres pressions, menaces et mesquineries visant à les déstabiliser.
Ils ont tenu bon. Ils se sont battus comme des lions, contre vents et marées, neige et glace, grèves et conflits, régulièrement pris en otage mais tirant leur épingle du jeu avec une foi inébranlable, une farouche détermination et un cœur gros comme ça. Pour sauver le Monument de tout un peuple. Ou plutôt un géant aux pieds d’argile dont les secousses et les coups bas ont fini par avoir sa peau !
 
La culture du rallye…
Nous sommes au tout début du mois d’octobre, période cruciale pour l’avenir de notre Tour. La confiance règne, le moral semble au beau fixe, les organisateurs du Tour de Corse pourraient presque commencer à se frotter les mains. Si à Ajaccio on demeure confiant, qu’en est-il de nos « collègues » de la FFSA, coorganisateurs il est bon de le rappeler, qui ne semblent pas déborder d’enthousiasme comme les autres années. Nul ne dit mot, les communications sont plutôt rares entre Paris et Ajaccio si bien qu’un beau matin d’automne, la nouvelle parvient sur les écrans : Les règles ont changé. La candidature de la région Bourgogne a été retirée. La Corse et l’Alsace demeurent en compétition pour l’organisation de la manche française du championnat du monde des rallyes.
D’un seul coup, la nouvelle tombe, comme une massue : Littéralement KO nos braves dirigeants de l’ASAC Tour de Corse. On le serait à moins ! Il est des communiqués qui font mal, très mal.
« Nous étions tombés d’accord pour une organisation dans le cadre de l’alternance et c’est d’ailleurs dans cette perspective que nous avons discuté et négocié avec les collectivités » disent Jean Luisi et les siens, littéralement sonnés et plus encore désabusés. L’arrivée à la présidence mondiale de Jean Todt - proche de la Corse et du Tour de Corse -  pouvait-elle apporter du nouveau dans cette décision de la FFSA ?  La Fédération Internationale (FIA) ne cachait pas sa préférence pour une organisation annuelle de la manche française mais de son côté, la FFSA demandait alors aux deux régions Corse et Alsace de s’engager pour une période de trois années (2010 à 2012).

Menaces ? Peut-être pas à ce point, mais la Fédération a réellement fait monter les enchères, ce qui eut l’heur de déplaire profondément à Jean Luisi et à son équipe. Le président de l’ASAC Tour de Corse n’a d’ailleurs pas manqué d’évoquer l’importance des budgets en jeu et surtout l’approche d’élections régionales…
Du côté des observateurs les plus pointus, la Corse est sacrée. « La situation géographique de la Corse est idéale, les routes, les paysages, l’organisation et la sécurité sans la moindre faille. Alors, pourquoi changer une équipe qui gagne ?  lisait-on dans les magazines spécialisés qui précisaient en outre (et à juste raison) que l’Alsace n’avait pas la culture de la Corse en matière de sport automobile.
Mais allez-donc vous battre contre des moulins à vent, contre des forces politiques autrement plus puissantes, des sponsors à la pelle et des appuis tels celui de Sébastien Loeb ou de son team manager, Olivier Quesnel, le patron du team Citroën dont une usine se trouve près de Mulhouse, qui ont apporté au double chevron gloire et fortune avec, on ne l’oublie pas celui-là, le soutien inconditionnel d’un certain Guy Mourot, longtemps directeur du Tour de Corse ! A se demander si son rôle n’a pas été prépondérant dans l’attribution du rallye à la région Alsace ? Cherchez le traitre !
Il est bon de rappeler que la Collectivité Territoriale de Corse avait joué le jeu et apporté un bol d’air pur au Tour de Corse en votant une subvention de 1,1 million d’euros, dossier brillamment défendu par Marie-Ange Susini au sortir de trois heures de négociations. On ne peut pas dire que la CTC n’a pas défendu le Tour, qu’elle considère encore aujourd’hui comme un monument sportif de notre patrimoine. D’ailleurs, n’avait-elle pas crié haut et fort et à juste raison qu’elle « n’accepterait aucune surenchère bien que soutenant l’évènement sportif de l’année » en réponse aux propos de la Fédération française qui lâchait quelque peu du lest en même temps que la Corse automobile dans son désir d’aller de l’avant, de pérenniser son épreuve. Si pour elle, la Corse représentait une priorité (c’est du moins ce qu’elle racontait à la presse spécialisée), la FFSA avait déjà sa petite idée sur l’avenir de la manche française du championnat du monde des rallyes. Le travail en profondeur de certaines personnes et notamment de celle précitée plus haut (drôle de coco celui-là) commençait à porter ses fruits.
« Non au chantage et à la disparité s’écriait Jean-Guy Talamoni sur les bancs de l’Assemblée de Corse. Il expliquait ainsi les raisons pour lesquelles le groupe Corsica Libera avait été le seul à ne pas voter la dotation demandée par les organisateurs tout en expliquant : Nul ne conteste l’intérêt du Tour de Corse mais il n’est toutefois pas admissible de céder systématiquement devant les diktats de la Fédération Française, laquelle ne cesse d’abuser de la situation. » Il est bon de rappeler que l’année précédente, le groupe avait haussé le ton, demandant que l’on cesse d’exercer ce chantage à la suppression du Tour de Corse : « Les membres de notre groupe demeurent très attachés au Tour de Corse mais aussi à l’ensemble du monde sportif ainsi qu’aux intérêts et à la dignité de la Corse qui n’a pas à être soumise à un chantage permanent… »
 
La Tour migre, comme la cigogne !
La fin du mois d’octobre approche à grand pas. On s’attendait à ce genre de nouvelle, à ce type d’annonce qui fait mal au cœur de tout un peuple, qui bouleverse le quotidien d’une île accrochée à son patrimoine sportif et culture. Et d’un coup, la sanction tombe, comme un couperet malgré les tractations, les interventions et les faux espoirs.
Le communiqué est sec, brutal, lapidaire, mais il est là, laissant les gars de l’ASA Tour de Corse sans voix, les yeux dans le vague, la bouche bée, littéralement KO debout. Quelques lignes qui font mal, très mal. Plus d’un demi siècle d’effort qui partent en fumée, 36 années de bonheur en championnat du monde (exception faite en 1996, pour cause d’alternance) qui disparaissent d’une constellation où les étoiles éclairaient la Corse depuis des lustres.
« La Fédération Française du sport automobile a décidé, à l’unanimité, de retenir la région Alsace pour l’organisation de la manche française du championnat du monde des rallyes 2010, 2011,2012 et au-delà. »
Vous avez dit coup dur ? Drôle de coup de massue pour l’équipe organisatrice sur place en Corse. La FFSA (co-organisatrice) se serait-elle sanctionnée pour sa bonne politique automobile ? Se serait-elle sabordée pour repartir d’un bon pied avec l’appui inconditionnel de quelques notoriétés dont, bien entendu, le sextuple champion du monde Sébastien Loeb, son team manager Olivier Quesnel et plus encore le travail de la taupe Mourot ?
« Ce serait bien de voir l’Alsace inscrite au championnat du monde, de pouvoir courir au moins une fois dans ma région et pourquoi pas dans une super spéciale qui pourrait être organisée à Haguenau, ville dont je suis originaire. » Pourquoi pas cher Sébastien. Vos désirs sont des ordres. Dont acte !

Le coup de baguette magique a opéré ! Lorsqu’on veut réellement quelque chose qu’on n’a pas, on sait faire les efforts nécessaires pour l’obtenir. La nouvelle a certes fait très mal aux Corses et à la Corse, c’est vrai. Mais il faut bien reconnaître qu’avec les arguments avancés par les Alsaciens, que l’on savait solides et convaincants, une certaine résignation se lisait sur les visages. On espérait sans trop y croire, on s’accrochait à la solide réputation de notre épreuve, à l’exemple que le Tour représentait à bien des niveaux, notamment celui de la sécurité, un authentique modèle copié par bon nombre d’épreuves. Mais on savait que les pieds de notre colosse commençaient à s’effriter, que la décision semblait d’ores et déjà prise par cette Fédération qui n’as pas hésité à sacrifier un monument sportif ayant fait ses preuves depuis plusieurs décennies. Lorsqu’on veut tuer son chien….on connaît la suite !
Mais la Corse a tenu bon. La Corse, ses habitants, ses organisateurs d’épreuve qui se sont décarcassés pour maintenir le Tour sur les rails. Ils en ont bavé, c’est vrai, se sont battus contre des moulins à vent, ont tenu bon et poursuivi l’œuvre commencée en 1956.
Aujourd’hui, le Tour de Corse automobile a rejoint le championnat d’Europe. Il semble bien et bien ancré pour un long parcours. Qu’en sera-t-il demain ?
Chi lo sa ? Une chose est sûre, Christian Leca et les siens sont encore là, coriaces, passionnés, et font avec. Le Tour tel qu’il se présente cette année se fera que sur deux étapes avec un final de haute voltige ! Mais il a lieu et cela constitue déjà un bel exploit. Avec départ de Porto-Vecchio, la ville sportive par excellence, l’arrivée dans la cité Impériale et, en toile de fond, de superbes finales dans toutes les catégories de l’épreuve.
Pourvu que ça dure.
 J. F.




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