(Photos Gérard Baldocchi)
8 heures ce lundi matin, et le mercure affiche déjà 26 degrés en plein cœur des vignes du domaine Montemagni, à Patrimonio. Et cela fait déjà trois bonnes heures, depuis 5 h 30 du matin précisément, que l’équipe, composée d’une vingtaine de vendangeurs, cueille le raisin. Des vendanges caniculaires qui mettent les organismes, la vigne et le raisin à rude épreuve : « On a débuté les premiers prélèvements le 17 juillet, les vendanges le 4 août. On aurait même pu commencer le 31 juillet ! » commente Aurélie Melleray, l’œnologue du domaine.
Des chaleurs aussi importantes, une situation: « inédite, avec des records de températures nocturnes ! » essaye de se remémorer celle qui arpente les vignobles depuis plus de vingt ans : « Le mois de juillet n’a jamais été aussi chaud ! Et c’est le cas dans toute la France. Des vignerons en Champagne ont dû écourter leurs vacances en Corse, car la maturité était trop rapide. »
La profession connaît très bien la problématique du réchauffement climatique. Si le stress est palpable pour ne pas rater les vendanges, moment le plus important de l’année pour les vignerons, l’anticipation était bien là : « On s’était préparés à cette canicule, car dès le mois de mai on avait huit jours d’avance. » Cela est notamment passé par la mise en place de nouvelles pratiques durant le reste de l’année : « On a gardé un maximum de feuillage pour aider les grappes à rester à l’ombre. On a fait des essais de paillage pour garder l’humidité au sol. »
Le risque, comme chaque année, est de récolter trop tôt ou trop tard. Et avec la canicule, la fenêtre de tir se réduit ou peut être modifiée en l’espace de quelques heures : « La maturité optimale est difficile à trouver. Car au lieu d’être progressive, elle est beaucoup plus rapide. Il faut être réactif. »
L’erreur d’appréciation peut se payer cher en cave : « Il ne faut pas être en sous-maturité pour ne pas passer à côté de certains arômes. Au contraire, si c’est trop mûr, on sera sur des arômes trop cuits. »
Les vignerons se tournent de plus en plus vers les connaissances scientifiques et le suivi constant de leurs vignes : « On est dans une viticulture de précision, avec des outils de plus en plus perfectionnés. Je n’ai jamais goûté autant les baies ! » explique Aurélie Melleray, du domaine Montemagni, qui peut également compter sur le soutien du Centre de Recherche Viti-Vinicole Insulaire (CRVI) : « Le CRVI a déployé 15 référents sur tout le territoire pour surveiller les vignobles. C’est une aide vitale. On a des données très précises sur la maturité et les ravageurs : on en a plus que jamais besoin. »
L’enjeu de réussir à « contrer » ces périodes de canicule est aussi, et surtout, économique : « Avec ces chaleurs, on peut perdre jusqu’à 30 ou 40 % de volume. Mais on cherche surtout la bonne fenêtre pour ne pas dégrader la qualité du vin » indique l’œnologue du domaine, pour qui « si on trouve la bonne date, on aura une merveille de qualité ! »
À l’avenir, et pour faire face à ces épisodes de chaleur qui seront très certainement de plus en plus fréquents, le domaine s’adaptera encore : « On a planté 500 arbres pour avoir de l’ombrage à l’avenir. Et on souhaiterait conduire les vignes en pergola, pour ne pas avoir à ramasser en juillet. Ce n’est pas possible. »
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