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​Municipales. « Cette élection sera invalidée ! » : À Ajaccio, François Filoni dénonce « des dérives clientélistes » et prépare des recours judiciaires


Patrice Paquier Lorenzi le Mercredi 18 Mars 2026 à 19:05

Arrivé en troisième position au premier tour des élections municipales d’Ajaccio avec 18,65 % des voix, derrière le maire sortant Stéphane Sbraggia (37,84 %) et le candidat nationaliste Jean-Paul Carrolaggi (26,73 %), François Filoni (RN) tente de chercher des explications à ce score « décevant » et pointe notamment des dysfonctionnements qu’il juge graves dans le déroulement du scrutin. Entre accusations de pratiques clientélistes et anomalies sur les listes électorales, le candidat du RN annonce des recours après le second tour.



« J’aurais évidemment préféré être plus haut. Mais le contexte de cette campagne n’a pas aidé, notamment avec toutes les boules puantes diffusées sur les réseaux sociaux ». Au lendemain du premier tour des municipales à Ajaccio qui le place en 3e position, avec 18,65%, François Filoni a tenté d’expliquer les raisons d’un score « décevant », ce mercredi matin, lors d’une conférence de presse de l’entre-deux-tours. Mais au-delà de l’analyse électorale, le candidat de la liste « Gagner Pour Ajaccio » choisit de placer le débat sur un autre terrain : celui des pratiques politiques et du fonctionnement démocratique.

Des “failles” dénoncées dans le processus électoral

François Filoni affirme ainsi avoir relevé plusieurs éléments qu’il juge préoccupants, notamment concernant les listes électorales, une des explications de son score en deçà de ses espérances, selon lui : « Nous avons constaté que plus de 4 000 cartes électorales sont revenues avec la mention “n’habite pas à l’adresse indiquée”. C’est un chiffre considérable », avance-t-il, sans toutefois désigner de responsables à ce stade.

Le candidat dit vouloir agir dans un cadre strictement légal, en déposant des recours après le second tour. « Je ne veux pas polluer le scrutin. Mais dans les cinq jours qui suivront, nous transmettrons des éléments au tribunal administratif et au parquet. Ce sera à la justice de dire s’il y a eu des irrégularités. Je suis persuadé que cette élection sera invalidée et qu’on devra revoter ». Sans entrer dans le détail des dossiers qu’il dit détenir, François Filoni évoque également des « pratiques » qu’il qualifie de clientélistes, notamment en matière de gestion des ressources humaines.

Une opposition revendiquée comme “constructive”

 « Quand on observe un certain volume d’embauches ou d’avancements dans une période de réserve électorale, on est en droit de s’interroger. Ce sont des pratiques qui, selon nous, ne correspondent pas à un fonctionnement démocratique normal », affirme-t-il, annonçant par ailleurs son intention de demander un audit.

Pour autant, le candidat insiste sur sa volonté de ne pas alimenter les rumeurs. « Je ne citerai personne. Je ne suis pas dans la délation. Je veux que les institutions fassent leur travail. », pointant visiblement ses accusations aussi bien dans le camp de la majorité sortante que dans celui des nationalistes.

Conscient de sa position au soir du premier tour, François Filoni ne se projette pas en futur maire, mais en acteur de l’opposition municipale, malgré les recours annoncés : « Je respecte le verdict des urnes. Je ne serai probablement pas maire cette fois-ci. Mais Ajaccio aura besoin d’une opposition sérieuse, qui travaille sur les dossiers et qui alerte quand il le faut. » Il appelle à la mobilisation des abstentionnistes pour le second tour, avec l’objectif d’obtenir un nombre d’élus suffisant pour peser dans les débats municipaux. « Nous voulons être des lanceurs d’alerte, pas faire du bruit inutile. »

Logement social : “une situation d’abandon”

Au cœur des autres critiques formulées par la liste, la question du logement social occupe une place centrale. Anna Lisa Chiappini, colistière de François Filoni, a notamment dénoncé la situation dans les HLM de Saint-Jean. Elle évoque des défaillances persistantes, notamment en matière d’entretien et d’accessibilité. « Quand un ascenseur sur deux est hors service depuis deux mandats pour 400 logements, c’est un scandale », affirme-t-elle, pointant également les difficultés rencontrées par des personnes âgées à mobilité réduite.

Elle déplore aussi un manque de suivi des demandes des habitants et des conditions de vie qu’elle juge « déplorables », appelant à des relogements en urgence pour certains cas les plus fragiles : « Je demande à Mr le Maire de reloger immédiatement les Ajacciens et les Corses qui vivent dans des conditions indignes d’insalubrité ».

Santé et pollution : des enjeux jugés prioritaires

Autre axe fort développé par la liste : les conséquences sanitaires des conditions de logement et de la pollution. Stéphanie Cuttoli-Bonnechere, numéro 2 sur la liste de François Filoni, a ainsi insisté sur le lien direct entre habitat dégradé et santé publique. « Les logements insalubres favorisent les pathologies respiratoires, aggravent certaines maladies et participent à la saturation des urgences », explique-t-elle.

Elle élargit également le propos à la situation environnementale d’Ajaccio, pointant une accumulation de sources de pollution : trafic maritime, aéroport, installations énergétiques. « Agir sur la pollution, c’est agir sur la santé des habitants. Cela passe par des mesures concrètes, comme l’électrification des quais, mais aussi par une réflexion globale sur les déplacements et l’organisation de la ville », souligne-t-elle.

François Filoni abonde dans ce sens, estimant que la municipalité doit pleinement s’emparer de ces enjeux. « La santé doit être une priorité absolue. Une ville comme Ajaccio, avec ses contraintes géographiques et ses infrastructures, ne peut pas ignorer l’impact de la pollution sur ses habitants. »

Un second tour sous tension

À quelques jours du second tour, la campagne reste marquée par une forte tension politique. Dans ce contexte, François Filoni entend poursuivre son combat sur deux fronts : celui des urnes, en appelant à une remobilisation de son électorat, et celui du droit, en annonçant des recours qu’il promet étayés. « Dans un État de droit, quand on estime qu’il y a des irrégularités, on saisit la justice et on la laisse trancher », ajoute-t-il.

Malgré tout, la tête de liste de la démarche RN-UDR-Mossa Palatina s’est dit satisfait de son score au premier tour : « Nous avons recueilli 4 304 voix. C’est la première fois que le RN perce dans de grandes villes. On observe la même chose à Bastia. On est autour de 17 % dans les grandes villes corses. Je pense que c’est historique. Cela montre l’enracinement du Rassemblement national en Corse. Pendant longtemps, on nous a reproché d’être un parti de l’extérieur. Aujourd’hui, les Corses nous considèrent comme un parti qui a toute sa place ici. » précisant également qu’aucun meeting de son parti n’aura lieu d’ici le second tour des élections.