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Eau, sécheresse, aides. Les agriculteurs de Balagne interpellent l’État à Calvi


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Jeudi 24 Septembre 2026 à 22:00

Dans le cadre de la mobilisation organisée ce jeudi 24 septembre dans toute la Corse, des agriculteurs et éleveurs de Balagne se sont rassemblés devant la sous-préfecture de Calvi. Sécheresse, accès à l’eau, coût de l’alimentation animale et montant des aides de l’État ont été au centre des revendications. Une délégation a été reçue par le sous-préfet Yannick Scalzotto, avec lequel un nouveau rendez-vous doit être organisé d’ici la fin du mois d’octobre.



Yannick Scalzotto (à gauche) a reçu les agriculteurs balanins à la sous-préfecture de Calvi.
Yannick Scalzotto (à gauche) a reçu les agriculteurs balanins à la sous-préfecture de Calvi.
Comme à Ajaccio, Bastia, Corte et Sartène, le monde agricole s’est mobilisé ce jeudi 24 septembre à Calvi. Dès la matinée, agriculteurs et éleveurs ont convergé vers la sous-préfecture afin de faire entendre les difficultés d’un secteur durement éprouvé par des épisodes de sécheresse qui se répètent et fragilisent toujours davantage les exploitations.
Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement insulaire porté conjointement par les six organisations syndicales agricoles corses. Dans leur viseur notamment. L’enveloppe de 1,3 million d’euros attribuée à la Corse dans le cadre du plan CASI, jugée très insuffisante au regard des pertes et des besoins constatés sur le terrain.
À Calvi, au-delà de cette revendication commune à l’ensemble de l’île, les professionnels ont souhaité mettre sur la table plusieurs problématiques propres à la Balagne. Une délégation a ainsi été reçue par le sous-préfet afin d’évoquer notamment l’accès à la ressource en eau, devenu l’un des principaux sujets d’inquiétude pour les exploitants.
 
« L’eau manque terriblement à nos agriculteurs »
Pour Jean-Baptiste Filippi, maire de u Mucale et lui-même agriculteur, cette première rencontre a permis d’engager un dialogue qu’il juge constructif.
« Le sous-préfet nous a reçus et, dans l’ensemble, je pense que cette réunion a été positive. Nous avons d’abord abordé la problématique de l’eau, et notamment le manque de raccordement pour certains éleveurs et agriculteurs », explique-t-il.
L’élu pointe notamment les difficultés rencontrées autour de la distribution de l’eau agricole. « De l’eau agricole est parfois distribuée à des résidences secondaires alors qu’elle manque cruellement à nos exploitants. À l’inverse, il arrive que l’on ferme les vannes d’agriculteurs disposant de bornes précisément au moment où ils ont le plus besoin d’eau».
La question des obligations légales de débroussaillement et celle du risque incendie ont également été abordées, dans un contexte où la sécheresse pèse directement sur les charges des exploitations. Le coût du foin et, plus généralement, celui de l’alimentation animale deviennent particulièrement difficiles à supporter.
 
Des aides jugées insuffisantes
À cette situation climatique s’ajoute donc la question du soutien financier de l’État. Pour les agriculteurs mobilisés, l’enveloppe annoncée ne répond pas à l’ampleur des difficultés rencontrées.
« Aujourd’hui, nous considérons que les aides sont insuffisantes et qu’elles doivent être revues à la hausse. Nous avons surtout besoin de savoir comment elles seront distribuées et selon quels critères les éleveurs pourront en bénéficier », poursuit Jean-Baptiste Filippi.
Une inquiétude partagée par Antonin Leca, agriculteur, qui insiste sur le caractère désormais récurrent de ces épisodes de sécheresse.
« Le sous-préfet nous a reçus et il va faire remonter les informations. Nous avons évoqué un calendrier pour les problématiques qui concernent plus particulièrement notre région, notamment celle de l’eau. Nous sommes censés nous revoir prochainement », indique-t-il.
Pour le reste des revendications, notamment celles concernant le montant des aides, les agriculteurs calvais restent suspendus aux discussions menées à l’échelle régionale entre les représentants du monde agricole et l’État.
« La problématique, c’est cette sécheresse répétée. Cela fait maintenant près de dix ans que, d’une année sur l’autre, elle fragilise un peu plus l’ensemble de nos exploitations. Toutes les filières sont touchées, l’élevage, les productions végétales, l’apiculture… Aujourd’hui, personne n’est épargné », souligne Antonin Leca.
 
Un nouveau rendez-vous d’ici fin octobre
À Calvi, les échanges avec les services de l’État doivent donc se poursuivre. Un nouveau rendez-vous devrait avoir lieu d’ici la fin du mois d’octobre afin de mesurer les avancées sur les problématiques locales et notamment sur la question de l’eau.
« Le sous-préfet nous a indiqué qu’il allait faire remonter l’ensemble de ces problématiques et essayer de nous apporter un maximum de réponses. Nous nous retrouverons dans environ un mois, en espérant que les choses auront avancé », précise Jean-Baptiste Filippi.
Car, pour les agriculteurs, l’enjeu dépasse désormais largement la seule sécheresse de 2026. Il s’agit d’anticiper une évolution climatique qui modifie durablement leurs conditions de travail.« Nous savons très bien que le problème climatique ne date pas de cette année. Cela fait plusieurs années que nous y sommes confrontés et la situation risque de devenir de plus en plus difficile. 2026 n’est probablement pas une année exceptionnelle à ce titre et 2027 pourrait être encore plus compliquée », estime Jean-Baptiste Filippi.
 
Pour l’agriculteur et maire de Mucale, il faut désormais « prendre des dispositions et trouver des solutions durables pour accompagner les agriculteurs », afin de leur permettre de poursuivre leur activité sans fragiliser davantage des exploitations dont certaines se trouvent déjà dans une situation financière très préoccupante.
 
À l’échelle de la Corse, cette journée de mobilisation a finalement débouché sur l’obtention d’un rendez-vous, fixé au 30 septembre, avec le cabinet du ministère de l’Agriculture et le directeur de l’Agence de services et de paiement. Une nouvelle échéance désormais attendue par une profession qui réclame des réponses concrètes à une crise qu’elle considère non plus comme conjoncturelle, mais durable.