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Présidentielle : La Corse choisit Emmanuel Macron, le front républicain endigue la vague Bleu Marine


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 7 Mai 2017 à 20:23 | Modifié le Lundi 8 Mai 2017 - 04:53


Emmanuel Macron vient d’être élu président de la République française avec 65,9% des suffrages au niveau national contre 34,1% pour Marine Le Pen. En Corse, il réussit le tour de force de devancer la patronne du Front National (FN) qui était arrivée largement en tête au 1er tour. Mais avec 51,48 % des suffrages contre 48,52% pour le FN, l’écart est réduit à même pas 4000 voix. Si l’appel des leaders nationalistes modérés et de certains leaders de droite a réussi à contenir la vague Bleu Marine, le taux d’abstention est l’un des plus élevés de France, signe d’un désintéressement notable. Près de 36 % des électeurs corses ont boudé les urnes et plus de 8% ont voté blancs ou nuls.


A 39 ans, Emmanuel Macron devient le plus jeune et le 8ème président de la Vème République. Une victoire sans appel au niveau national et une performance pour celui qui, il y a deux ans à peine, était un parfait inconnu en politique. En Corse, le leader d’En Marche revient de loin. Alors que tout le monde s’attendait à la confirmation de la vague Marine Le Pen qui était arrivée largement en tête au 1er tour avec 27,87 % des suffrages, il renverse la tendance et lui ravit, à la surprise générale, son leadership. Avec une moyenne régionale de 51,48 %, soit 67 241 voix, il explose son petit score du premier tour où il n’avait décroché qu’une lointaine troisième place et 18,49% des suffrages. Il prend d’une courte tête les deux départements et les deux grandes villes. Mais l’écart de voix qui le sépare de son adversaire est minime, à peine 3863 voix. Malgré la perte de son leadership, Marine Le Pen résiste très bien, y compris dans les grandes villes. Avec 48,52% des suffrages, elle engrange 63 378 voix, soit 20 340 électeurs de plus.

Une abstention record
La clé de ce renversement de tendance est l’appel des Nationalistes modérés, principalement du président de l’Exécutif territorial, Gilles Simeoni, et de leaders de la droite locale, comme le député-maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, à constituer un front républicain pour faire barrage au Front national. Cet appel a été entendu ! En partie du moins, car la Corse affiche une participation parmi les plus faibles du territoire national. Près de 36 % des Corses ne se sont pas déplacés, 4% de plus qu’au 1er tour, et 8 % ont refusé de choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron en votant blanc ou nul. Soit un total de plus de 103 000 électeurs sur les 233 633 inscrits sur les listes électorales. Le taux de participation atteint à peine 64 %, soit 4,6 points de moins qu’en 2012 et qu’au 1er tour où le taux dépassait déjà à peine 68%. Si la Haute-Corse s’est peu mobilisée avec un taux de 63,45%, la Corse du Sud fait à peine mieux avec 64,67 %. Avec seulement 56% de votes exprimés, les électeurs corses se sont manifestement désintéressés de ce scrutin. Cela tient aussi bien à l’élimination de certains candidats du 1er tour qu’au peu d’intérêt que les deux challengers portent véritablement à la question corse. Les Indépendantistes, une partie de la droite et de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon avaient appelé à l’abstention. A Bastia par exemple, 8 788 électeurs sur 21 724 inscrits ont boudé les urnes, 1 072 ont voté blanc et 402 ont voté nul, soit pratiquement un électeur sur deux ! A Ajaccio, 12 676 électeurs sur 35 205 inscrits ne sont pas venus votés, 1696 ont mis un bulletin blanc et et 887, un bulletin nul.
 
Au coude à coude dans l’urbain !
C’est en Haute-Corse qu’Emmanuel Macron réalise son meilleur score avec 52,27 % des suffrages devant Marine Le Pen qui ne récolte que 47,73 %. Néanmoins la patronne du FN conforte largement sa popularité du 1er tour en l’enrichissant de près de 10 800 voix. Le leader d’En Marche, qui n’avait au 1er tour, convaincu que 15 500 électeurs, en décroche, cette fois-ci, plus de 36 000. La bataille a été plus rude en Corse du Sud où il prend la tête de justesse avec 50,59% des voix contre 49,41% pour le FN. La patronne du FN, qui avait fait la course en tête au premier tour avec 28,62%, est distancée d’une poignée de voix : 725 ! Elle en engrange, quand même, là aussi, 10 000 de plus ! Avec 31 140 voix, le nouveau président triple presque son score du 1er tour. Des résultats obtenus grâce au retournement des deux principales villes insulaires où les maires avaient appelé au front républicain. A Bastia, tenue par les Nationalistes modérés, où la bataille des législatives menace de faire rage entre Macronistes, comme à Ajaccio, ville du député-maire LR Laurent Marcangeli, l’élection s’est jouée dans un mouchoir de poche. Emmanuel Macron l’emporte de 360 voix dans la première et de 38 voix dans la seconde ! Dans les deux cas, l’analyse des votes confirme la partition urbaine entre des quartiers de centre-ville qui ont voté Macron, et les quartiers populaires, - Quartiers Sud et Lupinu à Bastia, Quartiers Est à Ajaccio -, qui ont voté FN.
 
L’ancrage FN en péri-urbain
Dans les communautés d’agglomération alentour, la situation est plus diverse. Marine Le Pen résiste très bien dans la plupart des communes de la CAPA (Communauté d’agglomération du pays ajaccien) qu’elle avait toutes emportées au 1er tour. Plébiscitée à Sarrola-Carcopino (63,73%), à Tavaco (62,50%), à Alata (56,87%), à Appietto (58,19%), à Cuttoli-Corticchiato (53,88%), à Peri (52,83%) et à Valle-di-Mezzana, (52,44%) elle est à peine devancée de 28 voix à Afa et de 45 voix à Villanova. Même tendance dans les communes périurbaines du Grand Bastia. Si elle perd pied à Santa-Maria di Lota et à Furiani où son adversaire caracole à respectivement 59,54% et 54,95%, elle fait, encore une fois, le plein à Biguglia et à Borgo avec plus de à 68 % et à Lucciana avec 63,62%. Dans les autres agglomérations marquantes, si elle prend le pas à Calvi (51,41%), à Propriano (53,86%) et à Aleria (60,72%), elle est dépassée à Porto-Vecchio de 190 voix, de moins de 100 voix à Bonifacio, fief de Jean-Charles Orsucci, macroniste de la première heure et candidat à l’investiture pour les législatives, ou encore à Ile Rousse et à Ghisonaccia, et plus nettement à Corte et à Sartène.
 
Le rural fait de la résistance
Le FN fait également de la résistance dans le rural et amplifie son score dans les communes de l’intérieur où il était arrivé en tête au 1er tour, en absorbant les voix de droite. Des scores parfois historiques avec 78,85% à Rosazia, 73,26 % à Poggio-Mezzana, 72,56% à Olivese, 71,43% à La Porta, 69,88% à Arbellara, 69,39% à Scolca, 67,74% à Polveroso, 65,79% à Urbalacone, 64,62% à Santa-Lucia di Moriani, 62,76% à Ventiseri, 61,32% à Talasani… Mais le front républicain a joué nettement en faveur d’Emmanuel Macron dans maintes autres communes qui ne l’avaient pas plébiscité au 1er tour, notamment Bastelicaccia, Bocognano, Ciamannacce, Cervione, Evisa, Lama, Lozzi, Patrimoniu, Riventosa, San Fiurenzu, Ville-di-Pietrabugno, Viggianello… Si le leader d’En Marche réussit, ainsi, à grignoter des voix un peu partout, le moins que l’on puisse dire est qu’il ne suscite pas un vote d’adhésion. Comme son mentor en politique, François Hollande, en son temps sur le continent, il gagne en Corse par défaut… et de justesse.  Il est vrai qu’il n’a pas fait grand chose pour !
 
L’enjeu législatif
Tous les regards sont, désormais, dans l’île, comme partout en France, résolument tournés vers le scrutin des législatives qui interviendra dans à peine plus d’un mois. L’enjeu, pour le nouveau président est d’arracher une majorité en finissant de bousculer, comme il vient de le faire, les vieux équilibres politiques. Mais, là, la bataille est loin d’être gagnée. Surtout en Corse ! Même si son parti En Marche, créé il y a un an à peine, rassemble déjà près d’un millier de militants dans l’île et une trentaine de demandes d’investiture, les personnalités, qui s’y pressent, sont issues de la Gauche traditionnelle et, pour la plupart, ex-Giacobbistes. Difficile dans ce contexte de parler de renouvellement ! D’autant que le créneau est, localement, largement et pleinement occupé par les Nationalistes. Les choix d’investiture, déjà connus pour les partis traditionnels, seront, pour les Macronistes, comme pour les Nationalistes, tranchés dans la semaine. Dès mardi matin, une autre campagne commence…
 
N.M.

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