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​Menacée de disparition, la fédération Scola Corsa interpelle l’État


Patrice Paquier Lorenzi le Mardi 21 Avril 2026 à 17:49

Menacée par une incertitude juridique et financière, l’association Scola Corsa alerte sur un risque imminent de fermeture. Mardi matin, devant la préfecture de Corse, enseignants, parents et responsables ont tiré la sonnette d’alarme : 35 emplois et l’avenir de l’enseignement immersif en langue corse sont en jeu.



(photo Paule Santoni)
(photo Paule Santoni)
Face à la menace qui pèse sur Scola Corsa, réseau d’écoles immersives en langue corse, ses responsables ont choisi de sortir de leur réserve ce mardi matin devant les grilles de la préfecture de Corse à Ajaccio. « Qu’est-ce que l’on fait pour la rentrée prochaine ? On met 35 employés au chômage ? On dit à près de 400 parents que tout s’arrête ? », lance Ghjiseppu Turchini, président de l’association. Le ton est grave, à la hauteur des enjeux. Derrière lui, enseignants et familles mesurent le risque : la disparition pure et simple d’un modèle éducatif né en 2021 pour enrayer le déclin de la langue corse.
 
Une équation financière fragilisée

Au cœur de la crise, un montage économique aujourd’hui remis en cause. Le fonctionnement de Scola Corsa repose en grande partie sur le soutien de la Collectivité de Corse, qui assure près de 70 % du financement, complété par les familles, les communes et le mécénat. Mais un contrôle de la Cour des comptes, suivi d’une procédure administrative à l’initiative du Préfet de Corse, fragilise ce modèle. Si la subvention venait à être jugée illégale, c’est toute la structure qui s’effondrerait. « Aucun réseau associatif ne peut fonctionner sans ces deux tiers de financements publics. Pourquoi la Corse serait-elle la seule à ne pas pouvoir suivre ce schéma ? », interroge Ghjiseppu Turchini.

Face à cette incertitude, l’association place tous ses espoirs dans la contractualisation de ses enseignants par l’État. Ce dispositif, déjà en vigueur dans d’autres régions pour les écoles immersives, permettrait à l’Éducation nationale de prendre en charge les salaires. Deux postes ont été contractualisés en 2025, après des inspections jugées « très positives ». Mais les onze autres restent en suspens. « C’est paradoxal : on nous dit que nous répondons à tous les critères, et au moment où cela est confirmé, on bloque la suite », déplore le président.

Dans le contexte actuel, cette contractualisation n’est plus un simple levier de développement : elle est devenue une condition de survie. Sans elle, le réseau pourrait être contraint de fermer ses cinq sites et ses treize classes.

Une urgence linguistique et culturelle

Au-delà des enjeux budgétaires, les défenseurs de Scola Corsa rappellent l’urgence linguistique. La langue corse est classée « en danger » par l’Unesco, dans un contexte mondial où la moitié des langues pourrait disparaître. Le modèle immersif, déjà éprouvé en Bretagne ou au Pays basque, est considéré comme le seul capable de former de véritables locuteurs dans une société majoritairement francophone. « Il s’agit de la survie de la langue corse », insiste-t-on du côté de Scola Corsa, évoquant un projet soutenu unanimement jusqu’ici par les élus territoriaux et porté par une forte demande sociale.

À l’issue de la conférence de presse, une délégation a été reçue en préfecture par la secrétaire générale et le directeur de cabinet adjoint. Une première étape, mais insuffisante pour rassurer les acteurs. Scola Corsa demande désormais, en urgence, la tenue d’une table ronde réunissant l’État, le rectorat et la Collectivité de Corse afin de trouver une solution « pérenne, juridique et budgétaire ». À quelques mois de la rentrée scolaire, l’incertitude demeure totale. Et derrière les chiffres, ce sont des enfants, des familles et toute une ambition culturelle qui retiennent leur souffle.