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Sénatoriales 2B - Jean-François Gaspari : « Je suis candidat parce que je n'ai pas envie de regarder nos villages s'éteindre »


Nicole Mari le Jeudi 6 Août 2026 à 18:30

Candidat inattendu aux élections sénatoriales de Haute-Corse qui se tiendront le 27 septembre prochain, le premier adjoint de Lento et pompier volontaire, Jean-François Gaspari, se présente face au sénateur sortant, grand favori, et au leader de Mossa Palatina, soutenu par le RN. Sans étiquette politique et sans dévoiler ses éventuels soutiens, il entend redonner le pouvoir aux communes et à leurs représentants. Il propose un programme en dix points, notamment un statut pour les sapeurs-pompiers volontaires, et affirme être pour l’autonomie de la Corse, mais pas pour le projet de loi qui sera débattu à l’automne au Sénat.



Jean-François Gaspari, premier adjoint de Lento et pompier volontaire, se présente aux élections sénatoriales de Haute-Corse qui se tiendront le 27 septembre prochain.
Jean-François Gaspari, premier adjoint de Lento et pompier volontaire, se présente aux élections sénatoriales de Haute-Corse qui se tiendront le 27 septembre prochain.
- Pourquoi êtes-vous candidat aux élections sénatoriales ?
- Je vais vous répondre simplement. Je suis premier adjoint de Lento. Cent dix-sept habitants. Un village de l'intérieur, dans le Golo-Morosaglia à quelques kilomètres de l'endroit où est né Pasquale Paoli. Cet été, la Haute-Corse a brûlé. Près de mille hectares dans la Restonica. Je suis pompier volontaire, comme beaucoup d'autres, j'ai suivi impuissant les évènements. Et j'ai repensé à quelque chose que je me dis depuis longtemps. Dans nos villages, on tient. On tient avec des bénévoles, avec des maires qui font tout eux-mêmes, avec des gens qui ne comptent pas leurs heures. Mais on tient de moins en moins, et personne ne semble s'en apercevoir. Je ne suis pas candidat contre quelqu'un. Je suis candidat parce que je n'ai pas envie d'expliquer un jour à notre jeune génération que nous avons regardé nos villages s'éteindre en trouvant que c'était dommage.
 
- Sous quelle étiquette vous présentez-vous ?
- Aucune. Et ce n'est pas pour jouer un rôle ou par soin de plaire à tous que je dis cela. J'ai des amitiés politiques, je les assume, elles se verront. Mais le jour où un sénateur de la Haute-Corse doit choisir entre la consigne de son parti et l'intérêt de ses communes, je veux être en situation de choisir les communes. Cela se prépare maintenant, pas au moment du vote.
 
- Avec quels soutiens ? 
 Il y en aura, et ils parleront eux-mêmes. Je ne vais pas commencer une campagne en brandissant une liste de noms comme un trophée. Ceux qui me soutiennent le diront quand ils le voudront, publiquement, et vous les entendrez, je n'en doute pas. Ce que je peux vous dire, c'est qu'ils viennent d'horizons différents et c'est en parfaite cohérence avec la démarche que je porte et mes convictions.
 
- Vous vous présentez contre le sénateur sortant qui part grand favori et contre un candidat RN. Ne craigniez-vous pas d’être un outsider ? 
- Outsider, oui, et je ne vais pas faire semblant de le nier. Le sortant part devant, c'est la règle du jeu. Maintenant, analysons les votants : 616 personnes, 95% parmi eux sont des élus de communes avec très souvent une faible population, des maires, des adjoints, des conseillers municipaux. Des hommes et des femmes engagés pour leurs communes. Ces gens-là ne votent pas comme on vote à une territoriale ou une législative. C'est une élection qui se gagne en frappant à toutes les portes avec un programme coconstruit. La seule promesse que je ferai est la suivante : rendre le vote du Sénat aux grands électeurs par l’intermédiaire de leur sénateur. Il s’agit là de mon engagement. J'ai sept semaines pour m’y atteler et c'est ce que je sais faire.
 
- Pensez-vous vraiment créer la surprise ?
En 2020, dans cette même élection, alors que le candidat sortant était porté par la vague de victoire de son mouvement politique, il lui a manqué une voix pour être élu dès le premier tour. Alors quand on me dit que c'est joué d'avance, je réponds que dans cette élection, rien n'est jamais joué d'avance. Je ne vous promets pas de gagner. Je vous dis que je me bats pour gagner, et que je n'aurais pas engagé mon nom et celui de mon village dans cette élection si je pensais que c'était perdu.
 
- Quel est pour vous le principal enjeu de cette élection ?
- La question est simple : à qui appartient le siège de sénateur de la Haute-Corse ? Depuis six ans, il appartient à un mouvement politique. Je propose qu'il appartienne aux communes et qu’il reprenne sa vocation originelle. Ce n'est pas une formule, c'est une manière de travailler, et je m'y engage par écrit. Pour la Corse, il y a un enjeu de calendrier que personne ne devrait perdre de vue : le Sénat examine la révision constitutionnelle sur l'autonomie fin octobre. Quatre semaines après ce scrutin. Ceux qui voteront le 27 septembre ne choisissent pas seulement un homme, ils choisissent un vote. Ils ont le droit de savoir lequel avant de le donner.
 
- Justement, quelle est votre position sur l’autonomie ? 
- Je voterai pour, mais je ne voterai pas ce texte-là. Parce qu'une autonomie qui ne dit pas qui décide, ni avec quel argent, ce n'est pas une autonomie. C'est une signature au bas d'une page. Trois questions restent ouvertes : que pourrons faire nous-mêmes ? Qui sera l’autorité de régulation et de contrôle, en termes plus simples : qui tranche quand ça coince ? Quels seront les moyens alloués ? Mon engagement est de prendre l’attache du terrain et de défendre dans une posture pédagogique ce projet que je pense novateur et indispensable à notre île. Ce projet se gagne hors appareillage politique, on parle là d’un projet de société qui englobe l’intégralité de la population sans regarder l’étiquette politique. Quand je parle de pédagogie, je m’explique, j’ai été respectivement entre 2020 et ce jour : 3ème, 2ème et 1er adjoint, et pourtant je ne me penche sur ce texte que depuis le vote à l’Assemblée nationale. Le relais terrain dans l’intérieur de l’ile a été défaillant. Quoi qu’il en soit et si je suis élu, je publierai mes projets d'amendements avant le scrutin pour que chacun sache exactement ce qu'il vote. C’est mon engagement. Quatre semaines après cette élection sénatoriale, il faudra lever la main. Et ce jour-là, je ne veux pas avoir à réfléchir si je vais décevoir mes électeurs. Je veux la lever en sachant qu'ils sont au courant du choix porté, ce choix n’appartient pas au sénateur, il est le choix des maires et des grands électeurs de notre ile qui représente l’ensemble des Corses. En un mot et pour conclure, je voterai pour les Corses et pour la Corse. Pas pour un homme ou un mouvement. 
 
- Sur quels thèmes ferez-vous campagne ? 
J’ai un programme détaillé contenant dix points. Je ne parlerai que de trois. Premièrement, la sécurité civile, et je vais être précis parce que c'est un sujet où beaucoup vous diront que c'est réglé. Le 9 juillet, le Conseil d'État a jugé que nos sapeurs-pompiers volontaires étaient considérés comme des travailleurs au sens du droit européen. Le ministre de l'Intérieur plaidait le contraire. Il a perdu. Ce qui sauve notre système de secours aujourd'hui, ce n'est pas une reconnaissance, c'est une série de dérogations et le consentement écrit de chaque sapeur-pompier. Notre modèle tient à une exception et à une signature. Le jour où l'Europe resserre la dérogation, le jour où un juge estime qu'un consentement n'était pas libre, tout est à refaire. Nous n’avons pas sauvé le volontariat, nous avons gagné du temps. À nous d'utiliser ce temps. Le Sénat a demandé, le 26 juillet 2024, une directive européenne propre à l'engagement citoyen. Deux ans après, rien ! C'est, à mon sens, le rôle du sénateur. Il ne faut pas une tolérance, il faut un statut. Statut qui permettra, d’ailleurs de protéger d’autres institutions que les sapeurs-pompiers volontaires. Deuxième thème : les communes, pas comme un chapitre de programme mais comme un contrat dont je rendrai compte chaque année, commune par commune. Il faut redonner le pouvoir aux communes et à leurs représentants. Je me répète, le sénateur n’est que leur porte-parole, il ne peut pas avoir de discours discordant. Le Sénat doit entendre la voix des 236 communes. Troisième thème et pas des moindres, qui, à mon sens, doit être, dès les résultats connus, la priorité du sénateur : l'autonomie. Les autres thèmes sont accessibles dans mon programme que je transmets aux grands électeurs. J’attire l’attention sur les difficultés qu’un candidat nouveau, jamais élu, a pour obtenir les coordonnées de ces derniers. J’en appelle donc aux élus qui se retrouvent dans cette démarche de se faire connaitre. Ce programme a été réfléchi en tenant compte des besoins de notre territoire et il est sourcé.
 
- A quoi vous engagez-vous auprès des maires et des grands électeurs qui détiennent la clé de ce scrutin ?
- Trois engagements vérifiables, ce qui n’est pas la même chose que des promesses ! D’abord, une permanence physique par microrégion, à dates fixes, publiées pour les six ans. Je ne veux pas de mise en place d’un simple numéro de téléphone. On leur doit plus. Ensuite, un compte-rendu annuel public, commune par commune. Chaque année, la retranscription noire sur blanc des demandes de chaque commune et de leur aboutissement. Pas de langue de bois : ce qui a marché, ce qui n’a pas marché et ma part de responsabilités dans cet échec. C'est un mandat qui se doit d’être contrôler sur pièces. Enfin, un référent unique pour tout dossier bloqué, donnez à nos élus locaux la capacité de saisir la bonne administration. On parle toujours des maires. Mais dans ce collège, sur plus de six cents grands électeurs, il y a au maximum 236 maires. Tous les autres sont des adjoints et des conseillers municipaux et je suis l’un d’entre eux. On ne leur demande jamais rien, sauf leur voix le jour du scrutin. Leur voix compte pour le scrutin, mais il y a l’après-scrutin. Leurs avis doivent compter. Il faut leur rendre leur place. Nous devons les informer, prendre attache pour les accompagner sur l’ensemble des dossiers qui seront portés. Je prends l’engagement de les consulter pour l’ensemble des décisions à venir.
 
- Quelle sera votre suppléante ?
- Je l'annoncerai au moment du dépôt de candidature, début septembre. Des discussions sont en cours de la Balagne, à la Plaine, en passant par le Centre. La démarche plait. Ce que je peux vous dire, c'est que ce sera une femme qui apporte un territoire et une sensibilité que je n'apporte pas moi-même. Plus qu’une suppléante, un véritable binôme qui ne sera pas exclu des débats. Le nom affichera une réelle posture de la campagne que je veux mener.
 
- Si vous n’êtes pas en position éligible, quel choix ferez-vous pour le 2nd tour, s’il y a un second tour ? 
- En gros, vous me demandez de préparer ma défaite le jour où j'annonce ma candidature.  Vous comprendrez que je ne le ferais pas. Mais je suis conscient que cette éventualité peut survenir. Pour être parfaitement clair, en deux points : premièrement, il n'y aura aucun accord, aucun contact, aucune réciprocité avec le Rassemblement National ou ses alliés. Ni au premier tour, ni au second, ni jamais. Il ne s’agit là, ni d’une ligne d’actualité, ni d’une tactique, il s’agit, malgré le respect des femmes et des hommes qui le composent d’un non-partage idéologique. Deuxièmement, le 27 septembre à 18 heures, la décision ne m'appartiendra pas, elle fera consensus avec mes soutiens et ceux qui m'auront fait confiance. Elle n'appartient à aucun appareil politique. C'est aussi pour cela que je pars sans étiquette.
 
- Quel groupe politique rejoindrez-vous si vous êtes élu ?
- A ce jour et très honnêtement, aucun choix n'est fait, et ce choix interviendra si je suis élu. Mais sur ce point, aucun appareil politique local ne dictera mon choix. Ce choix sera partagé avec les grands électeurs. Une simple question leur sera posée : à vos yeux, quel est le groupe politique qui a la capacité de défendre au mieux les intérêts de la Corse. Je reste également lucide sur le principe qu’un sénateur isolé a moins de moyens, donc la question se posera naturellement. Tout comme les commissions dans lesquelles je souhaite siéger. Mais je vous donne ma condition et elle est simple, je ne siégerai dans aucun groupe qui contredirait ou nuirait aux intérêts de la Corse. Il ne s'agit pas d'une posture, c'est le contrat que je passe avec ceux qui m’auront accordé leur confiance.
 
- Cette élection pourrait-elle présager votre participation aux prochains scrutins législatif ou territorial ?
- Non, pas du tout. Je comprends la question, c'est souvent comme ça que ça se passe. Je suis déjà fier et honoré d’être le premier adjoint du maire de Lento que je remercie pour sa confiance. Je vais à cette élection car je vois au quotidien ce que ce maire fait pour sa commune dans l’altruisme total avec pour seule motivation le bien de son village et de ses habitants. Elle est là ma motivation, rendre le Sénat aux femmes et aux hommes de l’ombre, être leur relais et ne jamais oublier pourquoi et grâce à qui on est élu au Sénat. Un mandat de sénateur, c'est six ans. Si je suis élu je ferai six ans de Sénat. On n'est pas sénateur à mi-temps en préparant d’autres échéances. A mes yeux, on ne se présente pas au Sénat pour faire une étape. Je ne me présente pas pour devenir quelque chose, je me présente pour faire quelque chose.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.