Le feuilleton de la navette estivale vers Capo di Feno est loin d'être terminé. Un an après un premier refus qui avait déjà conduit Phoenix Transport devant la justice administrative, la Communauté d'Agglomération du Pays Ajaccien (CAPA) a une nouvelle fois opposé une fin de non-recevoir au projet porté par Mickaël Pellegrini. Dans un courrier daté du 9 juin 2026, signé par le président de la CAPA, Stéphane Sbraggia, et que nous avons pu consulter, l’intercommunalité indique avoir examiné la demande déposée le 26 février dernier visant à mettre en place un « service expérimental de navette estivale entre Ajaccio et Capo di Feno ».
Après analyse, la CAPA explique avoir fait le choix de « ne pas organiser, à ce stade, de service de transport collectif régulier vers les plages de Capo di Feno », invoquant plusieurs raisons. La première concerne les conditions de circulation sur la route d'accès au site. Dans son courrier, Stéphane Sbraggia souligne que « la route d'accès à Capo di Feno présente une largeur limitée et des contraintes de circulation importantes, qui rendent difficile la circulation régulière de véhicules de transport collectif, particulièrement en période estivale où la fréquentation du site est déjà très élevée ».
La deuxième relève de la protection environnementale du site classé Natura 2000. La collectivité estime qu'une desserte organisée pourrait entraîner « une augmentation globale des flux vers ce secteur naturel sensible » et rappelle qu'elle veille à « ne pas encourager une intensification des flux vers ce site naturel fragile, conformément aux objectifs de préservation attachés aux espaces Natura 2000 ».
Enfin, la CAPA met en avant des questions de sécurité liées à la prise en charge des usagers. Elle estime qu'une navette régulière pourrait conduire à des situations où certains voyageurs se retrouveraient « en difficulté sur place », notamment en cas de correspondance manquée, de saturation des véhicules ou de perturbations liées aux conditions de circulation. La CAPA souligne également que certaines zones du site « ne bénéficient pas d'une couverture satisfaisante en réseau de téléphonie mobile », ce qui pourrait compliquer l'intervention des secours.
Au-delà de ces considérations techniques et sécuritaires, Stéphane Sbraggia rappelle enfin au niveau juridique, que le service envisagé se situerait « intégralement dans le ressort territorial de la Communauté d'Agglomération du Pays Ajaccien » et que l'organisation des transports publics de personnes relève exclusivement de la CAPA en sa qualité d'Autorité Organisatrice de la Mobilité.
Des explications qui peinent à convaincre Mickaël Pellegrini. Le dirigeant de Phoenix Transport estime que la collectivité reprend quasiment mot pour mot les arguments avancés l'an dernier. Selon lui, l'argument de la sécurité routière est contredit par la réalité du terrain. « Des cars de croisiéristes de 50 places montent régulièrement à Capo di Feno. Nous, nous proposons des véhicules de 19 places seulement. Si ces autocars peuvent circuler, je ne vois pas pourquoi nos navettes ne le pourraient pas », fait-il valoir.
Même incompréhension concernant le volet environnemental. Le projet de Phoenix prévoyait entre trois et cinq rotations quotidiennes assurées par un véhicule électrique, soit une capacité maximale d'une cinquantaine de passagers par jour. « On nous explique que cela risque d'augmenter la fréquentation du site alors que certaines manifestations accueillent plus d'un millier de personnes à Capo di Feno. Cinquante personnes par jour me semblent rester dans des proportions raisonnables », estime-t-il.
La société conteste également les craintes exprimées par la CAPA concernant d'éventuels usagers qui se retrouveraient bloqués sur place en cas de navette manquée ou de perturbation du service notamment dû à l’absence de couverture mobile sur les plages de Capo. « Nous avions anticipé cette situation. Un système d'urgence était prévu avec les paillotes du site. Les personnes pouvaient utiliser les téléphones fixes des établissements pour nous contacter et nous envoyions un véhicule si nécessaire, notamment pour les enfants, les personnes âgées ou les personnes en situation de handicap », assure le transporteur.
Pour lui, les difficultés évoquées par la collectivité ne diffèrent pas de celles rencontrées sur n'importe quel réseau de transport public ou privé.
Vers un nouveau recours
Au-delà du fond du dossier, Mickaël Pellegrini s'interroge sur la volonté réelle de la collectivité de voir émerger une alternative de transport vers Capo di Feno. « J'ai surtout le sentiment qu'ils ne veulent pas de navette privée vers Capo di Feno. Nous avons reformulé notre demande au mois d'avril et la réponse est arrivée deux mois plus tard », souligne-t-il.
Comme lors du premier refus, l'affaire devrait désormais se poursuivre sur le terrain judiciaire. Un premier recours déposé l'an dernier est toujours en cours d'instruction devant le tribunal administratif. À réception officielle de cette nouvelle décision, Phoenix Transport prévoit d'engager une nouvelle procédure.
« La loi est claire. Lorsqu'une autorité organisatrice n'assure pas elle-même un service sur un secteur et que l'activité privée ne porte pas atteinte à un service public existant, elle ne peut pas s'y opposer. Nous avons apporté toutes les garanties nécessaires et nous allons continuer à défendre ce projet », affirme le chef d'entreprise, qui annonce également travailler à de nouvelles alternatives pour rallier les plages de Capo di Feno.
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